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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 17:55

En cette journée de commémoration, s'il est juste de se souvenir du courage et du sacrifice des soldats, il peut être bon aussi de se rappeler la bêtise (et l'incompétence) qui a souvent présidé au massacre de centaines de milliers d'hommes sur les champs de bataille durant la Grande Guerre. Ce qu'on peut faire en lisant Le Boucher des Hurlus de Jean Amila (alias Jean Meckert). 
A peine ce livre refermé, je sais déjà qu'il fait partie des grands textes sur la guerre de 14 et qu'il va longtemps me rester en mémoire, aux côtés des Cendrars, Remarque, Boyden... 
Un uppercut et un brûlot, où la rage, l'insolence et l'humour tendre de l'auteur font merveille.


boucher-des-hurlus.jpg1919. Le "Môme" Lhozier, huit ans et demi, vit seul avec sa mère dans un petit appartement parisien. Le père est mort à la guerre. Mais pas vraiment en héros, sur le champ de bataille après l'assaut, non là ce serait plutôt le peloton d'exécution pour mutinerie...  Les voisins le savent et leur font bien sentir, surtout à la pauvre femme qui, lasse des quolibets et des coups, finit par être internée en "maison de repos". Le gamin atterrit à l'orphelinat, où il va rapidement s'entourer de trois compères, un peu plus âgés que lui : son "parrain" Deveau qui le prend sous son aile, le gars Beurré, le beau parleur du groupe et le grand Aristide, l'aîné titillé par les hormones...

Le Môme n'a qu'une idée en tête : se venger. Se venger des généraux, ceux-là qui meurent dans leur lit, et en particulier du général Des Gringues, le Boucher des Hurlus, qui a envoyé leurs pères comme des milliers d'autres au casse-pipe dans des assauts suicidaires ou a ordonné leur exécution.
Fuguant de l'orphelinat, les quatre compagnons entament une virée qui va les mener de Paris jusqu'aux champs de bataille - les "régions dévastées" - où s'entassent encore les cadaves enchevêtrés des soldats... Durant leur périple, ils vont rencontrer compassion, générosité, bêtise, suspicion...

Jean Amila s'est largement inspiré de sa propre expérience : son père fut fusillé en 17 à la suite des mutineries, sa mère internée. 
Comme tous les grands "romans de guerre", il est aussi beaucoup plus que cela. 
A travers le destin de quatre orphelins de guerre, Jean Amila dresse un portrait au vitriol de la société française de l'époque qu'anime, après l'ivresse de la victoire, un nationalisme exacerbé et aveugle. Il s'agit aussi d'un roman initiatique, dans lequel quatre enfants vont se coltiner le monde des adultes, dans toute son absurdité, son horreur et sur les ruines de l'ancien monde...


On pense à L'attrape-coeur pour l'échappée belle des quatre gamins, et aussi au Voyage au bout de la nuit, dont Le Boucher... rappelle le ton et la langue, où l'argot et les images donnent au récit une vigueur incroyable. Jugez plutôt :
   

"Et à l'heure de la lecture des évangiles, devant la classe réunie à le lueur des becs de gaz, il avait évoqué le jardin de Gétsémané, ou autre blase, avec son malheureux corniaud qui se croyait fils de Dieu et en pissait des larmes de sang...(...) Et le dieu vachard qui s'en cognait, surtout soucieux de son image de marque, exigeant des martyrs, tout comme le général Des Gringues, Boucher des Hurlus qui avait gagné ses étoiles en faisant fusiller ou massacrer des dizaines de milliers de malheureux pauvres cons. Bon dieu de mille merdes, pourquoi s'en aller chercher un exemple si lointain, alors qu'on avait sous le nez la puanteur de millions de martyrs écartelés, laminés en  bouillie d'os et de chairs, et proprement inaptes à toute résurrection-bidon ?"


Sachez enfin qu'un film a été tiré de cette oeuvre, qui s'appelle "Sortez des rangs", sorti en salles en 1996.


