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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 00:00


revue La mort des autresL'association Les Habits noirs vient de sortir une revue, un numéro "double (?) et unique". Son titre : La Mort des Autres.


Auteurs, illustrateurs, photographes et d'autres - membres ou non - ont donc planché sur le thème. Certains ont pu être plus inspirés que d'autres, en tout cas j'ai particulièrement aimé les nouvelles de Philippe Huet et de Sébastien Gendron - qui imagine une mort bien peu glorieuse pour le grand écrivain américain Norman Mailer, les ingénieuses vignettes de Matthieu Renard (cf ci-dessous), le court article de Patrick Bard sur le rapport qu'entretiennent les Mexicains face à la mort, ainsi que le diaporama de plaques mortuaires de Stéphanie Delestré et Clémentine Thiebault, où s'affiche l'affliction des proches ("regretté", "...un ange", "A notre ami"...), et cette question : Mais où enterre-t-on les salauds ?

On y trouvera aussi une très tentante recette de cocktail - L'Enuclée -, un savoureux menu pour dîner de squelette, des fausses publicités ("Viatrepax, mourrez comme vous voulez !"), entre autres...

Le tout - accompagnez si vous le désirez d'une play-list, à écouter sur leur site - donne une sorte de pot-pourri, décalé, souvent drôle, un peu foutraque et plein d'imagination, une boîte à surprises, et un bel objet (qualité du papier, format...), ce qui ne gâche rien.

Ah, j'oubliais, c'est une tampographie de Sardon qui ouvre le numéro. Si vous ne connaissez pas son travail, allez immédiatement faire un tour sur son site, c'est un ordre !


Numériser0004                                                              

Le numéro est vendu 10€, disponible dans les librairies parisiennes Terminus Polar (1 rue Abel Rabaud, XIe) et L'Humeur Vagabonde (44 rue du Poteau, XVIIIe), ou à commander sur le site des éditions Baleine.


La Mort des Autres /  textes, dessins, photos, bédés inédits de Patrick Bard, Laurence Biberfeld, Paul Bloas, Lionel Chauveau, Jean-Christophe Chauzy, Sophie Couronne, Stéfanie Delestré, Cyrille Derouineau, Eric Deup, Caryl Férey, Arnold Gendron, Sébastien Gendron, Frantz Hoez, Philippe Huet, Yohanne Lamoulère, Pierre-Yves Marzin, Olivier Michel, Isabelle Péhourticq, Chantal Pelletier, Joe G. Pinelli, Jean-François Platet, Jean-Bernard Pouy, Iris Pouy, Matthieu Renard, Sardon, Clémentine Thiebault, Raphaël Thiebault, Olivier Thomas, Antonin Varenne, Erwann Venn, Marc Villard et Alain Weill.

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 00:00

Play Misty for merépète inlassablement Jessica Walter à Clint Eastwood dans le film éponyme (Un frisson dans la nuit, en version française), avant de l'entraîner dans sa folie meurtrière.

Habile variation (et autre conclusion) autour du même thème, Lazy Bird est le huitième roman - premier publié en France - de l'auteure québécoise Andrée Michaud.


Lazy BirdBob Richard a traversé la frontière du Québec pour s'installer à Solitary Mountain, une petite ville du Vermont, où il a été engagé comme animateur de nuit par une radio locale.
Richard est un type solitaire au passé douloureux, ayant toujours vécu un peu en marge, peut-être pour fuir le regard insistant des gens, intrigués par cet homme à la peau si blanche. Pas de famille ni de véritable ami, si ce n'est le souvenir d'un chien. Aucun dépit chez lui. Il vit comme il l'entend, et puis de toute façon il ne peut rien contre son albinisme.

"Play Misty for me, Richard". Lorsque qu'une femme lui demande de jouer le standart d'Erroll Garner, il pense d'abord à une blague, mais la voix qu'il vient d'entendre n'est "pas celle d'une fille qui plaisante".
Menacé, épié, Richard commence à paniquer.
Qui est Misty ? June, Freda, Sally, Elsie, Tina, Sarah ? Laquelle est-ce, parmi toutes ces femmes maladivement seules de Solitary Mountain, dont on ne sait jamais jusqu'à quelles extrémités vont les pousser leur chagrin, leur ressentiment et leur frustration ?



