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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 00:00

Dernier tramway pour les Champs-Elysées (qui ne fait pas référence à une célèbre avenue parisienne...) est le 13ème volume de la série consacrée à Dave Robichaux, flic têtu et mélancolique, en butte à ses démons personnels, l'alcool et la violence.

Aux (déjà) amateurs de la série : Dernier tramway... est un bon cru, même s'il me paraît moins bon que Black Cherry Blues ou Dans la brume électrique avec les morts confédérés (bientôt sur les écrans, avec Bertrand Tavernier derrière la caméra, ça promet...) par exemple.
Aux (bienheureux) novices de Robicheaux : commencez plutôt par le début de la série (même si chaque titre peut se lire indépendamment), notamment par les romans cités plus haut, ou Prisonniers du ciel, le tout premier.

nullInutile de s'étendre sur l'intrigue, les romans de Burke valent principalement pour leur atmosphère et leur style. Disons simplement que Robichaux, cette fois, va trouver sur sa route un bluesman noir disparu un demi-siècle plus tôt, un tueur à gages sentimental, quelques truands de bas étage, un héros de la guerre plein d'arrogance et de morgue...

Comme souvent, Robicheaux est bringueballé le long de fausses pistes qui la plupart finissent en cul-de-sac.
Hormis le tonitruant Clete Purcell, l'ange-gardien de Dave, on retrouve dans cet opus les thèmes chers à l'auteur : son attachement mêlé de nostalgie à la Louisiane de sa jeunesse, l'esclavage comme pêché originel du Sud dont les stigmates se font toujours ressentir, un désir viscéral de justice face aux affronts et humiliations infligés aux plus faibles, la violence comme dernier recours.


Blues Bayou
Il pleut sans discontinuer sur les marais comme dans l'âme de Robichaux. Ses vêtements et sa détresse lui collent à la peau. Saisi par le doute et l'angoisse, il se rend un peu trop fréquemment au cimetière, où repose Bootsie, sa seconde femme. Au fil de ses monologues intérieurs, on le sent exténué, dévasté mais toujours résolu. Non, ce n'est pas encore le chant du cygne pour Dave Robicheaux, cette belle figure romantique.

Certains esprits chagrins reprocheront peut-être à Burke des polars un peu redondants, ou l'accuseront de concourir parfois pour le Prix de la meilleure réplique, la mieux sentie, la plus "cinématographique". Ce n'est pas complètement faux, mais le fait est que cet écrivain a des obsessions et les exprime, qui plus est avec un grand talent. Notamment à travers une écriture tantôt sèche, tantôt lyrique (les descriptions du bayou, des lumières, des arbres...), non dénuée de grâce.

Enfin, il se dégage toujours de ses romans cette sorte de tension tragique, cette résolution dans l'adversité, cet humour triste, ce courage vain qui ne l'est jamais tout à fait. Qui ne peut pas l'être tout à fait.


Dernier tramway pour les Champs-Elysées / James Lee Burke (Last car to Elysian Fields, trad. de l'américain par Freddy Michalski. Rivages Thriller, 2008)

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 00:00
Les éditions Gallmeister poursuivent leur travail de réédition des romans de Trevanian, un auteur dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, encore qu'on en sache très peu sur lui, sinon qu'il vécut un moment au Pays Basque où il mourut probablement en 2005. Après La Sanction, voilà Shibumi - édité une première fois en France en 1981 chez Robert Laffont, épuisé depuis -, présenté ici dans une nouvelle traduction. 

Et, disons-le d'emblée, l'un des meilleurs polars que j'ai lus cette année.

nullEmpruntant au roman d'espionnage comme au roman d'aventures, Shibumi fait partie de ces romans au long cours, dans lesquels on adore se plonger, ralentissant même la lecture en cours de route pour ne pas arriver trop vite à destination.

