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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 00:00
Désolé pour le jeu de mots mais, comme dit JM Laherrère sur actu-du-noir, "ça devait arriver un jour" : le dernier roman d'Elmore Leonard est décevant.

Détroit, 1944. Carl Webster, le Marshall du Kid de l'Arizona, est sur les traces de Walter Shrenk et Otto Penzler, deux officiers nazis échappés d'un camp de prisonniers. Hormis une comtesse ukrainienne soupçonnée d'espionnage et un dignitaire du KKK, un de leurs complices présumés se nomme Walter Schoen, boucher de profession et parfait sosie de Himmler ! Il est d'ailleurs persuadé d'être son frère jumeau et d'avoir une mission à accomplir. Schoen n'est en réalité qu'un petit nazillon sans envergure, aussi ridicule que médiocre...
Pour le retrouver, Carl compte sur son ex-femme, Honey, qui n'est pas insensible au charme du Marshall et ne pense qu'à lui mettre le grappin dessus.

Voilà pour la trame. Un mélange de cocasse et de doux-dingue comme souvent chez Leonard qui s'amuse à jouer sur plusieurs registres.


Malheureusement, ici, la pâte ne prend pas, et le soufflé retombe assez vite. Est-ce parce que j'avais encore à l'esprit le roman de Bialot que cette histoire de SS en goguette m'a parue bien trop saugrenue ? Toujours est-il que je n'ai pas goûté la farce et ne me suis jamais plu dans l'ambiance "Papa Schultz" qui se dégage du roman.

Mais ce n'est pas tout...
Hormis une succession de digressions inutiles, le problème vient surtout de l'incohérence du récit, qui repose à la fois sur des personnages improbables (et dont on comprend mal les agissements, au vu de ce que l'auteur nous apprend d'eux et de leur personnalité), et des situations qui le sont tout autant, notamment dans le déroulement de l'enquête (ok, ce n'est pas sensé être du police procedural strict et pointilleux, mais autant d'invraisemblances finissent par gêner la lecture).


Si la truculence et le sens de la répartie - quasi-indemnes - de Leonard m'ont permis d'aller au bout du récit, ce fut tout de même laborieux et je dois avouer que j'ai sauté allègrement quelques passages...

Au bout du compte, à aucun moment ou presque je n'ai vraiment cru à son histoire. Un Leonard à oublier, avant de se replonger, pourquoi pas, dans un... Leonard : deux autres titres sont réédités ce mois-ci, toujours chez Rivages : Les femmes sortent pour danser et l'excellent Dieu reconnaîtra les siens, dont l'action se situe au Rwanda au début du génocide.


Hitler's Day / Elmore Leonard (Up in Honey's Room, 2007, trad. de l'américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil. Rivages/Thriller, 2009)
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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 00:00

Voilà un moment que je voulais vous parler du mexicain Guillermo Arriaga. La parution de ce recueil de nouvelles m'en donne l'occasion. Surtout connu comme scénariste (21 grammes, Trois enterrements, Babel...), l'écrivain est tout aussi talentueux, et L'escadron guillotine ou Un doux parfum de mort méritent un détour immédiat.


Au sud de Mexico se trouvent les quartiers populaires, longeant la longue avenue du retorno, où vivent et meurent les protagonistes de ce recueil.
On pourrait s'attendre à un portrait social, une description de la vie quotidienne des habitants. Il n'en est rien.

Enfants commettant l'irréparable, hommes obsédés par une femme, un souvenir, un visage, rongés par la culpabilité, l'obsession, se laissant mourir ou hantant les vivants, femmes le plus souvent victimes et prisonnières d'un amour envolé, d'un amour indéfectible, d'un amour coupable.

Ce que dessine plutôt Arriaga, ce sont de multiples portraits de la camarde : en pied, parée, gros plan, fardée, plan large, silhouette menaçante, vue trois-quarts, et surtout, la mort en face.
Une quinzaine de nouvelles et autant de danses macabres, où vie et mort se mêlent et s'étreignent, avec un mélange de langueur, de sensualité et de violence.


