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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 00:00

Quand il ne co-signe pas la série Level 26 avec l'"expert" Anthony Zuiker, Duane Swierczynski écrit des scénarios de comics et de bons romans, comme le "cyberpulp" The Blonde et A toute allure, qui vient de paraître. De facture plus classique, moins inventif, mais tout aussi enlevé.


A toute allureDans la famille braqueurs de banque, demandez le chauffeur. Lennon est un vrai pro, un perfectionniste qui prépare minutieusement ses itinéraires et ses plans de fuite.
Tout devait bien se passer ce jour-là, "c'est alors que l'alarme se déclencha et tout partit en vrille". Une seconde équipe est en embuscade et leur tombe dessus, genre lourdement. Se faire doubler quand on est le chauffeur de la bande, avouez que ç'est ballot.

Toujours est-il que Lennon se retrouve à poil dans un sac à viande, à moitié inconscient et sacrément amoché. Priorités : se sortir de ce mauvais pas, remettre la main sur les 650000 dollars et quitter cette putain de ville. Problème : entre lui et l'argent, y a des obstacles - mafieux russes, italiens, ex-flic et autres sanguins...
Le week-end promet d'être éreintant, et le moins qu'on puisse dire, c'est que Lennon va payer de sa personne.



Percutant, rythmé, A toute allure se lit au pas cadencé. Pas de temps morts, très peu de digressions (si ce n'est l'ironie mordante à propos de Philadelphie), pneus qui crissent et virages au cordeau comme autant de revirements, on fonce on fonce on fonce... avant de finir dans le décor.

Décor années 30-40, ambiance pulp, humour noir, viande froide et héros hors-la-loi - Lennon jouant le rôle du cousin germain d'un John Dillinger mythifié.


S'il se situe dans la lignée d'un Richard Stark (auquel il fait un clin d'oeil appuyé) ou d'un Elmore Leonard, Swierczinski lorgne davantage vers la parodie, comme animé d'un réel... souci d'invraisemblance (Lennon doit avoir au moins 9 vies !) assez réjouissant je dois dire, dans un paysage littéraire qui manque parfois de fantaisie.
Ce qui ne l'empêche pas de se montrer extrèmement rigoureux dans la construction du récit et la façon implacable dont s'enchainent des événements par ailleurs improbables.

Je grossis le trait, bien-sûr, mais imaginez donc Tarentino (je persiste) en train de réaliser un épisode de Benny Hill...

Chez actu-du-noir aussi on a apprécié la poursuite.


A noter : contrairement à ce que laisse supposer l'ordre de parution en France, A toute allure précède The Blonde (on retrouve d'ailleurs l'un des personnages), alors lisez-les plutôt dans ce sens-là.


Conseil(s) d'accompagnement : dans la famille wheelman qu'a la poisse, et sur un scénario de départ très proche, un court roman de toute beauté, dans la pure tradition du roman noir : Drive de James Sallis.


A toute allure / Duane Swierczynski (The Wheelman, 2005, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Rivages/Noir, 2011)

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 00:00

Après avoir arpenté les rues de San Francisco en compagnie de Joe Gores et Sam Spade, poursuivons la virée, cette fois avec Ace Atkins et Hammett himself.

Balade rythmée, au gré d'un souffle romanesque qui, sans nous balayer complètement, nous emporte malgré tout à travers le brouillard proverbial de Frisco et ses rues pleines de vie, d'arnaqueurs, de bootleggers, d'assassins, parfois montés en col blanc. 


Le jardin du diableEn 1921, alors détective de l'agence Pinkerton, le jeune et frêle Hammett enquête sur une affaire qui défraie la chronique : le retentissant procès de la vedette de cinéma Roscoe "Fatty" Arbuckle, accusé d'avoir provoqué la mort d'une starlette d'Hollywood, en l'"écrasant", lors d'une fête particulièrement arrosée.  

Témoins manipulés, preuves trafiquées, faux témoignages. Très vite, il s'avère qu'Arbuckle est victime d'une machination. William Randolph Hearst (celui qui a servi de modèle au Citizen Kane d'Orson Welles), la magnat de la presse, agit en sous-main, avec la complicité d'hommes de main et du consentement muet des autorités. L'acteur comique ne fait plus rire personne. Les ligues de vertu et la vindicte populaire finissent d'achever sa carrière et sa réputation.