Si Lazy Bird ménage le suspense et fait monter graduellement la tension jusqu'à l'accélération finale, on se laissera plutôt porter par la voix et le débit d'André Michaud, qui aux raccourcis habituels du page-turner préfère emprunter les méandres et les longues boucles, multipliant descriptions et digressions, s'attardant sur le ressenti et les pensées des personnages, flânant au bord d'une rivière, évoquant telle chanson ou tel film. 

On prend le temps d'humer l'atmosphère confinée de la petite ville, de faire connaissance avec ses habitants, avec sa faune (dont un mystérieux chevreuil, albinos lui aussi), de rencontrer quelques beaux personnages, comme Charlie the Wild, un ermite ("...l'être le plus civilisé qu'il m'ait été donné de rencontrer") tout droit sorti d'un roman de Jim Harrison, ou Lazy Bird, la jeune protégée de Richard, qui a "appris à vivre en donnant des coups de griffes ou des coups de pied pour se réfugier aussitôt dans une espèce de Disneyland où Donald Duck écoutait du Led Zeppelin en déjeunant."

Alors, selon ses goûts ou son humeur du moment, on soupirera d'impatience ou on se laissera bercer par son flot de paroles, au rythme de la musique, omniprésente, celle des Doors, et du jazz surtout - Charlie Parker, John Coltrane et beaucoup d'autres.


Dans tous les cas, le roman d'Andrée Michaud nous rappelle aussi qu'en matière de polar, le Québec a de beaux (et trop méconnus) arguments à faire valoir. Et quand ils sont de cette qualité-là, on en redemande.


Lazy Bird / Andrée A. Michaud (Québec Amérique, 2009. Seuil, 2010)

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 00:00

On ne sait pas grand-chose de Jean-Paul Demure. Né en 1941 à Clermond-Ferrand, a exercé quantité de métiers (jardinier, VRP, facteur, vendeur de bibles !..., des boulots qu'il refile ensuite à ses personnages), écrit une demi-douzaine de romans (Aix abrupto reçoit le Grand Prix de littérature policière en 1987), quelques nouvelles et des scénarios pour la télévision.

Son premier roman, paru en 1982 - Razzia sur la paroisse, tout un programme... -, mettait en scène trois copains - Jean-Mi, Fernand, Marcel -, bande de braves bandits amateurs un peu branques sur les bords, préparant le cambriolage d'un trafiquant de drogue. Presque 30 ans plus tard, l'auteur a décidé de reformer le groupe.


Cher payéToujours en train de tirer le diable par la queue, nos garçons, comme Jean-Mi, 26 piges déjà, le cul dans le canapé à longueur de journée et le regard désespéré de sa mère.
Il a peut-être trouvé tout seul, le Jean-Mi : une annonce dans le journal, particulier cherche jardinier. Ni une ni deux, son pote Fernand lui fabrique un faux diplôme, Marcel lui refile sa mob', et c'est parti direction La Vigie, près d'Aix, un immense domaine où l'attendent des parcs en friche, une meute de chiens féroces et un tyran.

Sitôt engagé (Girkas, le patron, n'y a vu que du feu), Jean-Mi se met au boulot, entre deux engueulades. Le bonhomme est dans les affaires. On peut même dire qu'il y trempe : fournit la Marine et l'Arsenal de Toulon en matériel militaire. Ça pue à plein nez, et l'odeur a attiré l'attention des services de renseignement. Enfin... disons l'un d'entre eux, un zigoto étourdi et vaguement pitoyable mis au placard après une énième bourde.

Plus ça va, plus Jean-Mi en a ma claque de cet esclavagiste de Girkas. Ce qui lui faudrait, c'est suffisament d'argent pour monter sa propre boîte - c'est qu'il y a pris goût à la binette et au sécateur entretemps. Comme ça, il pourrait peut-être aussi reconquérir Isabelle... A force de semer, une idée se met à germer dans son esprit : kidnapper ce salaud de Girkas et se faire payer la rançon. Fernand marche, Marcel trépigne avant de céder (comme toujours), et voilà les trois compères en train de mûrir soigneusement leur plan.