Lire Guillermo Arriaga, c'est aussi comprendre ce rapport si singulier qu'ont les mexicains à la mort. Dans un pays qui fête les morts depuis l'époque précolombienne et où règne un christianisme imbibé de croyances et de rites païens, la frontière est floue, mouvante entre la vie et la mort, le monde des vivants et celui des esprits.
Comme en témoigne la nouvelle Rogelio, qui en moins d'une page teintée de "réalisme magique" (encore que je ne voie pas l'intérêt de l'épithète, il s'agit seulement du réalisme sud-américain, point-barre), résume ce trait de caractère et l'œuvre entière d'Arriaga. Elle commence comme cela :
"Rogelio ne se rendait pas compte qu'il était bel et bien mort ou alors il s'obstinait tout bonnement à ne pas l'accepter. Aussi sortait-il souvent de la fosse où il était enterré, et il n'était pas rare de le voir prendre son déjeuner dans quelque restaurant proche du cimetière."


Fantasques ou hyper-réalistes, ces esquisses forment un ensemble plutôt inégal mais donnent une idée assez précise des thèmes et des obsessions de l'écrivain - la culpabilité, la perte, la fatalité, l'obsédante présence de la mort -, qu'on retrouve de manière plus ample dans ses romans.
Et si certaines de ces nouvelles se laissent facilement oublier, d'autres sont tout simplement bouleversantes.


Conseil(s) d'accompagnement
: toutes proportions gardées, ces nouvelles m'ont fait penser aux Contes d'amour de folie et de mort de Horacio Quiroga : ce qu'on fait de mieux en littérature sud-américaine.


Mexico, quartier sud / Guillermo Arriaga (Retorno, 201, 2006, trad. de l'espagnol (Mexique) par Elena Zayas. Phébus, 2009)



Enfin, sachez que le 11 mars sort en salles le premier film d'Arriaga en tant que réalisateur, dont voici la bande-annonce.


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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 00:00

Mille sept cent quarante neuf...
1749... C'est le nombre de romans policiers parus l'année dernière ! Ce qui représente une augmentation de près de 11% par rapport à 2007, quand la production globale augmente de 5,3% et celle de la littérature (jeunesse comprise) de 7%.

D'accord, il ne s'agit pas que de nouveautés*, mais tout de même ! Depuis les années 90, on observe, chaque année, une nette hausse des publications. 471 parutions en 1994, 1729 en 2001, un pic. Record battu en 2008 donc. Une explosion de titres due notamment au succès du genre auprès du public, à l'augmentation du nombre d'éditeurs ainsi qu'à la diminution des coûts de fabrication et d'impression.

C'est simple : 1 roman édité sur 5 est un polar. Pour ce qui est des ventes, ce serait plutôt 1 sur 4. Un dernier chiffre : sur les 50 meilleurs ventes de romans en 2008, 16 sont des polars (et surtout des thrillers). 
De quoi attiser l'intérêt des maisons d'édition. Certaines qui n'avaient aucune tradition de polar se mettent subitement à en publier, se contentant la plupart du temps de traduire des thrillers anglo-saxons bien sanglants. Du "gros qui tâche". D'autres portent un intérêt réel au genre et font un véritable travail de prospection. Pas toujours simple de les distinguer pour le profane...

Nouveaux éditeurs, nouvelles collections, offre éditoriale riche et variée (parfois avariée, aussi). On peut s'en féliciter bien-sûr : le polar a gagné en légitimité et remporte un vif succès.


                                                                           ©Ramor

Maquis éditorial
La surproduction a cependant des effets pervers, notamment un problème de lisibilité de l'offre, par un turn-over implacable sur les tables des libraires et une "espérance de vie" des nouveautés de plus en plus courte. Un livre a donc moins de chance de "trouver" son public, d'autant plus que le tirage moyen, lui, diminue.