En retraçant cette histoire, en y greffant habilement des éléments purements fictionnels, Ace Atkins fait le portrait au vitriol d'une Amérique à la fois corrompue, puritaine, hypocrite, livrée aux forces de l'argent et du pouvoir, en soulignant au passage ses contradictions : nous sommes en pleines "roaring twenties", époque dissolue et en pleine ébullition, qui voit le jazz se déverser des tripots, l'alcool couler à flots malgré la prohibition, le petit monde fantasque d'Hollywood fasciner les foules.



Si Le jardin du diable brasse de nombreux personnages - parmi lesquels ce pitre génial de Charlie Chaplin -, le récit, tel une caméra, tourne autour des trois personnages principaux, s'attardant sur leur personnalité, leurs espoirs comme leurs doutes : Roscoe Arbuckle, aussi ventripotent qu'attachant, passé du jour au lendemain du statut d'idole nationale à celui de paria ; William Randolph Hearst en magnat de la presse omnipotent, égocentrique et malfaisant ; Hammett, bien-sûr, égretant, trimballant sa maigre silhouette et son amertume, crachant ses poumons de tubard et qui, las du boulot de détective, va bientôt troquer "Sam" pour "Dashiell" et son pistolet pour une machine à écrire :


" - Tu crois que je pourrais faire de la littérature ?
- Pour un truc qui s'appelle Black Mask ?
- Et pourquoi pas ? fit-il. Si je dois lire encore une putain d'histoire à propos de lords anglais et de fragiles vieilles dames qui poursuivent des criminels, je vais me tirer une balle dans la tête.
- Alors qu'est-ce que tu vas écrire ?
- La vérité, dit Sam. Je vais écrire sur les fils de pute suants et avides qui tueraient leur propre mère pour un peu de fric." 

Une autre histoire commence.



Conseil(s) d'accompagnementMoi, Fatty, magnifique roman de Jerry Stahl, paru il y a quelques années chez Rivages/Thriller, qui retrace la vie d'Arbuckle. A ne pas manquer si vous vous intéressez au personnage, à l'époque ou aux débuts de l'industrie du cinéma.


Le jardin du diable / Ace Atkins (Devil's Garden, 2009, trad. de l'américain par Christophe Mercier. Ed. du Masque, Grands formats, 2011)



The garage (1920), 1ère partie.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 00:00

Après avoir ressuscité Dashiell Hammett (son roman a par ailleurs donné lieu à un superbe film de Wim Wenders), l'écrivain américain Joe Gores a décidé cette fois d'exhumer son mythique détective Sam Spade, pour une prequelle - comprenez une histoire avant l'histoire - au Faucon maltais.

Entreprise périlleuse (voir par exemple le désastreux Marlowe emménage de Chandler achevé, c'est le cas de le dire, par Robert Brown Parker), dont Gores s'est remarquablement tiré. Avant de tirer lui-même sa révérence début janvier, à 79 ans, quasiment le même jour que son illustre aîné.



Spade & ArcherEn 1921, Spade laisse tomber l'agence Pinkerton, les adultères et la chasse aux cocos grévistes pour se mettre à son compte à San Francisco. Sa première affaire l'emmène sur les docks, à la recherche d'un fils à papa en mal d'aventures ainsi que d'un chargement d'or volé sur un bateau.

Le récit, découpé en trois périodes, nous projette ensuite en 1925 puis en 1928 (juste avant que Brigid O'Shaughnessy ne passe le seuil de son bureau), Spade enquêtant sur la mort suspecte d'un banquier véreux puis pour le compte d'une mystérieuse chinoise.


Si l'auteur multiplie habilement les allusions au Faucon, en mettant à chaque fois le détective sur la piste d'un butin ou en invoquant Stevenson et L'île au trésor, ses références à Conan Doyle sont plus surprenantes : dans chacune des affaires, Spade poursuit sans relâche et jusqu'à l'affrontement final un jumeau de Moriarty, ce qui donne au hard-boiled un vague parfum victorien, pas désagréable mais relativement incongru, dans cette façon de personnifier le mal alors qu'Hammett s'attaquait aux rouages d'une société gangrénée toute entière par le crime et la duplicité.   