Evidemment, ça dérape, "et tout bascule dans le tragique si ridicule qu'on ne sait pas par quel bout le prendre".




Situations rocambolesques et personnages croquignolesques sont dépeints avec un mélange désopilant de tendresse et de vacherie habilement distribuées.

Mais ne nous-y trompons pas : la farce est mordante, et derrière la légèreté du ton, l'auteur ne se prive pas de balancer quelques pavés dans la mare productiviste de notre belle société, le temps aussi de faire la nique aux puissants et aux arrogants de tous poils.

On lit le bouquin sourire aux lèvres et on le termine avec un air de ravi de la crèche. Au tarif poche, c'est vraiment pas cher payé.



Une chose est sûre : Jean-Paul Demure gagne à être connu, comme on dit. Pour ma part, je vais rapidement m'y atteler.


Cher payé / Jean-Paul Demure (Rivages/Noir, 2010)

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 00:00

Auteure de plusieurs romans, nouvelles, albums jeunesse, Sylvie Rouch a notamment reçu le Prix Polar dans la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines en 2007 pour Corps-morts. Un second couteau du polar hexagonal ? Mmmh, bien aiguisé quand même... Il n'y a qu'à lire son dernier roman.


Décembre blancEn cette fin d'année 2009, alors qu'une vague de froid et de neige recouvre la capitale, Simon Bedecker et son équipe, membres d'une cellule anti-terroriste, enquêtent sur plusieurs cas d'agression particulièrement violents : ces derniers mois, des motards ont attaqué à l'acide trois femmes, en plein Paris. Ces actions ont été revendiquées, via les journaux, par un groupe baptisé "les brigades d'Allah", inconnu jusque-là.

La dernière victime en date, Tania Achaoui, travaille pour Bakélite, un journal d'investigation qui traîte avant tout des violences et injustices faites aux femmes. Peut-être une piste de ce côté-là. A moins qu'il ne faille creuser du côté de son frère Jamel, au casier chargé et aux curieuses accointances avec des individus suspectés d'appartenir à des organisations terroristes.

Tandis que s'installe un climat d'islamophobie rampante et que ses chefs lui demandent instamment de dégoter un suspect - musulman si possible -, Baedeker tâtonne, interroge, fouille la vie des témoins. Pour certains de ses collègues, la méthode utilisée par les agresseurs ne colle pas avec celles des islamistes radicaux, et peut-être faudrait-il aussi chercher du côté de l'extrême-droite et des mouvements néo-nazis. 



Plutôt que de s'apesantir sur les procédures policières, Sylvie Rouch, tout en subtilité, se concentre sur les liens et les rapports qu'entretiennent les personnages - journalistes engagées, flic macho ou à la dérive, hommes violents, ancien délinquant... Intéressant de voir comment des liens se tissent entre tous ces protagonistes d'origine/de sensibilité/de milieu très divers.

Mention spéciale à Bedecker, la cinquantaine lasse, marqué par "l'accident" brutal survenu cinq ans plus tôt dans sa vie, et à Réjane Anderson, féministe résolue au caractère bien trempé.
Les reverra-t-on dans un prochain roman ? Ce serait une bonne idée.


De belles études de caractères, une intrigue bien échafaudée ainsi qu'une intéressante mise en perspective d'après un brûlant sujet d'actualité, font de Décembre blanc un polar de bonne facture et très agréable à lire.


Décembre blanc / Sylvie Rouch (P. Galodé, 2010)

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:00

Après Tranchecaille, Le boucher des Hurlus ou la BD Notre mère la guerre, je poursuis ma p'tite commémoration personnelle du 11 novembre, cette fois avec Le der des ders de Didier Daeninckx.


Le Der des dersHiver 1920. René Griffon, marqué par quatre années dans les tranchées, dégoûté de la chose militaire, est devenu détective privé. Titi parigot et franc-tireur un brin désabusé, Packard rutilante et jolie pépée à la clé : un mélange entre le privé ricain et Nestor Burma.