Plus globalement, elle entraîne aussi des logiques de concentration éditoriale : les grands groupes gardent la main pour racheter des auteurs ou des droits de traduction, souvent à des tarifs exorbitants et en tout cas dissuasifs pour n'importe quelle petite structure.
D'autre part, voilà un secteur florissant et donc sensible aux logiques de marché et à certaines "recettes narratives" sensées répondre aux attentes du public. Le risque étant l'émergence d'une littérature calibrée et "molle".
Pour résumer, la surproduction entraîne surtout du "plus" et pas forcément du "mieux".


* ce chiffre comprend les nouveautés, mais aussi les nouvelles éditions revues et augmentées, et les rééditions en poche (sources : Livres-hebdo) 


Pour que ce billet ne soit pas seulement une litanie de chiffres et de concepts austères, j'ai demandé à un libraire de me donner son point de vue sur la question, son ressenti.

Un grand merci à Christophe Dupuis, de la librairie Entre-Deux-Noirs, spécialisée dans le polar, qui m'a répondu de fort belle manière ! Voici son papier :

"Ha, cette avalanche de livres qui encombrent les rayons, quelle triste vie… Pour beaucoup, ça fait partie du jeu (il serait vraiment temps de remettre ce foutu circuit du livre à plat), pour le libraire, c’est l’enfer… que ce soit au niveau de la place ou à celui de sa trésorerie…
  
La surproduction éditoriale touche tous les secteurs de l’édition (pour vous en convaincre, prenez le sujet le plus pointu auquel vous pensez et regardez combien de livres sont sortis dessus en 2008) et le polar en fait les frais actuellement. C’est pas dur à comprendre, dès qu’un secteur marche bien, les éditeurs s’y engouffrent (souvent avec une méconnaissance assez surprenante).

Alors, le polar et la surproduction, comment ça marche ? Pour nous, ça va, merci (enfin tout n’est pas rose, mais au moins on a réussi à fermer le robinet des nouveautés). On résiste de notre côté en refusant les offices (les nouveautés en vrac que vous envoient les éditeurs) et en travaillant bien avec nos représentants (des gens de qualité, qui connaissent leur métier, qui savent de quoi ils parlent… ce qui se perd de plus en plus – je n’ose pas imaginer ce qui va m’arriver le jour où mon repré de chez Gallimard partira). Ce qui fait qu’on prend peu de titres (un tri drastique pourrait-on dire), mais en connaissance de cause et en sachant qu’on pourra les défendre. C’est plus dur comme métier, faut chercher l’information et lire les livres qu’on veut vendre pour être à même d’en parler… mais quitte à peu gagner d’argent, autant se faire plaisir…

En plus, on ne court pas après la nouveauté, on ne vend que ce qu’on aime et quand on aime, on ne compte pas. Pour exemple, le magnifique “Le feu sur la montagne“, d’Edward Abbey, paru chez Gallmeister en janvier 2008, est resté sur notre table toute l’année. C’est ça, à mon avis être libraire aujourd’hui. Poser sa patte sur sa librairie, faire des choix, les assumer et essayer de présenter des rayons qui ressemblent à quelque chose… Car sinon, à quoi bon faire ce métier. Etre un “pousse-livre“ ? recevoir des tonnes de livres dont on ne sait que faire ? qu’on ne sait où ranger ? qu’on vire des tables tous les mois car les nouveautés suivantes arrivent ? courir après les opérations commerciales qu’on voit dans toutes les librairies au même moment ? vérifier la liste des best seller des journaux pour savoir que vendre ? N’avoir que des produits calibrés susceptibles de plaire au fameux client moyen ? stop, stop, stop… C’est pas comme ça qu’on voit le métier à la librairie.