Le boucher des Hurlus / Jean Amila (Folio policier, rééd. 2001)

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:36

Ca commence dans un poste de police grenoblois : le commissaire Granier écoute patiemment Roland Sapey lui raconter l'histoire de son ami Yossef Blumenthal, un juif rescapé des camps et jazzman professionnel. Disparu récemment, ce dernier aurait en fait été assassiné à cause d'un instrument de musique : un saxophone "fabriqué" à Buchenwald, sur lequel Yossef apprît à jouer et qu'il garda toute sa vie, partagé entre la tentation de le léguer à un musée pour sa valeur symbolique et la répulsion qu'il éprouve à l'égard de cet instrument réparé à partir d'éléments humains... 
Blumenthal mort, le sax disparu et deux cadavres plus loin, le commissaire va tenter d'éclaircir cette affaire en s'intéressant notamment aux milices néo-nazies...


fans-sans-balance.jpgA travers le personnage et la vie de Yossef Blumenthal, François Joly nous rappelle au devoir de mémoire mais surtout à la vigilance face à toutes sortes d'extrémismes...
Il nous offre aussi un roman documenté, bien construit, rythmé, et traversé par l'amour du jazz...


AIMEZ-VOUS LE JAZZ ?
Car, hormis ses talents d'écrivain, François Joly est aussi un grand amateur de jazz et ce roman fait la part belle à la musique, ce qui ne gâche rien ! On a plaisir à écouter Joly évoquer, à travers l'itinéraire de Blumenthal,  la folie be-bop des années 50, le boom des boites de jazz et certaines figures légendaires - Earl Hines, Charlie Parker... De plus, il introduit dans ce roman des personnages réels que l'Histoire a boudés, notamment Valaïda Snow (voir la vidéo), chanteuse et trompettiste noire américaine déportée par les SS ; elle en réchappera, sera rapatriée aux Etats-Unis mais n'atteindra jamais le succès promis avant-guerre... 


Bref, le seul défaut de ce roman est d'être trop court et, pour ma part, je vais m'empresser de lire les autres bouquins de François Joly, surtout s'il y parle de jazz...

 

 

 
 Les fans sans balance / François Joly (La Branche, Suite noire, 2006)
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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 19:30

La collection Suite Noire (éditions de la Branche) est un hommage à la célèbre et désormais défunte Série Noire (qui doublonnait avec Folio Policier d’après Gallimard, mouais…) et emprunte leurs titres aux plus fameux jalons de l’historique collection, sous formes d’ « allitération, homophonie ou de jeu de mots ». On trouve ainsi Tirez sur le caviste, Le linceul n’est pas qu’aux moches ou encore le scabreux et non moins prometteur Pizza sur la touffe… Je vous laisse retrouver les titres originaux…

Second clin d’œil : Suite Noire reprend la fameuse maquette de son aînée, fond noir et bandeau coloré (couverture cartonnée, pas de photo, de 4ème de couv., bref pas de chichis…), mais le jaune, définitivement associée à la Série Noire, laisse la place aux rose fuchsia, saumon, vert bouteille, bleu outremer ou marron (franchement) douteux…

Le principe est de « proposer des récits courts qui devront se lire comme on déguste un petit noir, sans sucre et cul sec. » Mission réussie !
Notamment grâce au directeur de la collection, qui n’est autre que Jean-Bernard Pouy, vieux briscard du polar français et ardent défenseur de la littérature populaire. Déjà impliqué par le passé dans différentes affaires - les collections Série Grise, Pierre de Gondol, le journal Shanghaï Express -, et considéré comme le cerveau dans la fameuse affaire du Poulpe (qui est réapparu dernièrement, on en reparle bientôt…), l’homme récidive avec une nouvelle collection (et aussi un nouveau roman chez Fayard Noir), entouré d’une brochette de complices commettant de p’tits bouquins bien balancés, nerveux, tranchants comme un rasoir 18 lames sur le menton viril d’un play-boy Wilkinson (J) !
 