Engagé par le glorieux colonel Fantin de Larsaudière pour une banale histoire d'adultère et d'extorsion, Griffon se met sur la piste du maître-chanteur. Mais le héros de guerre ne se montre pas vraiment coopératif, à croire qu'il a une idée derrière la tête ou qu'il cache quelque chose. Et comme René est du genre entêté...


La Grande boucherie est finie depuis deux ans, mais on se gave encore sur le dos des poilus. Voilà qu'on célèbre la "Patrie Cannibale", tous en rang derrière le cortège de médailles, de drapeaux, de monuments aux morts, de fiers défilés, la poitrine gonflée de fierté nationale.
Griffon, lui, ça le fait vomir toute cette hypocrisie, toute cette gloriole patriotique. La victoire, mais à quel prix ? On oublie un peu vite tous ces pauvres zigues qu'on a envoyé au casse-pipe, et puis les autres qui sont revenus, peut-être, mais dans quel état ! Toujours les mêmes qui se font tuer, quand les gradés restent bien planqués à l'arrière en ordonnant l'assaut, toujours les mêmes qui triment, quand les mêmes gradés ou ceux de leur espèce continuent de s'en mettre plein les poches, et grâce à la guerre par dessus le marché ! 

Un des aspects les plus intéressants du roman se trouve aussi dans la géographie que dessine Daeninckx du Paris de l'après-guerre. Le Paris ouvrier, le Paris des fortifs et de la banlieue, le Paris peuplé de combinards, de petits escrocs, de chiffonniers, de prolos - lamineurs, fondeurs, mécanos en haillons... -, d'anarchistes, qui reprennent le flambeau de Georges Cochon et de l'Union syndicale des locataires (faites quelques recherches, c'est assez cocasse).
Au gré des déambulations de Griffon, on va des quartiers ouvriers de Belleville ou de La Chapelle aux villas cossues de Neuilly, en passant par la Zone, la Butte-aux-Cailles où la flicaille n'ose pas se pointer, Pigalle où l'on écoule les surplus américains dont ces drôles de "jeans", Levallois, Aulnay, Villepinte...


Un des meilleurs romans de Didier Daeninckx, qui comme à son habitude va fouiner dans les recoins sombres de l'Histoire, rapportant des histoires méconnues, comme ici celle de la mutinerie des soldats russes de La Courtine dans la Creuse en 1917, délogés à coups de canons de leur camp retranché par l'armée française !



!!!!!!!!!!!
Juste un bémol : le roman est littéralement truffé de points d'exclamation, ça gêne un peu la lecture au bout d'un moment, et le texte n'avait pas besoin de cette béquille stylistique pour tenir debout.


Conseil(s) d'accompagnement : la bande-dessinée tirée du roman, signée Jacques Tardi, et un livre passionnant paru il y a quelques années chez Parigramme, Paris ouvrier.


Le der des ders / Didier Daeninckx (Gallimard, Série noire, 1984 ; Folio Policier, 1999)

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 00:00

On pensait pourtant ne plus le revoir, après Derniers sacrements qui clôturait - croyait-on - la série*. Et voilà que John Harvey a décidé de tirer Charlie Resnick de sa pré-retraite ! A-t-il bien fait ? J'ai eu quelques doutes au début. Vite levés.

Avant toute chose, ça fait rudement plaisir de retrouver Resnick. Ses chats, ses disques de jazz, sa bonhomie, ses habitudes, qui ont quelque peu changé : le vieil ours a troqué le célibat pour la vie de couple, et partage désormais sa vie avec Lynn Kellog, avec laquelle il a longtemps travaillé.


Cold in handLe jour de la Saint-Valentin, Lynn est blessé dans une fusillade entre gangs rivaux durant laquelle une adolescente est tuée. Les parents de la victime l'accusent de s'être servie de leur fille comme d'un bouclier pour sauver sa peau. La presse fait ses choux gras, d'autant plus qu'Howard Brent, drapé dans son rôle de père meurtri et en colère, est particulièrement photogénique.