Et n’y voyez aucun sentiment de supériorité, d’élitisme ou de snobisme (j’anticipe car depuis 9 ans que je fais ça, j’en ai entendu de toutes les couleurs), c’est juste ma conception de la librairie. Il y a plus de 62 000 livres (tous secteurs confondus, of course) qui sont sortis l’année dernière et je ne sais combien de polars (les statistiques sont trop déprimantes). Notre idée c’est juste défendre des titres qu’on aime et tenter de les faire lire au lecteur. C’est pas toujours facile : il y a un très bon papier sur ce site sur “La confrérie des mutilés“, magnifique livre, mais il faut trouver le lecteur… on cherche, on cherche et ça fait partie des livres qui, je trouve, résument bien notre engagement à la librairie."

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 09:55
Après Joseph Bialot, un peu de légèreté... On quitte le Berlin des années 40 et des morts-vivants pour la Sicile, écrasée par un soleil de plomb en ce mois d'août, et ce cher dottore Montalbano, bon vivant impénitent et bonhomme ô combien attachant !
Si c'est en hiver que les jours rallongent, c'est en hiver aussi qu'on a droit, comme chaque année, à notre petite escapade sicilienne. Un avant-goût des beaux jours à venir, quelques minutes d'ensoleillement supplémentaires. Et ça fait sacrément du bien !


Sur ordre de sa chère et tendre Livia, Montalbano a dû dénicher en catastrophe une villa en bord de mer pour un couple d'amis et leur jeune (et insupportable) garçon. Mission réussie, sauf que les incidents vont se multiplier, entre l'invasion de cafards puis de souris, la disparition soudaine de l'enfant et, finalement, la découverte d'un cadavre dans le sous-sol "caché" de la maison (sport national en Sicile : dissimuler un étage lors d'une construction pour contourner un permis de construire trop restrictif, et entamer ensuite une procédure de régularisation !).

S'en suivent les interrogatoires des témoins de l'époque et la sinueuse reconstitution des événements, le tout par une chaleur assommante qui semble d'ailleurs émousser - à moins que ce ne soit la lassitude ou l'âge - quelque peu la vivacité d'esprit de Montalbano, plus prompt à aller piquer une tête, déguster une caponata arrosée d'un blanc bien frais ou se mettre en caleçon pour supporter la canicule...

A l'enquête vient s'ajouter une seconde affaire à propos d'un accident mortel sur un chantier de construction. L'occasion pour Camilleri de dresser un constat accablant des magouilles politico-mafieuses de l'île, du cynisme et de l'impunité des puissants, de la justice moribonde. Jeux d'alliances et d'influence forment un véritable système, et ce n'est pas un simple accident qui peut changer la donne, surtout quand la victime n'est qu'un immigré de passage !


Si ce n'est peut-être pas le meilleur de la série, on ne se lasse pas des aventures - plus que des enquêtes - de Salvo Montalbano, comme on se lasse pas d'entendre les pépites linguistiques du collègue Caratella et les répliques savoureuses qui émaillent chaque dialogue.
Une vraie Commedia dell'Arte, légère et rafraîchissante !

Surtout, qu'est-ce qu'on rigole ! Pas de demi-sourire, non, ni ce petit rire bref en point d'exclamation, mais un gros rire franc avec les dents ! Alors on pose le bouquin, le temps de se marrer un bon coup, en s'imaginant la scène et en riant de plus belle. Ce qui n'est quand même pas si courant, surtout avec le roman noir.

Décidément, on devrait toujours avoir un Camilleri/Montalbano sous la main !


Et puis, une fois de plus, il faut noter l'excellent travail de Serge Quadruppani. Ses traductions dans l'esprit de "l'italien sicilianisé" sont de véritables performances.

Enfin, ne manquez pas la belle interview de l'auteur sur Polar blog. Où l'on apprend notamment, que Montalbano va disparaitre pour de bon, dans un ultime roman que Camilleri a déjà écrit et qui sera publié après sa mort. On lui souhaite longue vie...


