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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 16:45

"Pourquoi ne peuvent-ils pas raconter les choses sans toutes ces fioritures, sans tout ce verbiage..." (p.162)


nullJe me souviens avoir beaucoup apprécié Je suis un écrivain frustré, le premier roman de Manas paru il y a quelques années, alors qu'il n'avait que vingt ans !
A travers l'histoire d'un professeur d'université qui vole le manuscrit d'une de ses élèves et connait un succès phénoménal, Manas brossait un tableau féroce du microcosme littéraire et éditorial, avec verve et drôlerie.
Satire qu'il poursuit dans L'affaire Karen, où il décortique un petit monde intellectuel replié sur lui-même, calculateur, frivole, narcissique.

Mais Je suis un écrivain frustré, petit bijou d'humour noir, est aussi léger et pétillant que L'affaire Karen est indigeste.

Karen del Corral, coqueluche des Lettres, organise une grande fête chez elle. Le lendemain matin, on découvre son cadavre, gisant sur le trottoir.
Deux inspecteurs chargés de l'enquête interrogent les invités, ainsi que ses proches.
Chacun prend tour à tour la parole et reconstitue peu à peu la vie et la personnalité de Karen, pour nous donner un récit en forme de kaléidoscope, un procédé original et sensé donner du rythme au récit, mais dans lequel s'embourbe complètement l'auteur.

Manas se perd, et nous avec, dans le dédale de son propre labyrinthe narratif, multiplie les digressions oiseuses, nous présente des personnages sans relief, qu'on ne parvient jamais vraiment à "fixer" ni à relier les uns aux autres. Y compris l'auteur lui-même qui se met en scène et interprète son propre rôle, dans une sorte de mise en abîme qui n'apporte strictement rien, si ce n'est de la confusion.
Enfin, le style, particulièrement verbeux, laborieux, maladroit, alourdit encore une intrigue dont on a toutes les peines du monde à entrevoir le dénouement, décevant et convenu comme le reste.


L'affaire Karen / José Angel Manas (Caso Karen, trad. de l'espagnol par Jean-François Carcelen et Juan Vila. Métailié, Noir, 2008)

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 18:55

Ed McBain (1926-2005) s'appelait encore Salvatore Lombino et ne s'était pas encore attelé aux (incontournables) enquêtes du 87e district, un monument du police procedural et une source d'inspiration intarrissable pour bon nombre d'écrivains.
Nous sommes en 1951, McBain vient d'être engagé à l'agence littéraire Scott Meredith, à New York. Un an plus tard, il commence à vendre quelques nouvelles à des revues, sous différents pseudonymes : Evan Hunter, Hunt Collins, Richard Marsten...


nullCe sont ces "histoires policières" (inédites en France) qu'a eu la bonne idée de publier l'éditeur Bernard Pascuito.
Avec, en prime, une préface de l'auteur ainsi qu'une courte introduction à chacune de ses nouvelles, qui nous permet de les re-situer dans leur contexte historique. 

Par exemple, McBain s'interroge sur son personnage de privé, qu'il a de plus en plus de mal à justifier.
En exergue de la nouvelle intitulée Embrasse-moi Dudley, voilà ce qu'il en dit : "Quand on commence à écrire des parodies d'histoires de détectives privés, c'est le moment de s'arrêter d'en écrire. A l'époque où celle-ci a été publiée, en janvier 1955, j'avais écrit la dernière de la série des Matt Cordell et j'étais prêt à abandonner ce sous-genre. Non seulement, je trouvais de plus en plus difficile de justifier qu'un simple citoyen enquête sur des meurtres, mais Cordell présentait de surcroît ce problème d'un enquêteur qui n'avait même pas de licence officielle."  A partir des années 50, le roman noir va peu à peu délaisser le personnage du détective privé, jusque-là omniprésent, et se trouver de nouveaux héros, plus à même de lutter contre une violence de plus en plus endémique : les policiers.