Parmi la vingtaine de titres déjà publiés, on trouve des auteurs comme Jean-Hugues Oppel (La Déposition du tireur caché est l’un des meilleurs de la collection à mon goût), Didier Daeninckx, Marc Villard, Tito Topin, Romain Slocombe, Caryl Férey, Chantal Pelletier et bien d’autres, qui ont tous en commun d’avoir publié à la Série Noire ; dont Pouy lui-même avec un Petit bluff de l’alcootest savoureux qui nous emmène en Bretagne accompagné d’Armand, « correspondant local » un peu foireux du canard régional, confronté à un fait divers pas banal et qui en creusant un peu va rencontrer des gens pas vraiment recommandables…
 
Bref, des romans courts (calibrés à 90 pages environ), rondement menés, qui vous feront passer un bon moment de lecture.
On y revient bientôt avec Les Fans sans balance de François Joly.
 
Seul petit bémol : le prix. A 10€ pièce, on réfléchit un peu pour un livre de poche et on l’aurait aimé un peu plus abordable, même si la couv. cartonnée fait augmenter les coûts d’impression, qu’il faut bien payer les auteurs etc…

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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 23:42

Cet éditeur indépendant né en 2005 se consacre au Nature writing, un courant littéraire à lui seul aux Etats-Unis, né avec un des piliers de la littérature américaine, Walden de Thoreau. Voici la présentation qu'en fait l'éditeur sur son (très joli) site: "Cette littérature du Grand Dehors, au parfum d'aventure et au goût de voyage, s'exprime sous les formes les plus diverses (romans, récits, nouvelles, policiers) et fait partie intégrante de la culture populaire américaine. On aurait tort de la réduire à sa seule dimension «écologiste» ou «naturaliste» : Moby Dick n'est-il qu'un traité sur la pêche à la baleine?"

Voilà qui devrait vous plaire si vous appréciez les romans de Jim Harrison, Barbara Kingsolver ou Rick Bass... ou si vous voulez simplement un peu de dépaysement, à travers les "grands espaces" nord-américains de l'Alaska, du Montana ou des Rocheuses...


Ont été publiés dans leur Collection
Noire deux romans  d'Edward Abbey (un troisième doit paraître en janvier 2008), auteur iconoclaste des années 70 et écolo avant l'heure, la Rivière de sang de Jim Tenuto, Dérive sanglante de William J. Tapply et enfin La Sanction, que j'évoquerai plus loin. 

La Rivière de sang se déroule dans les paysages somptueux du Montana. Souvenez-vous des images du film Et au milieu coule une rivière... quoique là ce serait plutôt Et au milieu flotte unRivi--redesang.jpg cadavre : la vie s'écoule paisiblement pour Dahlgren Wallace, ex-footballeur professionnel et désormais guide de pêche, employé par son ami Fred Lather, gros propriétaire terrien en proie aux jalousies et convoitises locales. Lorsqu'un invité est retrouvé mort au bord de la rivière, Dahlgren est immédiatement soupçonné (coucher avec la femme du défunt, aussi... !). Pressentant derrière ce meurtre de plus lourds enjeux, il s'improvise enquêteur afin de prouver son innocence et de démasquer les coupables, ce qui laisse du choix parmi les brutes et les dingues qu'on croise au fil du récit : ranchers patibulaires, milices néo-nazies, éco-terroristes... L'intrigue est rondement menée, et l'auteur, entre deux scènes de bagarres, nous laisse souffler au gré des descriptions de Big Sky
, le pays du Grand Ciel, ainsi qu'on surnomme le Montana...


Le dernier paru,
La Sanction
(paru pour la première fois en france en 1975, il était épuisé depuis longtemps), ne déroge pas au principe de l'éditeur et répond à l'équation : polar + grands espaces. Si une grande partie du récit se déroule à Long island et en Arizona et ne s'attarde pas sur la majesté des paysages, la seconde moitié a pour cadre les majestueuses Alpes suisses.

Trevanian.jpgJonathan Hemlock est un homme multiple : alpiniste de renommée internationale, professeur d'art... Féru d'art et de femmes, toujours à court d'argent pour assouvir sa passion de collectionneur, il fait des "extras" comme tueur à gages (!) pour le compte du CII, une agence gouvernementale  (oui, on pense à la même chose), département (secret) Recherche et Sanction. Après l'assassinat d'un membre de l'agence, il se voit confier une nouvelle mission : sa cible fait partie d'une expédition qui va gravir l'Eiger, montagne réputée extrêmement dangereuse. Hemlock rejoint le groupe, composé de trois hommes, mais ignore l'identité de l'homme qu'il doit "sanctionner". 