Un été ardent / Andrea Camilleri (La Vampa d'Agostc, 2006, trad. du sicilien par Serge Quadruppani avec l'aide de Maruzza Loria. Fleuve Noir, 2009)

PS : Pour les fans absolus de Montalbano, une idée de vacances ici !
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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 20:06
Si la valeur n'attend pas le nombre des années, certains trouvent leur vocation sur le tard. C'est le cas de Joseph Bialot, qui commença à écrire à l'âge de 55 ans, pour ne plus s'arrêter.
Si la trentaine d'ouvrages à son actif (polars et romans historiques), sont pour la plupart teintés d'un humour pince-sans-rire, 186 marches vers les nuages appartient à ses textes plus personnels et plus graves évoquant l'univers concentrationnaire et le nazisme, à l'instar de La nuit du souvenir ou de La station Saint-Martin est fermée au public. Lui-même fut déporté à Auschwitz en 1944, expérience relatée dans le poignant C'est en hiver que les jours rallongent.


Bert Waldeck est un survivant. Ancien policier, emprisonné dès 1934 comme détenu politique, il a survécu aux camps de la mort avant de réchapper au massacre de Lübeck, en 1945, quand l'aviation britannique coula trois navires remplis de déportés.
Engagé par un officier américain, il doit l'aider à retrouver l'officier SS Hans Steiner, un ami d'enfance qu'il a aussi côtoyé durant sa captivité.
Le voilà de retour à Berlin. Sa ville natale n'est plus qu'un amas de ruines où errent comme des zombies de pauvres hères affamés et dépenaillés. Le chaos.

Waldeck a bientôt la certitude d'être manipulé, d'autant plus que Steiner n'est qu'un gagne-petit dans la hiérarchie SS. Pourquoi les services américains le recherchent-ils donc avec autant d'acharnement ? 
Les criminels de guerre nazis n'ont pas tous essuyé les bancs d'un tribunal de Nuremberg, loin de là, et certains ont même été recrutés par les services de renseignement américains pour lutter contre le communisme... Intérêts stratégiques, course aux armements. Compromissions, duperies. Les prémices d'une autre guerre, froide celle-là...


Malgré un dénouement un peu rapide, ce roman est tout simplement admirable. De concision, de sobriété, de finesse. Dans son évocation du Berlin ravagé et de la fin d'un monde. Dans ses subtils aller-retours historiques au gré des souvenirs du personnage. Dans son approche psychologique des survivants. Dans son décryptage de la dialectique et des rouages de l'idéologie nazie.
Dachau, Dora, Mauthausen... La barbarie, l'imagination macabre des geôliers, la négation de l'humain.

Si on a coutume de dire que le vécu et le ressenti des déportés relèvent de l'indicible, Joseph Bialot parvient néanmoins, à travers la vision de Bert Waldeck, à nous faire approcher cette terrible réalité.

Et puis, tant que certains - évêque en tête - vomissent leur bile négationniste, ces récits s'avèrent - encore et toujours - nécessaires.



Berlin, 1945. Au premier plan, il doit s'agir des "nissen" qu'évoque Bialot, bureaux provisoires de l'US Army.

Conseil(s) d'accompagnement
: hormis la vigilance, deux très beaux textes. Seul dans Berlin, roman d'Hans Fallada, évoque la vie des habitants d'un immeuble en 1940, où se côtoient juifs, gestapistes, résistants... Changement de décor 5 ans plus tard, avec Une femme à Berlin, le journal d'une femme écrit entre le 20 avril et le 22 juin 1945, qui nous parle de l'immeuble délabré où elle s'est réfugiée en compagnie de vieillards et d'enfants, de la famine et de la misère.



186 marches vers les nuages / Joseph Bialot (Métailié, Noir, 2009)
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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 00:00

Le second numéro de L'indic vient de paraitre ! Plus de 30 pages d'infos sur le polar avec, au menu : un dossier polar/banlieue, une interview croisée de JB Pouy et de JH Oppel, un chouette article sur ADG, et plein d'autres choses encore, dont quelques critiques de Claude Mesplède.