Cela tient en partie à la personnalité de Nicholaï Alexandrovitch Hel (qui n'est pas sans rappeler Jonathan Hemlock, dans La Sanction), un personnage hors-normes, sorte de Jason Bourne (le héros de Robert Ludlum et de La mémoire dans la peau) en stage chez David Carradine version Kung-Fu !
Né à Shangaï durant la Première Guerre Mondiale, d'une mère russe et d'un père allemand, il a été élevé par un général japonais avant de rejoindre un maître de Go. Intelligent, imprégné du sens de l'honneur et de la dignité, Nicholaï cultive son "Shibumi" : "Shibumi implique l'idée du raffinement le plus subtil sous les apparences les plus banales. (...) Shibumi est compréhension plus que connaissance (...) c'est exister sans l'angoisse de devenir. Et dans la personnalité de l'homme, c'est... comment dire ? L'autorité sans domination ? Quelque chose comme cela."
Une forme d'accomplissement de soi, de recherche de l'excellence, qui n'est pas étrangère au fait que Nicholaï soit devenu un assassin redoutable et l'un des hommes les plus recherchés au monde.
Retiré dans son château au Pays Basque en compagnie de sa charmante maîtresse, il va recevoir la visite d'une jeune femme venue lui demander son aide ; Hannah Stern fait partie du groupe chargé d'éliminer les terroristes palestiniens de Septembre Noir. 
Hel est bientôt traqué par la 
Mother Company ("Big Mother" ?), une organisation internationale regroupant les grandes compagnies pétrolières et producteurs d'énergie, un supra-gouvernement ne reculant devant rien pour défendre ses intérêts.


Si Shibumi est un roman bien charpenté, il est aussi magnifiquement construit et agencé, dans un va-et-vient temporel qui développe l'action présente ou éclaire le passé et l'itinéraire de Nicholaï Hel par de longs flash-back ; un procédé qui donne une certaine dynamique à une machine déjà bien huilée, servie par une prose impeccable, empreinte d'un certain classicisme d'ailleurs.
Et si Trevanian ne nous laisse pas beaucoup de temps de respiration dans la lecture, son roman possède une belle énergie, et même un certain souffle épique ; surtout quand il brosse quelques tableaux historiques et ressuscite la Chine des années 30, la Bataille de Shanghaï, prélude à la guerre sino-japonaise, ou l'occupation du Japon par les Alliés.

On le sentait déjà dans La Sanction, Trevanian ne se prive pas de critiquer sévèrement les Etats-Unis, mais ici sa charge est particulièrement virulente, un bâton de dynamite sous le socle culturel de l'Oncle Sam.
Un exemple parmi d'autres : "Vous sous-estimez la souplesse qui caractérise la conscience de vos concitoyens [les Américains]. Ils ont évolué depuis l'embargo du pétrole. L'attachement à l'honneur des Américains est inversement proportionnel à leurs besoins en chauffage. Le propre de l'Américain est de n'être courageux et désintéressé que par accès. Ce qui explique pourquoi ils se conduisent mieux en temps de guerre qu'en temps de paix. Ils savent faire face au danger, pas à l'inconfort. Ils polluent l'air pour tuer les moustiques. Ils épuisent leurs ressources d'énergie pour faire marcher leurs couteaux électriques. Il ne faut pas oublier que les combattants du Vietnam ne manquèrent jamais de Coca-Cola."
Là, il peut être utile de rappeler que Shibumi a été écrit... en 1979.
Trevanian semble au contraire séduit par la culture et les moeurs japonaises, qu'il décrit ici de manière très intéressante et avec beaucoup d'acuité et de finesse.


Shibumi / Trevanian (Shibumi, trad. de l'américain par Anne Damour. Gallmeister, 2008)
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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 00:00

REMINGTON, Philo : industriel américain resté célèbre pour ses carabines à chargement par la culasse et ses machines à écrire fabriquées, pour la première fois, en série.