Resnick, qui brasse de la paperasse à la brigade de répression de vols depuis qu'il a accepté une promotion et quitté la PJ, accepte d'intégrer la brigade criminelle comme second sur l'enquête. Mais à force de jouer les Saint-Bernard avec sa dulcinée, il finit par causer plus de problèmes qu'il n'en résout.

Comme toujours avec Harvey, d'autres intrigues viennent irriguer la trame principale, rejoignant parfois le même lit, parfois non. Deux affaires ici : l'une concernant le meurtre d'une jeune prostituée immigrée, l'autre un trafic international d'armes à feu, sur lequel enquête notamment un organisme semi-privé (!) de lutte contre le crime qui regroupe en son sein d'anciens flics pas toujours très clairs.

Un des visages de cette "nouvelle police", rationalisée, informatisée, aux méthodes et procédures nouvelles, dans laquelle Resnick n'a plus vraiment sa place. Il le sait d'ailleurs, et envisage sérieusement de raccrocher, même si Lynn se moque de lui, à l'imaginer dans sa campagne avec "deux ânes et quelques douzaines de poulets".

Contrairement aux opus précédents, Resnick n'occupe pas véritablement le rôle principal, qui échoue davantage à Lynn Kellog ainsi qu'à une certaine Karen Shields, une inspectrice londonienne venue prêter main forte à ses collègues de Nottingham (qu'on reverra peut-être plus tard ?).



Construction impeccable - plusieurs fils narratifs, changements de point de vue -, limpidité et sobriété du style, épaisseur des personnages. Du Harvey dans le texte, sans fausse note, qu'on écoute avec plaisir mais sans être renversé non plus, tout au moins dans la première partie. Au fil des pages on se dit même qu'il manque, cette fois, ce petit supplément d'âme qui fait la différence entre un bon procedural et un bon roman.

Et puis il arrive quelque-chose. Quelque chose de soudain, de brutal et d'irrémédiable (impossible de vous dire quoi, ce serait du sabotage pur et simple), qui donne au roman une autre envergure. Les perspectives changent complètement, et on se prend à rapprocher son nez de la page, tétanisé, secoué, en tout cas complètement absorbé, et pour de bon.


Alors, un nouvel épisode un peu paresseux, qui viendrait s'ajouter aux autres sans forcément apporter grand-chose ? Pas du tout. Harvey avait sa petite idée derrière la tête, certains sentiments et émotions à explorer, et Resnick étant le personnage qu'il connaît le mieux, il l'a naturellement "ressuscité", pour un roman plus intimiste qu'à l'accoutumée, plus sombre, plus éprouvant aussi. Charlie sings the blues.

Alors, bonne idée de rappeler Resnick ? Yes, Sir.



Cold in Hand / John Harvey (Cold in Hand, 1998, trad. de l'anglais par Gérard de Chergé. Rivages/Thriller, 2010)


* Resnick, dans l'ordre :  Cœurs solitairesLes étrangers dans la maisonScalpelOff MinorLes Années perduesLumière FroidePreuve VivanteProie FacileEau dormante, Derniers sacrements. Tous sont publiés aux éditions Rivages.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 00:00

Trois ans et quelques jours que j'ai "ouvert" ce blog (santé ! allez, je r'mets une tournée), et nulle trace encore de James Sallis. La réédition du Faucheux (publié initialement dans cette magnifique collection qu'était La Noire de Gallimard) me permet de corriger cette anomalie, d'autant plus qu'il fait partie des quelques lectures qui m'ont véritablement marqué.


A force de lire des romans, on finit par repérer certains mécanismes, procédés, artifices. La plupart du temps. Et parfois on tombe sur un livre qui ne ressemble à aucun autre, comme ce faucheux que je pourrais lire cent fois sans que le charme ne s'évapore, sans comprendre comment ça "marche" ni même pourquoi j'aime autant ce bouquin.

Bien-sûr, des spécialistes en stylistique, en sémiotique ou en linguistique nous en apprendraient certainement, après avoir disséqué le texte au scalpel, au risque de le vider de sa substance. Personnellement, je préfère encore le voir respirer, loin des tables d'autopsie des exégètes.