Gamins meurtriers, gangs, flics dépassés, détectives privés alcooliques, paumés de toutes sortes sont quelques-uns des congénères qu'on peut croiser dans ces nouvelles, taillées au burin et sèches comme un coup de trique... Sans ostentation, sans fard, avec compassion parfois, McBain donne à voir la dèche et la misère morale, le trognon pourri de la Grosse Pomme.

Si les premiers pas des écrivains sont parfois mal assurés, ceux-ci annoncent déjà les chefs d'oeuvre futurs. On retrouve en germe tout le talent de McBain et ce qui fait sa "patte" : économie de moyens, ton lapidaire, capacité à planter un décor et des personnages en quelques lignes, sens du dialogue.

Si vous ne l'avez jamais lu, voici une bonne introduction à l'univers de ce grand écrivain. Et si vous comptez déjà parmi ses admirateurs, faites une place dans votre bibliothèque...


Le goût de la mort : histoires policières / Ed McBain (Learning to Kill, trad. de l'américain par Zach Adamanski. Bernard Pascuito éd., 2008)

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 14:13

... ou les rêveries d'un tueur solitaire.

nullL'homme qui marche s'appelle William Gasper. La "Lune", c'est une montagne du Nevada, que notre homme arpente inlassablement et avec laquelle il entretient une relation quasi-métaphysique.
Un personnage solitaire, légèrement inquiétant, qui sillonne les flancs montagneux comme les recoins de sa mémoire, en égrenant des souvenirs épars - plus ou moins réels - qui dévoilent peu à peu sa personnalité et son histoire : s'il s'est depuis éloigné du commerce des hommes, Gasper ne s'est pas défait de ses armes ni de ses réflexes d'ancien... tueur professionnel. Ni des ennemis inhérents à ce type d'activité, d'ailleurs.
Sur la Lune, un homme semble le suivre et le pister. Il est armé. Un simple promeneur ou un assassin ? A moins qu'il ne s'agisse en réalité du chat meurtrier Palug, envoyé par la sorcière celte Cerridwen, qui le visite dans ses rêves et rythme ses pensées.

Dit comme ça, vous pourriez croire à un accès de paranoïa ou de schizophrénie. Non. Il s'agit tout au plus d'une sorte de religion privée, teintée d'agnosticisme.
Notre ascète se confronte à la montagne, réduisant ses besoins alimentaires au strict minimum, lit les Anciens... Et soliloque, indéfiniment, sur la marche, la discipline de la survie, la figure du Mal, la mythologie du combat, les valeurs morales, la vanité, la complexe nature de l'Homme. 


Unique roman d'Howard McCord (il a surtout publié des recueils de poésies), vétéran de guerre (de Corée) comme son personnage, L'homme qui marchait... est un texte inclassable, entre le conte philosophique et le thriller.
Un mélange qui peut dérouter, d'autant plus que le suspense tient une faible place, l'auteur insistant surtout sur les méditations de Gasper, toutes empreintes du plus profond nihilisme. Tout au plus maintient-il la tension jusqu'au dénouement, brutal et définitif.

Quoi qu'il en soit, voilà un roman atypique et très personnel. Comme son héros, McCord est insaisissable : il ne se laisse enfermer dans aucun shéma narratif, et n'a que faire de guider ou de satisfaire son lecteur en multipliant les pistes ou les rebondissements. Et s'il s'adresse parfois à nous, cela n'appelle aucune réplique ni aucun assentiment.

Certains, arrivant dans une ville inconnue, aiment à s'y perdre. D'autres préfèrent la découvrir en sachant toujours où ils vont. C'est selon.


Conseil(s) d'accompagnement :  ce récit, qui d'une certaine manière traite de la mythologie du Mal,  n'est pas sans rappeler certains romans de Cormac McCarthy, en plus "ésotérique".