Joseph Incardona est un écrivain suisse né en 1969. Professeur de sociologie de l'art, il anime aussi des ateliers d'écriture. Si Remington est son premier polar, il a déjà publié romans, bandes-dessinées et recueils de nouvelles, dont le cocasse Taxidermie, où l'on croise notamment Raymond Carver, Jack Kerouac, James Dean et... Moïse.
Voilà ce qui m'a poussé à ouvrir Remington. Pour tomber sur une citation de Patrick Dewaere placée en exergue du roman ("Des fois, j'ai peut-être l'air de dire n'importe quoi, mais c'est surtout parce que je le dis n'importe comment"). Patrick Dewaere ? Mais si, rappelez-vous, le compère de Depardieu dans Les valseuses, l'écorché vif de Série noire, le doux-dingue de Coup de tête et j'en passe.
Bref, voilà qui m'a définitivement convaincu de poursuivre ma lecture, suivant la règle incontournable - et toute personnelle - selon laquelle un auteur faisant référence à ce merveilleux comédien mérite qu'on lui prête attention.


nullMatteo Greco, la petite trentaine, vivote tant bien que mal. Demi-chômeur, demi-boxeur, demi-vigile, demi-écrivain. Matteo fait encore les choses à moitié, mais il s'accroche et tente de s'en sortir. De s'accomplir. Avec discipline et abnégation. Que ce soit face au sac de boxe ou devant sa remington.
Sa méthode de travail : il compile et retravaille les brèves de faits divers. Un matériau brut à partir duquel façonner un style : du concret, du concis, pas d'adverbes, pas d'adjectifs.
Il fréquente aussi un atelier d'écriture, où il retrouve Elsa, jeune femme ambitieuse et fantasque, dont il tombe follement amoureux. Erreur. Elle lui confie son manuscrit. Il le corrige, le réécrit à sa façon. Avec talent. Double erreur. Elle est folle de rage, le quitte.
Quelques mois plus tard, le roman paraît. Succès immédiat, fulgurant. Meilleurs ventes, plateaux télé, prix littéraire. Matteo se sent floué, trompé. C'est SON livre, SA vie. Jetée aux orties désormais. Il nourrit sa haine, fantasme sa vengeance. Jusqu'au passage à l'acte.
Matteo empoigne de nouveau une remington, mais celle à deux coups cette fois.


Incardona a creusé son personnage et prend le temps de nous le présenter. On passe du temps avec lui, on le regarde vivre, on l'écoute, d'une oreille attentive et bienveillante. Un chouette type, ce Matteo, sympathique, un peu solitaire et naïf. On voudrait tellement qu'il réussisse, que son talent éclate.
Sauf que Remington est d'abord un roman noir. Une histoire douce-amère, vaguement absurde, qui pourrait alimenter la page faits divers. La chronique d'un succès avorté. La litanie des espoirs déçus, des rêves piétinés. Trahison, colère, vengeance : tiercé dans l'ordre. Un classique. Et puis on ne tue que ce qu'on aime. C'est pas moi qui l'ai dit.
Sparring-partner sur le ring, Matteo l'est aussi en amour, et il en prend plein la figure. Elsa est un adversaire coriace. Son entraineur l'avait pourtant prévenu : ne baisse jamais ta garde.

On est facilement embarqué dans ce polar bien écrit, plaisant à lire, d'où jaillissent çà et là quelques images saisissantes ("Je sentais mes muscles fatigués rouler dans mon dos comme des cailloux dans le lit d'une rivière"). Dialogues, situations, personnages : tout est bon. Même le dénouement, attendu et surprenant à la fois.

Et pourtant.
Et pourtant je ne suis pas complètement emballé, sans bien savoir pourquoi. Je ne trouve à ce texte aucun défaut rédhibitoire. Et dire qu'il s'agit d'un roman quelconque me paraît un peu sévère. Alors quoi ?

Eh bien ce qui m'a gêné, c'est cette impression tenace de (trop) grande application. Construction de l'intrigue et des personnages, enchaînement des péripéties et des circonstances, semblent autant de figures imposées, exécutées avec dextérité certes, mais sans grande spontanéité. Ce qui donne un polar un peu trop sage et manquant parfois de rythme.