Le faucheuxBref. Parlons un peu du bouquin - essayons tout au moins.
Le faucheux (le titre original est "The long-legged fly", on pense au "long good-bye" de Chandler) ouvre un cycle de six romans* et se décline en quatre chapitres. 1962, 1970, 1984, 1990. Quatre intermèdes précédés d'une genèse brutale - l'assassinat d'un homme par un inconnu, qui n'est autre que le "héros" lui-même, comme on l'apprend un peu plus tard.
Quatre périodes plus ou moins heureuses de l'existence de Lew Griffin, un Noir de la Nouvelle-Orléans d'abord détective privé puis, sur la fin de sa vie, écrivain racontant sa propre histoire.

Ses enquêtes concernent essentiellement des personnes disparues. Des jeunes femmes, le plus souvent, comme Corene Davis, cette activiste noire qui s'est volatilisée entre New-York et La Nouvelle-Orléans ; comme Cordelia Clayson, étudiante prometteuse et rangée ; comme Cherie, rattrapée de justesse dans une gare routière Greyhound.

Retrouver des gens, d'accord, mais dans quel état ? Arrive un moment où Griffin se montre impuissant, et parfois même trop absorbé par sa propre vie, marquée par l'échec et la perte, l'alcoolisme, la solitude malgré les amitiés amoureuses (LaVerne) ou les amours amicales (Vicky).


Retrouver des gens ? En suivant leurs traces, c'est d'abord sur les siennes qu'il se lance, dans une quête de lui-même, sans qu'il sache bien ce qu'il cherche ni même ce qu'il a perdu en chemin. Ses allées et venues ressemblent à des cheminements intérieurs. Effet miroir avec une ville étrange et mouvante. "C'était comme si l'image que la ville avait d'elle-même et ses efforts pour vivre en accord avec cette image n'avaient cessé de se modifier. Elle était espagnole, française, italienne, antillaise, africaine, coloniale ; elle était en même temps la ville des fêtes et des mirages et le bastion de la culture sur une terre nouvelle ; elle était une ville bâtie sur le dos des esclaves et, parallèlement, une ville où de nombreux notables avaient été des gens de couleur libres ; la ville s'adaptait, à l'infini."
Mouvante comme l'humeur de Griffin, qui flotte sans cesse au gré de la marée, entre dépression et rédemption, la tristesse chevillée au corps comme le boulet au pied de l'esclave, puisqu'il est aussi question de l'Homme Noir ici, comme dans les opus suivants.




Si on peut lire les différents romans du cycle dans le désordre , il convient d'abord d'avoir lu Le faucheux, qu'on peut considérer de plusieurs façons : une brève introduction à la vie de Lew Griffin, dotée de quelques repères biographiques ; une succinte table des matières ou une sorte de calendrier auxquels se référer une fois plongé dans les épisodes suivants qui devancent, suivent ou télescopent les événements racontés ici.

L'ensemble formant une biographie parcellaire, incomplète, morcelée, composée à partir de fragments de vie épars, une mosaïque d'événements que l'écrivain - Sallis et, par extension, Griffin - tente de ranimer avec des souvenirs imparfaits et les projections d'une mémoire par nature sélective, non-linéaire, et qui se moque parfois de l'exactitude chronologique.


Un mot sur le style ?
"Moins, c'est plus", dit le proverbe. On pourrait dire aussi : l'ellipse, c'est Sallis. Y en a qui soulignent trois fois au cas où le lecteur serait trop abruti pour piger ce qui se passe. Lui, il vous laisse le soin de combler les trous, d'éclairer les zones d'ombre, de tourner la bague de mise au point. A vous de saisir l'allusion, de laisser transparaître le filigrane, patiemment.
Cela dit, faut-il d'abord souligner l'ascétisme de Sallis ou bien la couche de mauvaise graisse qui recouvre tant et tant de romans ?