L'homme qui marchait sur la lune / Howard McCord (The Man Who Walked to The Moon, trad. de l'américain par Jacques Mailhos. Gallmeister, 2008)

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 22:03

Dawn, 9 ans, voit défiler les hommes dans le lit de sa mère clic elle préfère la compagnie de son père, Jeff Mican, artiste-peintre dont les dessins mettent en scène des enfants dans des postures disons... choquantes ("Mes yeux ils avaient jamais maté un truc pareil. La première fois, j'vais pas te mentir, hein, j'ail dégueulé direct comme une gonzesse.") clic Caroline Powell, relations publiques, prend en charge sa carrière clic c'est Joey Spitfire qui l'a mis sur le coup clic Spitfire, détenu n°250624, est aussi le rédacteur de la revue underground Psychobilly Freakout clic Jeff part en virée avec sa fille clic il est bientôt poursuivi pour pédophilie et enlèvement clic clic
"... alors cliquez ou quittez."

Quelques personnages parmi d'autres dont les vies vont se télescoper dans une Amérique post-11/09 traumatisée.

nullVoilà un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Dès les premières pages (que vous trouverez
ici, lues par l'auteur himself, en anglais), vous serez, au choix :
1/ enthousiasmé par cette magnifique invocation pleine de bruit et de fureur.
2/ littéralement écoeuré par cette copieuse diarrhée verbale.

Pour ma part, j'ai d'abord cliqué sur 1/ avant, il est vrai, de m'enliser peu à peu dans ce polar marécageux (de l'âme) qui ne manque pourtant pas d'atouts, en premier lieu desquels le personnage de Dawn, terriblement attendrissant.

Roman choral et incantatoire, qui nous offre quelques portraits croisés de toute beauté, écrit d'une traite, un long jet qui ne manque pas de puissance narrative, certes, mais qui s'éparpille aux quatre vents - pour faire écho au désordre mental des personnages et de l'Amérique toute entière ? C'est le grand reproche que je fais à l'auteur : il tient entre ses mains une lance à incendie qu'il ne parvient pas à maitriser complètement.

Et puis Nathan Singer en fait parfois trop, ses personnages semblent surjouer, jusqu'à rendre certaines scènes improbables ou grotesques. Pour leur donner plus de force ? Ou pour désamorcer, justement, la grenaille d'angoisse et de malaise qu'il vient de nous balancer ? Je m'interroge.
De la même façon, il multiplie les effets de style (répétitions, phrases hachées, mots solitaires coincés entre deux points...) qui s'avèrent parfaitement superflus et cassent le tempo narratif. On écoutait du be-bop, et soudain il nous joue du free.

Pour résumer, j'ai été à la fois conquis, agacé, déçu, voire dubitatif. Difficile donc d'avoir une opinion tranchée sitôt le roman terminé mais, après quelques jours, je dois avouer que le charme qui émane de ces pages s'est lentement évaporé. Mais qui sait ? Leur parfum (musqué) vous collera peut-être à la peau.

Vous trouverez un dossier (interview, vidéos...) consacré à Nathan Singer sur le site de Moisson Rouge.


Prière pour Dawn / Nathan Singer (A prayer for Dawn, trad. de l'américain par Laure Manceau. Moisson rouge, 2008)

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 10:33

"- ... c'est aux magistrats d'émettre la sentence et à l'Etat de l'exécuter. On n'est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l'étoile de shérif sur la poitrine.
- Pourtant, c'est nous autres, les victimes, qui sommes appelées à décider du pardon. 
-Vous n'êtes plus une victime. Vous êtes un malade. Faites-vous soigner."


null1989, une ville du nord-est en Italie. Au cours du braquage d'une bijouterie, une femme et sont fils sont tués. Tandis que son complice réussit à s'échapper, Raffaello Beggiato est arrêté puis condamné à perpétuité (le quotidien routinier du milieu carcéral est d'ailleurs très bien décrit par Carlotto, qui a lui aussi "goûté" aux prisons italiennes).
Quinze ans plus tard, atteint d'un cancer, il envoie une lettre à Silvano Contin, père et mari des victimes, pour lui demander son pardon, ce qui lui permettrait d'obtenir sa grâce et de mourir libre, non sans avoir récupéré sa part du butin...
Silvano refuse. Depuis la mort de sa femme et de son fils, il traverse la vie comme une ombre. Son quotidien n'est plus qu'une succession de gestes mécaniques, de souvenirs douloureux, d'images macabres. Il ne désire qu'une chose : retrouver le complice de Raffaello et assouvir sa vengeance. 
La suspension de peine de Raffaello, imminente, va lui en donner l'occasion. 