L'association Fondu au noir a vu le jour en 2007, sous l'impulsion de deux passionnés, Emeric Cloche et Caroline de Benedetti (qui sévissent aussi sur le blog du Dj Duclock), avec pour but "la promotion du "polar" et du "noir" sous toutes ses formes sur la région Loire-Atlantique, en organisant des rencontres, des festivals, des conférences, des projections cinématographiques et en publiant un magazine."
Sur le blog de l'association, vous trouverez notamment un reportage vidéo où ils nous expliquent leur projet.

Voilà en tout cas une revue qui a de la tenue. On lui souhaite longue vie et... passez le mot !


Pour vous procurer L'Indic :

Directement en librairie si vous habitez la région parisienne (Terminus polar - 1 rue Abel Rabaud, XIème) o
u nantaise (et non Bretagne comme c'est envisagé en ce moment... mais je m'égare ;-) )

Ou par correspondance, en écrivant à l'adresse suivante : Fondu Au Noir - 27 rue Anatole Le Braz - 44000 NANTES.
En n'oubliant pas de glisser dans votre courrier un chèque à l'ordre de l'association et d'un montant de 4 malheureux euros.
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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 00:00

« si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi... Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi... ». (Evangile de Saint Matthieu)

Entre les Ecritures et l'écriture, Brian Evenson a dû choisir. Rejeté par la communauté mormone, il a choisi la seconde option. Tant mieux pour nous.
L'auteur, présent au Festival America de Vincennes en septembre dernier, expliquait que les choses s'étaient "un peu arrangées" depuis - il revoit ses enfants régulièrement et son ex-femme lui adresse même la parole ! - même s'il évite d'évoquer ses romans et son travail avec sa famille. Tant mieux pour lui.
Il faut dire que ses textes sont loin d'être "inoffensifs" ; lui-même confie qu'il était le premier choqué en écrivant La Confrérie des mutilés. D'ailleurs, ce roman publié en France l'année dernière, dans l'excellente collection Lot49, vient seulement de paraître aux Etats-Unis.


Kline, détective privé, s'est fait sectionner la main par "le gentleman au hachoir", avant de cautériser lui-même sa plaie (sur un réchaud !) et de lui tirer une balle dans la tête.
Fascinée par cet "exploit", une secte de mutilés volontaires, au terme d'un débat théologique, le charge d'élucider le meurtre du dénommé Aline, le fondateur de leur communauté. Mais Kline a... les mains liées et l'enquête est un simulacre : on ne le laisse pas interroger les témoins ni voir le corps, et la scène de crime n'est qu'une reconstitution !
Au sein de cette confrérie où la hiérarchie des fidèles dépend du nombre de mutilations, on assistera, entre autres à une "fête d'amputation" (ou pince-fesses au hachoir...) et à une séance de streap-tease, intégral pour le coup !


Naviguant entre l'absurde de Beckett ou de Kafka et l'horreur de Poe, on est littéralement happé par ce roman pour le moins atypique, où l'épouvante le dispute à l'humour noir.
Grotesque, grinçant, drôle, sanguinolent, La Confrérie des mutilés tient à la fois du polar, du roman gothique, du conte (cruel). La prose sèche et affûtée (ok, facile...) sert parfaitement l'histoire, installant une tension qui ne faiblit à aucun moment du récit.

Bien-sûr, on peut voir dans cette allégorie une attaque en règle contre les mouvements sectaires, les églises et toute forme d'embrigadement. Mais plus qu'un pamphlet, il s'agit surtout du combat d'un individu qui refuse de suivre les chemins que d'autres ont tracé pour lui, et de se plier aux dogmes, poussés ici jusqu'à l'absurde.

Un ovni littéraire. Incisif, inspiré, novateur.