Le faucheux / James Sallis (The long-legged fly, 1992, trad. de l'américain par Jeanne Guyon et Patrick Raynal. Gallimard, La Noire, 1998 ; rééd. Folio Policier, 2010)

*Après Le faucheux suivent, dans l'ordre (si tant est qu'il y en ait un) : Papillon de nuit, Le frelon noir, L'oeil du criquet, Bluebottle, Bête à bon Dieu.

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 09:28

Reprise en douceur, en compagnie de Jean-Bernard Pouy, du dessinateur Joe Pinelli et d'un dénommé Fratelli, pour un beau roman illustré d'abord publié en 2006 et réédité ces jours-ci aux éditions Lattès.

FratelliNew York, 1946. Emilio vient de débarquer du Savona Ligure, après avoir quitté sa Sicile natale. Il ne fait pas partie de ces émigrants miséreux et remplis d'espoir, fuyant une Europe en ruines.

Non, Emilio vient trouver son frère pour lui régler son compte, et honorer une dette d'honneur vieille de quarante ans. "Quarante ans de rumination. Une idée fixe durant autant de temps se renforce tellement que les mâchoires serrées se transforment en acier incassable, et les hésitations en guimauve". Il a emporté avec lui le couteau, celui de la "scène primitive".

Quarante ans qu'Ercole, lui, a fui son île pour le Nouveau Monde et une petite trattoria à Little Italy. "Quarante ans à faire partie des meubles vivants de cette ville (...) et à croire qu'il était né ici."

Ercole sait que son frère le cherche. Il est nerveux, se retourne sans cesse, trompe l'angoisse en redoublant de travail. Tandis qu'Emilio, perdu dans la Grosse Pomme, sous une pluie "sale comme une eau de vaisselle un peu huileuse", erre dans les rues sombres et parmi des ombres menaçantes, silhouettes fugitives accrochées aux lambeaux du grand Rêve américain.


Une centaine de pages qui fleurent bon les films noirs des années 50, ponctuées de flash-back siciliens et réhaussées par les grands traits sombres et empâtés de Pinelli.

Pouy se montre plus sobre qu'à l'accoutumée, délaissant jeux de mots et autres néologismes, baissant la voix de quelques octaves. On l'écoute comme on écoute un conte, un soir de veillée. Une histoire de famille, d'exil et de vengeance. Fratelli, fraternel, fratricide.


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Fratelli / Jean-Bernard Pouy, dessins Joe G. Pinelli (Estuaire, 2006 ; rééd. JC Lattès, 2010)

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 15:31


 

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Z comme "Zieste".
On se retrouve dans quelques jours !

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 09:47

Un dealer, un tueur à gages, une gamine de la Ddass qui s'imagine un père intellectuel germanopratin, un entraîneur de foot, une actrice porno et quelques musiciens de jazz... Entre autres.

intra-murosDu Marc Villard tout craché, pour sept nouvelles qui empruntent les couloirs et les rames du métro parisien. Stations Gobelins - Saint-Germain - Bir-Hakeim - Château d'eau - Les Halles - République - Saint-Lazare.

Sept histoires illustrées par les photographies de Cyril Derouineau, qui a un faible pour le N&B et le "noir" tout court, puisqu'il a déjà illustré des textes de Didier Daeninckx, Marcus Malte, ou... Marc Villard, dans Les portes de la nuit.


Il s'en passe des choses sous la surface, du moche et du presque beau. Un réseau de rencontres impromptues, d'histoires d'amour avortées, de malentendus, de règlements de compte, et une contrebasse égarée qui ne verra jamais le New Morning.

Villard relie des bouts de destins, trace des correspondances. On avait croisé Marilyne avec des clodos à Châtelet, on la retrouve à Bir-Hakeim en compagnie de Patrice, qu'on avait aperçu sur ce même quai quand on allait vers Saint-Germain, etc...

Sept histoires qui s'emboîtent les unes dans les autres, comme s'emboîtent les sept "booklet" dans leur petit coffret souple, du joli boulot signé L'Atelier in8.


A lire sans marquer l'arrêt, évidemment.



Jean-Marc aussi a apprécié le trajet.



Intra-muros / Marc Villard, photos Cyril Derouineau (L'Atelier in8, 2010)

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