Désespéré, dérangeant, parfois poignant, L'immense obscurité... est un bijou (sans mauvais jeu de mots) de roman noir. Très noir. D'une noirceur lumineuse même, tant Carlotto parvient à sublimer les souffrances de ces deux personnages, d'où suintent l'absence d'espoir, la haine, le dégoût de soi et d'où s'échappe encore un mince filet d'humanité.


Construit sur la confrontation entre les deux hommes - tour à tour narrateurs -, ce roman brosse d'eux un fin portrait psychologique, sans concessions ni pathos ; une étude remarquable vu la brièveté du récit qui, par ailleurs, frappe par sa densité et sa profondeur.
Dans un style brut, froid et dur comme la table d'autopsie qui hante Silvano, l'auteur maîtrise admirablement son sujet, une variation sur les thèmes de la vengeance et de la rédemption, où les figures du bien et du mal s'entrelacent subtilement.
Car, dans cette radiographie de la douleur, la victime et le bourreau apparaissent parfois en images inversées, ce qui n'est pas sans heurter notre quiétude et nos certitudes morales.

C'est comme si Massimo Carlotto venait de nous taper sur l'épaule avant de nous balancer un oppercut bien senti ! Précis et puissant. Un double crochet va peut-être suivre : Padana city, écrit à quatre mains, paraît prochainement.


L'immense obscurité de la mort / Massimo Carlotto (trad. de l'italien par Laurent Lombard. Métailié, 2006 ; rééd. 2008, Points Roman noir) ; Prix du roman noir étranger, festival de Cognac 2007

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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 13:27
Depuis une vingtaine d'années, le polar remporte un vif succès : il a gagné en respectabilité et draine un nombre incroyable d'auteurs de qualité, son public s'élargit, la production éditoriale augmente sans cesse... jusqu'à l'overdose ? Parmi la multitude d'ouvrages qui paraissent chaque année, on a parfois du mal à s'y retrouver, d'autant plus que les livres restent de moins en moins longtemps sur les tables des libraires, poussés par une nouvelle fournée...
Alors on cherche des conseils : ceux du libraire, du bibliothécaire, de "l'amateur averti" ou des amis, afin de se repérer dans ce véritable maquis littéraire. 


nullC'est l'objet de ce petit livre, qui recense une centaine de "classiques" classés par ordre chronologique, de Double assassinat dans la rue Morgue (1841) à Millénium (2005) (rien pour 2006 & 2007 ?! bon, dommage...).

Certes, le titre est un peu prétentieux : LE guide des 100 polars INCONTOURNABLES. Pourquoi 100, justement ? Un chiffre rond, me direz-vous. A moins que l'on ne cède au virus foudroyant (et principalement télévisuel) du Classement : le top 100 des meilleurs gags, le top 100 des plus belles actrices, le top 100 des meilleurs gags des actrices les plus belles etc... Bref.

En réalité, il ne s'agit que d'une sélection et, comme toute sélection, celle d'Hélène Amalric est réductrice et discutable, bien-sûr. Comme dit le proverbe, "choisir c'est renoncer" et comme le rappelle la 4ème de couverture, "La seule bibliothèque idéale, c'est la vôtre!". Alors on peut regretter les absences de James Sallis ou de John Harvey, relever quelques incongruités (pas trace d'un quelconque auteur sud-américain) ou déplorer la présence du Da Vinci code (pour les puristes).
A l'inverse, on peut aussi se féliciter de voir mentionner des auteurs peu connus du grand public comme William McIlvanney, Daniel Woodrell ou Andrew Vachss.