La Confrérie des mutilés / Brian Evenson (The Brotherhood of Mutilation, 2006, trad. de l'américain par Françoise Smith. Le Cherche-Midi, Lot 49, 2008)

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:05

Sur le site de Télérama, vous trouverez une nouvelle inédite de Marc Villard, toujours excellent dans cet exercice.

Sur celui du Monde, une interview de Fred Vargas, portant exclusivement sur l'affaire Cesare Battisti, qui vient d'obtenir en Argentine le statut de réfugié politique. Si je vous indique le lien, c'est parce que Vargas est un défenseur acharné de Battisti et qu'elle connait bien le dossier. A titre personnel, je n'ai pas vraiment de parti pris, cette affaire m'ayant toujours laissé perplexe...

Sur les ondes : ce soir (20h-21h), Dennis Lehane sera l'invité de Mauvais genres. Et si vous avez déjà réservé votre soirée au Métropolis ou au Fouquet's, pas de problème ! Les émissions restent en ligne sur le site de France-culture.

A écouter toujours, l'émission "quinzomadaire" de l'association Les Habits noirs, "Le casque et l'enclume" (j'adore...). Des invités, des lectures, les polars fraichement parus, le tout dans une ambiance bon enfant.
A propos, deux auteurs de l'association, Caryl Férey et Sophie Couronne, ont écrit à quatre mains un nouvel épisode du Poulpe. Ça s'appelle D'amour et dope fraïche et ça sort le 05 mars. On en reparlera sûrement.

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 00:00
Comme auteurs islandais de polars, on peut citer Indridason bien-sûr, Arni Thorarinsson (Le temps de la sorcière) et Jon Hallur Stefansson (Brouillages). Déjà trois. C'est loin d'être négligeable pour un pays qui n'a aucune tradition de polar et qui, surtout, compte à peine 300.000 habitants.
En voilà un quatrième, en la personne de Olafur Haukur Simonarson. Pas vraiment un nouveau venu, une redécouverte plutôt, puisque Le cadavre dans la voiture rouge est une réédition ; paru une première fois en France il y a une dizaine d'années, quand l'appellation "polar nordique" n'était pas encore homologuée.

Un village encaissé à l'extrémité d'un fjörd, vivant de la pêche, des maisons peintes de couleurs vives, quelques commerces, une école... C'est là que débarque, un peu contre son gré, notre narrateur, Jonas Halldorsson. Ex-flic, ex-mari, alcoolique invétéré, Jonas a une facheuse tendance à foutre en l'air tout ce qu'il entreprend. Une des raisons pour lesquelles son cousin l'a envoyé manu militari à l'autre bout du pays pour occuper un poste d'instituteur.
Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il saisit là l'occasion de se ressourcer un peu. Prendre du recul, écrire, éviter les ennuis, éloigner la boisson...

Bien-sûr, tout va aller de travers. Entre l'accueil glacial des uns et la fausse cordialité des autres, il sent bientôt qu'il n'est pas le bienvenu à "névroseville", où tout le monde semble dissimuler quelque chose, sous un ciel lourd de nuages et de menace diffuse.
Surtout, personne ne semble faire grand cas de son prédécesseur, disparu subitement quelques semaines plus tôt. Et les gens ont la curieuse manie de se saisir du téléphone dès que Jonas a tourné les talons.

Faisant bientôt la connaissance des quelques "notables", il comprend rapidement que ceux-ci règnent littéralement sur la ville, ayant mis la main sur tous ses rouages, de la conserverie de poisson à l'école en passant par la caisse d'épargne locale. Un vrai panier de crabes. Ou un banc de maquereaux, pour le coup, se tenant les uns les autres.


Simonarson maîtrise bien son récit, ménageant le suspense, instillant dans l'air inquiétude et malaise, jusqu'à obtenir une atmosphère de plus en plus viciée.