Le personnage principal vaut à lui seul le détour : plutôt sympathique, sociopathe, dépourvu de la moindre conscience morale mais intransigeant quand il s'agit de loyauté et d'amitié ; l'auteur nous sert là un personnage hors normes, dont les paradoxes et la personnalité lui donnent une grande épaisseur. L'auteur, justement :
Trevanian est le pseudonyme de Rodney Whitaker, un vrai personnage de roman lui aussi, autour duquel le mystère ne s'est pas complètement dissipé :  la quatrième de couv. indique même "probablement mort en 2005"... Sous ce même pseudo, il a écrit plusieurs polars (tous épuisés en France) dont L'Expert, qui raconte la suite des aventures de Jonathan Hemlock (non traduit en français) et Shibumi
, considéré comme son roman le plus abouti et qui doit re-paraître courant 2009. A suivre...

La Sanction
est un roman dense, bien écrit, où à petites touches discrètes l'auteur dessine un paysage des comportements et des sentiments humains. C'est ce talent qui donne au roman ce supplément d'âme qui en rend la lecture vraiment plaisante.

A noter que ce roman a été adapté à l'écran en 1975 sous la houlette de Clint Eastwood, qui joue aussi le rôle de Hemlock. Je ne l'ai pas vu mais la plupart des critiques que j'ai consultées sur différents sites sont plutôt sévères... A voir par curiosité.


Après cinq parutions se dessine une vraie cohérence éditoriale autour d'écrivains talentueux, de textes magnifiques, d'intrigues bien ficelées, (et aussi de maquettes réussies agrémentées de belles photos N&B sur les 2ème & 3ème de couverture) : on peut y aller les yeux fermés...

 

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La sanction / Trevanian (trad. de l'américain par Jean Rosenthal. Gallmeister, Noire, 2007)
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 10:01

« Je suis du genre angoissé. Je peux énumérer quelques raisons : la présence fantasmagorique de mon frère jumeau Rômulo, mort deux jours après l’accouchement et qui m’a transformé en éternel deux-en-un ; les querelles avec mon géniteur, le brillant criminaliste et piètre père Tùlio Bellini ; une carrière d’avocat ratée ; un mariage terminé ; une tendance incontrôlable à la mélancolie… » 


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Voilà, vous avez fait connaissance avec le détective brésilien Remo Bellini, le narrateur et personnage principal de ce polar dont l’intrigue se déroule à Rio et à Sào Paulo. Une occasion de voir à quoi ressemblent un peu les rues et les bas-fonds des métropoles brésiliennes (ce qui nous change un peu des trottoirs de Los Angeles, New York ou Washington…) et des bipèdes qui les peuplent. Car Tony Bellotto nous offre une formidable palette de seconds rôles et a l’art de brosser en quelques touches le portrait fidèle de ses personnages, qui sont souvent des êtres malmenés, aux trajectoires incertaines.  


Et il raconte bien les histoires ce Bellotto : la langue est précise, les dialogues incisifs, le récit est bien construit, ponctué de répliques savoureuses, drôles, émouvantes…  

 


Voilà pour l’action :

Bellini est confronté à deux affaires (non, cette fois les deux histoires n‘en font pas qu‘une...) : le meurtre d’une jeune fille dans son collège, qu’on a collé un peu trop facilement sur le dos de son petit ami et, d’autre part, la recherche d’un manuscrit perdu de Dashiell Hammett. Clin d’œil de l’auteur au polar hardboiled (littéralement : « dur-à-cuire ») et hommage au genre à travers son héros, détective à l’ancienne, instinctif et bravache.
Mais contrairement aux « blocs » que sont Spade et (moins) Marlowe , Bellini laisse entrevoir de nombreuses failles, des maladresses, des incertitudes et nous le suivons avec plaisir dans ses déambulations mentales, ses questionnements sur les femmes, le sexe, ses rapports aux autres…
Quand Bellini rencontre son collègue américain, cartésien jusqu’aux bouts des doigts et adepte d‘une approche scientifique dans la résolution d‘affaires, nous le voyons légèrement complexé, maladroit, bougon, autant de petits traits qui nous rendent ce personnage profondément attachant et qu’on retrouvera volontiers dans un prochain roman.