Remington  / Joseph Incardona (Fayard Noir, 2008)

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 00:00

J'aime bien les p'tits clins d'oeil de l'existence.
Dimanche soir je termine La récup' (le sourire aux lèvres, comme souvent avec Pouy).
Lundi matin, j'allume la radio : Eva Joly (ancienne magistrate au pôle financier du parquet de Paris), est en train d'évoquer les paradis fiscaux, les flux financiers occultes, la corruption du pouvoir. Quelques minutes plus tard, à la question d'un auditeur concernant le journaliste Denis Robert, elle répond qu'en effet "un homme seul ne peut rien face à une multinationale".


nullJean-Bernard Pouy, lui, a justement envie de faire comme si. Comme si un homme seul pouvait faire vaciller le pouvoir, et venger en même temps le "petit peuple", celui qui se fait toujours laminer, écraser d'une manière ou d'une autre par les puissants de ce monde. 
Au moins le temps d'un roman. C'est déjà ça de pris. On l'aime bien pour ça, Pouy, ce côté populo-réfractaire et poil-à-gratter.

Le poil-à-gratter, en l'occurrence, c'est Antoine dit Loulou, artisan serrurier qui a semble-t-il frappé à la mauvaise porte. Un spécialiste des mécanismes anciens, ça ne court pas les rues, et une bande de russes ou assimilés est venue le chercher pour un boulot discret, une petite affaire de cambriole vite fait bien fait. Il s'était rangé Loulou, mais 10 000 balles, ça se refuse pas comme ça. Le hic, c'est que les russes le laissent sur le carreau, sur le quai d'une gare déserte pour être exact, à moitié dans le coma et sans une thune.
Une petite convalescence sur la côte bretonne, le temps de panser ses blessures et son amour-propre, et Loulou décide de foncer et de récupérer son dû. Toute peine mérite salaire, non ? Alors les Russkovs n'ont qu'à bien se tenir !
Mais n'est pas Lee Marvin qui veut, et on n'est pas au cinoche. Loulou ne se doute pas encore qu'il a foutu les pieds dans un sacré merdier. Avec comme points cardinaux Mafia, Politique et Business : un mini-triangle des Bermudes où notre serrurier-vengeur risque bien de disparaître.


Antoine fait partie de la longue lignée d'anti-héros francs-tireurs de Pouy, qui a le don de nous concocter des personnages toujours attachants et plus vrais que nature.
Et puis surtout, Pouy manie la langue française comme personne ; un vrai acrobate du langage, qui jongle avec les mots et les images avec aisance et fantaisie. 
 

Le "Pouy-Fuissé", c'est un bon petit blanc, léger, festif, avec un goût de reviens-y, garanti sans mal de crâne et qu'on aime partager. (Res)servez-vous.


La récup' / Jean-Bernard Pouy (Fayard noir, 2008)


PS : la collection Fayard Noir vient de changer de look : bandeaux plus minces et priorité à l'image de couverture. D'accord, mais là, la photo de serrure lambda, moderne, ça ne colle pas vraiment, dommage.

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 00:00

Au printemps dernier, Rivages & Casterman ont convolé en noces, avec une idée commune : des rencontres entre écrivains et illustrateurs, pour mettre en cases le riche catalogue des éditions Rivages.
Les premiers rejetons sont arrivés : des quadruplés !, parmi lesquels Lax/Westlake, Baru/Pelot et le plus beau de la fratrie à mon sens, Thompson/Hyman/Matz avec le superbe album Nuit de fureur.

Le p'tit dernier ne devrait pas décevoir les espoirs placés en lui : l'adaptation du roman de Dennis Lehane par Christian De Metter est tout simplement magnifique.

Années 50. Le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule débarquent sur l'ilôt de Shutter Island, au large de Boston, qui abrite un hôpital psychiatrique réservé aux criminels. Venus sur la demande des responsables de cette "prison-hôpital", il doivent enquêter sur la disparition d'une patiente, qui se serait évadée.
Très vite, les deux hommes se heurtent à la réticence et à la mauvaise volonté du personnel et des médecins. Et puis Daniels a une autre "mission" à remplir sur place, un compte personnel à régler...