Mais l'essentiel n'est pas là, puisque ce guide n'a pas vocation à être exhaustif mais à présenter de façon succinte une centaine d'ouvrages donnant un aperçu représentatif du genre. Et là, le pari est réussi : pas d'oubli majeur, les "grands" sont bien là, même si le roman choisi n'est pas forcément leur meilleur (je pense à La loi de la cité d'Elmore Léonard, encore que ça reste très subjectif, une fois de plus...) et les informations données sont justes et pertinentes.
La présentation est simple et claire : pour chaque titre est renseigné le genre (suspense, noir, énigme...) et, le cas échéant, le titre original, le traducteur et le(s) Prix obtenu(s).  
Vient ensuite un extrait du roman, un encadré résumant la vie de l'auteur puis un résumé/critique, qu'on aimerait d'ailleurs un peu plus approfondi.

Enfin, on notera la présence de romans plus habitués aux honneurs de la littérature blanche - De sang-froid de Truman Capote, Crime et châtiment de Dostoievski -, mais qui rappellent que le champ d'investigation du polar est loin d'être limité.

Au final, un p'tit outil qui remplit bien son office, d'autant plus que les guides de lectures ne sont pas légion.





Le guide des 100 polars incontournables / Hélène Amalric (Librio, 2008)
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Published by jeanjean - dans monde du polar
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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 00:00

Ténèbres et sang fait partie des finalistes de la sélection estivale du Prix SNCF du Polar.
C'est le troisième roman du dénommé Alexander W. Rosto, un pseudonyme qui désigne à la fois l'auteur et le nom de son personnage récurrent, membre de l'organisation "Lacédémone", un groupe clandestin redresseur de torts qui intervient là où les moyens légaux s'avèrent insuffisants. Mouais...

nullOn ne sait d'ailleurs pas grand-chose de l'auteur, si ce n'est qu'il est né en 1971, et qu'après des études de psychologie criminelle il a travaillé pour le compte d'une organisation internationale avant de se consacrer à la défense des Droits de l'Homme. Le caractère confidentiel de son activité lui impose de signer sous pseudonyme, souligne son éditeur.
Dans ce cas, autant ne rien dévoiler de "son activité", plutôt que de justifier ce relatif anonymat, non ? Bref...

Héros central dans les précédents opus, l'agent Rosto n'apparait ici qu'en filigrane, mais sa présence discrète, sous les traits d'un personnage énigmatique, constitue la valeur ajoutée de ce polar.


Nous sommes en banlieue parisienne, en septembre 2006. La jeune Magali Sablon, 10 ans, vient d'être enlevée près de chez elle. C'est la troisième disparition d'enfant en quelques mois. L'enquête est confiée simultanément au commissaire Massard et au lieutenant Volopian, spécialisé dans les disparitions inquiétantes. Les deux hommes se détestent cordialement, et chacun décide de faire cavalier seul. Massard l'opportuniste entouré d'adjoints véreux, Volopian le franc-tireur, flic instinctif jusqu'au-boutiste : la confrontation donne un certain piment à l'intrigue. D'autres enlèvements surviennent, des cadavres d'enfants sont retrouvés, le coeur arraché, suivant un rituel aztèque séculaire. La population est terrorisée, le Ministre de l'Intérieur, aux abois, met la pression sur les forces de police : si l'assassin n'est pas neutralisé rapidement, des têtes vont tomber, il "tient à être très clair" (sic).


Si ce thriller n'évite pas certains poncifs - le flic trouvant sa vocation dans un drame personnel, le tueur en série doté d'un QI de 160, sans compter son délire "aztéco-ésotérique" un peu pompeux... -, il parvient malgré tout à capter et à retenir notre attention, au fil d'une lecture où la tension monte crescendo jusqu'au dénouement final, une explosion de violence qui, sans tomber dans un sadisme exacerbé (on a déjà eu notre dose), ne concède en rien au soulagement du lecteur ni à l'habituel et complaisant happy-end.

Des chapitres très courts, des rebondissements, du suspense. Macabre et plutôt efficace.