En situant son récit au sein d'une petite communauté, repliée sur elle-même, sclérosée - et dont même les les plus fortes personnalités ne savent plus s'échapper -, il fait aussi un portrait particulièrement acerbe de la société islandaise, de ses fondements, de son idéal de vie même. "Le travail, la grande nature, de bonnes relations avec les gens, avec le peuple, ce peuple inlassablement laborieux ; pas de métissage, aucun chômeur, pas même d'expatriés. N'était-ce pas précisément la vie dont tout un chacun rêvait ?"  (On sait avec Indridason que la situation a quelque peu changé depuis, et qu'elle n'est pas sans poser de nouveaux problèmes).

Ce qui fait aussi l'intérêt de ce roman, paru en 1986, c'est qu'il se situe au confluent de plusieurs courants : tout en reflétant encore sur la forme les influences anglo-saxonnes du roman d'énigme - whodunit, qui a tué ? - et du polar américain hardboiled (à travers le style "nerveux" de l'écriture notamment), il annonce en même temps le roman noir islandais - et nordique - tel qu'on le connait aujourd'hui, ancré pleinement dans une réalité sociale.

Au final, pas un grand roman, certes, mais une plaisante et intéressante escapade islandaise.


Le cadavre dans la voiture rouge / Olafur Haukur Simonarson (Líkio í rauda bílnum, 1986, trad. de l'islandais par Frédéric Durand. Presses universitaires de Caen, 1997 ; rééd. Points, Roman noir, 2009)
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 00:00

"Si je tente cette brève histoire du roman noir, c'est essentiellement parce que j'en écris, et que je ressens, partialement, la force et la "justesse" de ce genre littéraire flou, à géométrie variable, et sujet à maintes et maintes explications, explications et définitions."

Pouy nous livre donc sa chronologie et sa cartographie du noir, en retraçant, d'Oedipe roi à Zulu de Cary Ferey, les grandes - et petites lignes - du genre.

En ne cherchant ni l'exhaustivité ni même l'objectivité : il ne s'agit pas d'une étude, plutôt d'un hommage. Il prévient d'ailleurs : "Je ne suis ni critique, ni historien, encore moins universitaire, je ne suis qu'un simple passionné. Je n'ai pas tout lu. (...)Il ne faudra donc pas me chercher des poux dans la tonsure, et des cadavres dans le tiroir, si j'oublie des pierres de touche, des auteurs importants, des livres incontournables."

Avec humour, enthousiasme et sa verve coutumière, Pouy nous présente sa galerie de "nihilistes" (Horace McCoy, Jim Thompson et sa "cirrhose de l'âme"...), d'allumés (Crumley, Crews, Christopher Moore...) ou encore de "forcenés" (Chase, Villard, Westlake...). Des figures bien connues (Chandler, Ellroy, Simenon...), d'autres beaucoup moins (Kotzwinkle, Hjortsberg...).
On croise aussi Jim Harrison, Robbe-Grillet ou Dostoïevki qui "se moquait bien du roman policier quand il a écrit Crime et châtiment". Gare à ceux qui voudraient fixer les frontières du roman noir ou décréter une bonne fois pour toutes le genre "paralittérature" !


Le tout réhaussé d'un soupçon de provocation : "... le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l'histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku." Eh oui, c'est qu'il y tient à l'A.O.C. "roman noir" ! Qui ne serait pas qu'une querelle sémantique, mais je ne vais pas m'étendre là-dessus et vous laisse plutôt à cette brève histoire.


Voilà en tout cas de quoi se lancer, ou continuer à patauger, dans le roman noir : si la plupart des références sont familières à l'amateur, il se dégagera bien ici ou là quelques pistes inexplorées ; quant au néophyte, il trouvera avec Pouy un éclaireur avisé.


Une brève histoire du roman noir / Jean-Bernard Pouy (L'oeil Neuf, 2009)


Vous pouvez vous procurer ce livre directement sur le site de
l'éditeur.

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Published by jeanjean - dans monde du polar
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