Shutter island
 est un polar passionnant, parfaitement maîtrisé, et une plongée angoissante dans les eaux troubles et sombres de la folie mentale. 
L'atmosphère est lourde, oppressante. Dès le début du récit, on sent confusément que quelque chose ne tourne pas rond. Des détails bizarres surviennent. Des doutes surgissent. Sensation de malaise, qui va crescendo jusqu'au dénouement, proprement ahurissant.

J'étais vraiment curieux de voir ce qu'allait en faire De Metter, et je ne suis pas déçu. Pas vraiment surpris non plus, ayant eu l'occasion de découvrir cet auteur/illustrateur et de retenir mon souffle, déjà, en lisant Le curé ou Le sang des Valentine. Pour le coup, le choix de De Metter pour adapter Shutter island est vraiment judicieux.

En quelques 120 pages, il parvient à nous livrer l'essence du roman.
Sa façon d'instiller le malaise et de ménager le suspense est remarquable. Alternant les planches aux teintes claires et celles plus foncées, il oscille sans cesse entre la demi-clarté et la presque-obscurité, qui renforce le sentiment d'inquiétude.
Puis, sans nous livrer trop d'indices, il en égare suffisamment pour piquer notre curiosité et notre sang-froid en même temps.
Les personnages sont particulièrement réussis (hormis une trop grande ressemblance physique entre les deux flics, qu'il n'est pas toujours aisé de différencier, au moins au début) ; leurs gestes, leurs attitudes, leurs expressions sont parfaitement rendus, notamment par le travail de De Metter sur les ombres et le clair-obscur, dont il semble si friand.
L'album possède une belle unité de ton - la même teinte brune, cuivre, légèrement sépia, s'étale sur toutes les planches (hormis quelques-une, en couleurs, qui marquent les flash-back) et
les images ont vraiment une texture et un grain incroyables.

Puisse Rivages/Casterman nous faire plein de petits comme celui-là.


Shutter island
entame maintenant une carrière cinématographique : le film, réalisé par Martin Scorcese, doit sortir sur nos écrans courant 2009. A suivre, même si je crains que les images du film ne puissent recouvrir complètement celles de la BD, maintenant.


Shutter Island / Christian De Metter, d'après le roman de Dennis Lehane (Rivages/Casterman/Noir, 2008)

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 09:51
"... souvent je suis pris du besoin irrésistible de partir pour une virée. Une balade sans but sur cette longue route solitaire où chaque carrefour propose un choix (...). La route peut paraitre synonyme de plaisir et de liberté, mais ce n'est pas la vraie liverté. Ce n'en est que l'illusion". James Crumley

Rien de tel que ses romans, bien-sûr, pour se remémorer James Crumley. Mais on peut aussi regarder le film documentaire qui lui a été consacré il y a quelques années, réalisé par Matthieu Serveau, un cinéaste fan de l'écrivain. 

Un road-movie passionnant, une quête sur les routes du Montana à la recherche... du bar parfait ! Eh oui, c'est la mission (auto)confiée à Crumley dans ce film ("... croyez-moi, le Montana regorge d'abreuvoirs formidables"), mais c'est aussi et surtout l'occasion de côtoyer un peu le personnage, au fil d'une bal(l)ade poétique, où Crumley égrène tour à tour les verres et les souvenirs.

Un visage de l'Amérique
L'occasion aussi de pénétrer dans l'univers de l'écrivain et le pays qu'il s'est choisi, le Montana : une région grande comme la France et peuplée d'un million d'habitants seulement, située entre les Rocheuses et le Canada.
Des plaines immenses, aux longues routes droites comme un garde-à-vous, et des... bars, en plein milieu de nulle part, comme autant de refuges chaleureux. C'est l'Amérique profonde (la vraie, diraient les gens du coin), là où Crumley situe la plupart de ses romans.
Avec sa lourde dégaine d'ours mal léché et son air bourru, Crumley nous montre les bons coins, et il a le contact facile, le bonhomme. Ses arrêts au stand lui permettent de faire connaissance avec les gars du cru, de papoter un peu, et de rigoler surtout (ces types font d'ailleurs furieusement penser à certains de ses personnages). On y voit un Crumley facétieux, curieux, attentif aux autres, et plein de vitalité : une sorte d'énergie brute peu commune. Qui n'aime rien tant que le mouvement et la rencontre.