Bellini et le démon
/ Tony Bellotto (Bellini e o demônio, trad. du portugais (Brésil) par Sébastien Roy. Actes sud, Actes noirs, 2007)

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Published by jeanjean - dans amérique latine
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 09:50

J'ai Lu a eu la bonne idée de rééditer un fameux polar américain des années 50 dans sa nouvelle collection Hard case crime, dont le principe, comme indiqué sur les 4èmes de couverture, est de sélectionner "le meilleur du roman noir des années 50 à nos jours" et de nous présenter, "dans des éditions abordables et inédites, la crème des auteurs hard-boiled d'hier et de demain" (quid d'aujourd'hui ?!). Vaste programme... Parmi les six ouvrages déjà parus, on trouve D. Stansberry (qui publie habituellement à la Série noire), Ed McBain ou Maw Allan Collins (qui après avoir écrit quelques bons polars comme La course au sac, s'est englué depuis dans des novélisations de la série Les experts...).
Ma foi, je trouve les maquettes plutôt sympas : colorées, illustrées, avec une typo originale qui donne une identité visuelle forte à la collection. A noter aussi qu'un effort est fait sur la présentation de l'auteur, sa vie, son oeuvre... Bon, reste qu'il s'agit d'une nouvelle collection et que si les quotas de vente ne sont pas atteints rapidement... Wait & see...


13 French Street (dont la dernière édition en France date de 1985...) est présenté comme un jalon majeur du polar, maintes fois imité, jamais... bon vous connaissez la formule. S'il est vrai qu'il a servi de canevas à de nombreux auteurs dans les années 50, il ne s'agit pas non plus d'un monument littéraire à l'instar des faucons maltais et autres grands sommeils... Malgré tout, cela n'enlève rien à ce roman, court, efficace, au suspense savamment distillé (on pense souvent à Hitchkock), même si on se doute que cette sombre histoire va très mal se terminer.

9782290002353-0-2007121177-copie-2.jpgAlex, dont l'honneteté et la droiture sont proverbiales, va passer une semaine chez son vieil ami Verne, compagnon d'armes qu'il n'a pas revu depuis longtemps. Dès son arrivée, il sent que quelque chose cloche : son ami, autrefois vigoureux et plein d'entrain, n'est plus que l'ombre de lui-même et Petra, sa femme, se montre particulièrement charmante, attentionnée, séductrice... Alors que Verne est contraint de s'absenter, Alex tombe sous le charme vénéneux de Petra, belle à se damner, qui l'entraine dans une passion dévorante et fait de lui le complice d'un meurtre. Alex, rongé par le désir et la culpabilité, sombre peu à peu dans le délire. Quand il tente en vain de s'extirper des griffes de la "créature", on se doute qu'il est déjà trop tard.

Gil Brewer (1922-1983) a écrit plusieurs dizaines de romans, du polar au roman d'aventures, mais n'a connu le succès (d'estime et financier) qu'avec la parution en 1951 de 13 French Street, vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. Inspiré par des auteurs comme James Cain et Hemingway, on retrouve chez lui cette écriture elliptique, sèche et sans fioritures ; il pêche un peu quand il s'agit d'explorer la psychologie et les sentiments des personnages, mais l'ensemble tient la route et le lecteur ressent bien le rouleau compresseur qui fonce sur le pauvre Alex.


Un dernier mot : amies féministes, ce livre n'est pas pour vous, à moins que vous n'y trouviez des arguments en votre faveur : Petra est l'archétype de la femme fatale, concupiscente, lascive et vorace ; et vous n'aurez pas tort, Gil Brewer mérite peut-être la coupe de la misogynie (l'un de ses romans s'intitule Satan est une femme...!) avec un personnage si caricatural. Quant aux hommes, la légende dit que chacun d'entre nous a rencontré au moins une fois dans sa vie sa Petra (à des degrés divers, heureusement !)... ou s'apprête à le faire... Incorrigibles...



13 French Street / Gil Brewer (13 French Street, trad. de l'américain par Sabine Boulongne. J'ai lu, Hard case crime, 2007)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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