Ténèbres et sang / A.W. Rosto (Buchet Chastel, 2008)

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 16:58

« Plus de cinq cent tribus ont été réduites à un seul nom, les sauvages, les Indiens, les Peaux-Rouges, etc… même une lecture superficielle, sans parler de voyages, révèle des différences uniques, mais il n’y a jamais eu beaucoup de lectures, même superficielles. Bien qu’il habitent la même région, les Hopis sont aussi différents des Navajos que les Finlandais des Italiens, et peut-être encore plus différents. Et les Uts sont aussi différents des Ojibways que les Français des Allemands, et ainsi de suite. » Jim Harrison (En marge)



Pour illustrer la remarque de Jim Harrison, rien de mieux que les romans de Tony Hillerman. Etiquetés « polars ethnologiques » (sûrement pour répondre à notre impérieux et agaçant besoin de classer/ ranger/ compiler/ compartimenter…), ils mettent en scène des flics indiens navajos, que ce soit Jim Chee ou Joe Leaphorn.

Indian spirit. Qu'est-ce qu'être amérindien aujourd'hui ?
Pas de folklore douteux chez Hillerman, pas de pittoresque. En grand connaisseur des mythes et coutumes indiens - et plus particulièrement navajos - qu'il décrit avec acuité, il révèle toute la richesse et la beauté de cette culture, ainsi que les contractions actuelles de l’identité indienne, dans un monde plus enclin au réflexes matérialistes qu'aux élans spirituels.
Tout cela sans rien céder à la qualité des intrigues, parfaitement menées, et des personnages, criants de vérité et d‘humanité. Comme le démontre une fois de plus Là où dansent les morts, un de ses premiers romans.


Alors que les Zunis s’apprêtent à célébrer Shalako - une fête traditionnelle qui marque le retour des esprits ancestraux -, un garçon de la tribu est assassiné, tandis que George Bowlegs, son ami navajo, a disparu. Joe Leaphorn est chargé de le retrouver et doit aussi collaborer avec la police zuni, ce qui n‘est pas sans provoquer quelques frictions, eu égard aux rivalités séculaires entre les deux communautés. Ses recherches le mèneront vers d’autres « tribus » : des anthropologues et des hippies.


Là où dansent les Morts
fut l’un des premiers polars publiés dans la collection Rivages-Noir, en 1986, et a obtenu dans la foulée le Grand Prix de littérature policière. Il était déjà lauréat du Prix Edgar du meilleur roman policier publié aux USA, en 1973.


Conseil(s) d’accompagnement
: de nombreux auteurs amérindiens sont traduits en France, et je vous recommande particulièrement James Welch (La mort de Jim Loney) et Sherman Alexie (Indian Killer). Si vous vous intéressez plus avant aux cultures indiennes, jetez un œil sur les ouvrages de la collection Terres indiennes, chez Albin Michel.
Un article sur les Sioux est aussi paru dans la revue National Geographic datée de juillet 08. Un reportage ahurissant. Juste un chiffre : dans le comté de Pine Ridge (Dakota du sud), l'un des plus pauvres des Etats-Unis, l'espérance de vie des Sioux Lakotas atteint péniblement 52 ans pour les femmes et ne dépasse pas 44 ans pour les hommes...


Là où dansent les morts
/ Tony Hillerman (trad. de l'américain par Danièle et Pierre Bondil. Rivages-Noir, 1986, rééd. 2006)

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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 14:21

nullKansas, début des années 1870. La petite ville de Cottonwood connaît une expansion sans précédent grâce à l’arrivée du chemin de fer et aux investissements de l’entreprenant Marc Leval, installé en ville depuis peu avec son épouse Maggie.
Ils se lient bientôt d’amitié avec Bill Ogden, le tenancier du saloon amateur de photographie et de langues anciennes. Ce dernier n’est pas insensible au charme de Maggie ; un sentiment réciproque qui va précipiter les événements : au cours d’une chasse à l’homme - on a découvert que les Bender ont assassiné et détroussé plus d’une douzaine de voyageurs -, Bill tire sur Leval et le laisse pour mort avant de s’enfuir avec sa femme.
Quinze ans plus tard, il revient en ville à l’occasion du procès des deux femmes du clan Bender.