Alors ça écluse, ça taille la route, ça plaisante. On voit défiler les routes, les bars, les visages, mais surtout on voit défiler de la vie ; un concentré de 52 minutes, belles, simples, émouvantes.


Vous pouvez visionner les 10 premières minutes du film
ici.


L'esprit de la route / réal. par Matthieu Serveau (Bonne Pioche Productions, 2002)
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 22:12

Je viens de l'apprendre. James Crumley vient de mourir, à l'âge de 68 ans. On ne peut pas dire qu'il nous ait quitté dans la fleur de l'âge, mais ça fout quand même un choc.

Il était l'un des plus grands écrivains de romans noirs.
Un sacré sens de la formule, du bagout, du style.
Deux personnages inoubliables, Sughrue & Milodragovitch.
Une dizaine de romans magnifiques et pleins de vie.

Il y a quelques années, à St Malo, j'ai vu un film intitulé L'esprit de la route. Un peu par hasard, et puis le titre me plaisait bien. C'était un documentaire sur un écrivain du Montana, appelé James Crumley. Le portrait original et très beau d'un bonhomme terriblement attachant.  
A ce moment, je ne connaissais pas encore ses romans, ça m'a donné envie. J'ai commencé par Fausse piste. Dès les premières pages, j'y ai retrouvé, intacts, cet humour et cette humanité qui m'avaient tant frappé à l'écran.

Ca commence à faire beaucoup cette année, après Fajardie et Grégory McDonald.
Et dire qu'on ne lira plus d'autres Crumley...

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 00:00


nullR&B, c'est un peu Ed McBain revu et corrigé par les Marx Brothers. Et s'il s'est certainement inspiré des enquêtes du 87ème district, Bruen rajoute quelques ingrédients de son cru : un brin de folie, un zeste de dérision et un goût pour la caricature poussé jusqu'à l'extrême.

Ses personnages de flics, par exemple, sont de vrais stéréotypes : hormis Roberts & Brant, on trouve un homosexuel, une Noire, un chef aussi stupide qu'exécrable... Original, non ?
Le truc, c'est que Bruen joue si bien de ces clichés qu'il nous amuse aussi, sans toutefois tomber dans la parodie ni se prendre trop au sérieux.

Et puis on se tord de rire à chaque page ou presque, sous les coups d'éclat-de folie-de sang des deux zigotos et les répliques savoureuses dont nous régale l'auteur.

Si Roberts est encore à moitié fréquentable, Brant a vraiment tout du sale enfoiré : un franc-tireur cynique, je-m'en-foutiste et misanthrope, à moitié véreux, qui terrorise autant ses collègues que les truands londoniens. 
Mais encore une fois, Bruen retourne la situation à son avantage : oscillant entre le drôle et le féroce, il fait de Brant un être aussi méchant qu'attachant ; et qui s'avère un personnage plus complexe que ne le laisse paraitre au premier abord le bloc monolithique façonné sommairement par Bruen.


Côté intrigues, ça a tendance à s'amenuiser entre le premier et le dernier de la série, et c'est peut-être le danger qui guette l'auteur : négliger l'intrigue au profit des seuls personnages. On verra.
En attendant, les enquêtes sont autant de prétextes à foutre le bordel et à regarder ensuite ce petit monde s'agiter : rançonneurs amateurs poseurs de bombes, milice aryenne d'autodéfense, mouchards, petites frappes toutes pointures, hiérarchie excédée, et au milieu de tout ça nos deux compères Roberts & Brant, sortes de Starsky & Hutch passés du côté obscur de la Force.


Décapant, désopilant, politiquement incorrect ; voilà ce qui me vient à l'esprit à la lecture de R&B, qui peut évoquer des choses graves sans se prendre au sérieux. Ca a l'air simple mais c'est plus rare qu'on ne pense.

Alors, c'est sûr, si vous avez du mal à amortir le choc de la rentrée et la tristesse des jours raccourcisssant à vue d'oeil, plongez-vous dans R&B, ça devrait vous faire le plus grand bien. 
Respectez tout de même la posologie : pas plus d'un Bruen/semaine, où vous pourriez ressembler dangereusement à Brant, humilier vos collègues, négliger votre femme et envoyer votre chef se faire f..... !


Vixen / Ken Bruen (Vixen, trad. de l'anglais (Irlande) par Daniel Lemoine. Gallimard, Série noire, 2008)
& Le Gros Coup (Gallimard, Série noire, 2004 ; rééd. Folio policier, 2005)

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Published by jeanjean - dans irlande
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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 20:45
La Huit Production a sorti 3 DVD, contenant chacun 3 portraits d'auteurs de polar (de 26mn chacun). Ils y évoquent notamment leur ville, leur façon de travailler, leurs personnages...
Parmi eux, une majorité d'écrivains anglo-saxons : Marc Behm, Donald Westlake, Jérôme Charyn, Lawrence Block, Robin Cook, William McIlvaney ; on y trouve aussi des auteurs français : Fred Vargas, Tonino Benacquista et Maurice Dantec.
Sacré programme. On en reparle bientôt.


Pour vous faire une idée, vous pouvez visionner un extrait de ces films sur dailymotion, d'où est tirée la vidéo qui suit, consacrée à Jérôme Charyn, qui évoque son enfance et aussi New-York.





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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 00:00


nullFrancesco Visentin a tout pour lui : jeune avocat plein d'avenir, issu d'une illustre famille dont le nom suscite le plus grand respect, il s'apprête à marier Giovanna, la plus belle femme de la ville.
Tout s'écroule quand il découvre le corps de Giovanna, noyée dans sa baignoire. L'enquête démontre vite qu'il s'agit d'un meurtre et que la victime avait un amant.
S'agit-il simplement d'un crime passionnel, comme veut le croire Francesco ? Ou l'a t-on réduite au silence pour dissimuler un trafic industriel, auquel semblent liés quelques éminents personnages locaux ?

Francesco, au fil de son enquête, va voir s'effondrer toutes les certitudes liées à son rang et à ses proches.

Ancré dans la réalité - et l'actualité - de la société italienne, Padana City dénonce pêle-mêle les ravages d'un capitalisme débridé sur une région dont l'essor économique a été fulgurant, les accointances entre les industriels et la mafia ainsi que l'"ecomafia" (un terme apparu il y a une quinzaine d'années en Italie pour désigner les opérations de la mafia - recyclage sauvage des déchets, trafic d'espèces protégées... - qui mettent en danger l'environnement), la corruption rampante, le sentiment d'impunité et l'arrogance des classes dominantes, enivrés par leur propre pouvoir, et enfin l'impuissance relative des instances policières, judiciaires, politiques. Le tableau est sombre, presque désespéré.


On retrouve le style caractéristique de Carlotto, même s'il est moins prononcé : sec, frontal, avec des phrases courtes et peu de digressions.

On trouve aussi quelques maladresses (la difficulté d'écrire un texte à quatre mains ?). Dommage.
Dommage que l'on devine bien avant la fin qui est le meurtrier, d'autant plus que les auteurs tâchent d'entretenir le mystère.
Dommage que les relations entre la victime et son meurtrier ne soient pas plus développées (pourquoi sont-ils amants, d'ailleurs ?), puisque de là découlent tous les événements ultérieurs, ou presque. 
Dommage, enfin, que le roman manque parfois de vraisemblance et d'intensité, certaines scènes étant littéralement expédiées.


Si Padana City demeure agréable à lire et relativement intéressant par son aspect documentaire, Carlotto nous avait habitués à des romans bien plus forts et aboutis.


Padana City / Massimo Carlotto & Marco Videtta (Nordest, trad. de l'italien par Laurent Lombard. Métailié, coll. Noir, 2008)

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