A travers l’histoire véridique des Bender - L’Auberge rouge version yankee -, Scott Phillips, après La Moisson de glace et L’Evadé, continue de revisiter son Kansas natal, cette fois en explorant des mythes de l’Ouest et de la Frontière, parmi lesquels, bien-sûr, le chemin de fer, le saloon, le bordel, sans oublier les pendaisons expéditives et les poursuites à cheval dans l’immense Prairie.


Si ce roman n’est pas dépourvu d’une certaine ampleur, il ne possède pas cependant cette force d’évocation qu’on retrouve par exemple dans les westerns d’Elmore Léonard.
A moins, ce qui est fort probable, qu’il ne fasse tout simplement pas écho à notre propre vision du Far West, élaborée depuis notre enfance à partir des films de Sergio Leone, de Lucky Luke, Blueberry ou encore des Mystères de l’Ouest. Autrement dit, un agrégat d’idées préconçues et réductrices, des lambeaux de mythologie qui recouvrent sûrement très mal la réalité et la complexité de cette époque.

Enfin, si Cottonwood souffre de quelques longueurs - en particulier dans la première moitié du roman-, Scott Phillips retrouve ensuite une plume alerte et nerveuse pour nous offrir un bon divertissement qui prend parfois l’allure d’un récit picaresque.


Cottonwood
/ Scott Phillips (trad. de l'américain par Patrice Carrer. Fayard Noir, 2008)

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:45


nullA Vollaville, on vit encore à l’heure du Débarquement, et au bar-hôtel du Dog Red, les anciens ressassent de vieilles histoires en tapant le carton, palabrent sur la grande foire des commémorations du Cinquantenaire et la saison touristique qui s’achève ; les gargotes et les boutiques de souvenirs ont baissé leur rideau, les résidences secondaires fermé leurs volets, laissant ce p’tit trou normand retrouver sa langueur et les frimas hivernaux, après la transhumance estivale.

Seul un touriste est resté. Un allemand. Ce qui ne lasse pas d’intriguer le voisinage et laisse place aux commérages. D’autant plus que le « boche » passe ses journées à écumer les plages et les bunkers, cartes en main, comme s’il cherchait quelque chose.
Il n’en faut pas plus pour ranimer les braises encore chaudes de la germanophobie ambiante, et c’est Alfred Fournier le plus virulent. Le plus contrarié aussi par les allées et venues de l‘allemand, dont la présence lui pèse de plus en plus. Car Alfred Fournier n’a pas intérêt à voir remuer de vieux souvenirs de guerre ; la Libération aussi a connu ses excès…

C’est sans compter sur Grangier, un vieil ermite reclus dans un ancien blockhaus, un fondu du Débarquement qui a pas mal d‘histoires à raconter. Quand il se prend en pleine trogne une balle de Garrant M1 - une arme utilisée par les GI lors de la seconde Guerre -, la tension monte encore d‘un cran.
On se doute dès le début que ça va très mal finir, et comme cinquante ans auparavant, c'est encore la jeunesse qui va trinquer.

 

Dans un lieu confiné, mélangez lentement haines tenaces, rancunes séculaires, secrets honteux, puis laissez cuire à l’étouffée une cinquantaine d’années avant de porter à ébullition, afin d’obtenir une pâte épaisse aux relents nauséabonds. Atmosphère lourde et délétère garantie.
Voilà la mixture que nous a concocté Philippe Huet, dans un roman qui fait la part belle à une brochette de personnages particulièrement bien croqués, du résistant de la dernière heure à l’adolescente impulsive, en passant par le gendarme débonnaire.

 
Du bon roman noir comme on l’aime, poisseux comme le brouillard qui recouvre périodiquement Vollaville.
Dans un style sobre, sans artifices, servi par des dialogues de qualité (ah, l’importance et la difficulté de « bons » dialogues !) qui rythment un récit d’une grande fluidité.
Se lit cul-sec.

 


Bunker
/ Philippe Huet (Rivages-Thriller, 2008)

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