Pour le reste, Gores a scrupuleusement observé la liturgie, et s'est appliqué à recréer et animer le décor (les rues de Frisco, le brouillard, le port, le tramway, les bouges où l'on sert du whisky frelaté...), les seconds rôles (Effie Perine l'attentionnée secrétaire, Sid Wise l'avocat, Polhaus et Dundy - le bon et le méchant flic, Archer en tardif associé, bien-sûr...) comme les figurants (dockers, notables, truands...).

Sans oublier bien-sûr le premier rôle : un Spade plus que convaincant. Coriace, malin, déterminé. Qui devient aussi "plus dur, plus froid" au fil du temps, et dessine en creux le portrait d'une Amérique vénale, corrompue, hypocrite, à tous les échelons.

- "Asseyez-vous, bon sang !" La voix du banquier prit une tonalité plaintive. "Cette enquête me crée beaucoup de soucis. Vous furetez partout en ville, vous posez des tas de questions, vous vous fichez des gens à dos, vous en contrariez d'autres...
- Quelqu'un doit le faire."

Tout est dit.

C'est là où Joe Gores réussit véritablement son pari, qui a su saisir l'esprit et la lettre d'Hammett, le style lapidaire, la vitesse et l'immédiateté de l'action
, qui vous donnent l'impression de toujours courir deux pas derrière Spade, tandis qu'il vous tire par le col. 

En cela, Spade & Archer constitue un brillant exercice de style.



Sur ce, je vais rester encore un peu à San Francisco, en compagnie d'Ace Atkins et d'un détective Pinkerton, un certain... Dashiell Hammett. Je vous raconte ça bientôt.


Spade & Archer / Joe Gores (Spade & Archer. The Prequel to Dashiell Hammett's The maltese faucon, 2009, trad. de l'américain par Natalie Beunat ; préface de James Ellroy. Rivages/Thriller, 2011)

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 15:56

Alors que 2011 marque le cinquantenaire de sa mort, les éditions Omnibus publient Coups de feu dans la nuit, qui regroupe, pour la première fois, l'intégralité des nouvelles de Dashiell Hammett. De quoi compléter la Moisson rouge et l'intégrale des romans parus l'année dernière.

65 nouvelles. 9 inédites, une trentaine parues il y a quelques années dans une nouvelle traduction  chez 10/18 et La Découverte (Histoires de détectives ; Sam Spade et autres histoires de détectives) et d'autres qui étaient jusque-là quasiment introuvables, disséminées dans divers recueils plus ou moins épuisés.


Coups de feu dans la nuitParues entre 1922 et 1934, pour la plupart dans la revue Black Mask, elles imposent Hammett comme le chef de file de l'école dite "hard boiled" - sur les bancs desquels on trouve notamment Erle Stanley Gardner, Carroll John Daly, Paul Cain, plus tard Horace McCoy, Edward Anderson, Jonathan Latimer et bien d'autres.

Si quelques-unes, comme Le barbier et sa femme, n'appartiennent pas au genre policier, toutes les autres mettent en scène un détective dur-à-cuire, qu'il se nomme Sam Spade ou le Continental Op.

Un détective plongé dans la jungle urbaine des années 20, où sévissent violence, cupidité, crime et duplicité, dans laquelle il sert à la fois de vecteur et de catalyseur.

Un détective qui a troqué les déductions pour l'action et le brandy pour le whisky.

Un détective qui n'est plus au-dessus de la mêlée mais en plein dedans, à recevoir et rendre les coups. D'ailleurs, Hammett ne se prive pas de moquer les "gentlemen-malfaiteurs" (Itchy le bienséant) ou les détectives de salon (Le cerveau) qui pullulent dans la littérature de l'époque.


"Ici et maintenant".
Au roman d'énigme, qui est un roman de démonstration, Hammett substitue l'action et l'instantanéité des faits. Leur véracité aussi : non, tout ne rentre pas toujours dans l'ordre, non les méchants ne sont pas toujours punis, non, ils ne sont pas toujours ceux qu'on croit.  
Ici, c'est l'action et le mouvement, amorcés et soutenus par un style sec, vif et concis. Du rythme, beaucoup de dialogues, et une écriture de faits et de gestes, dénuée d'atours psychologiques (encore qu'à l'aulne de certaines nouvelles, il faille relativiser le behaviorisme d'Hammett, qui ne se prive pas d'user parfois du registre introspectif ou du monologue intérieur).


Le tout donne une écriture très visuelle, qui n'a pas manqué d'attirer l'attention de l'industrie du cinéma, pour laquelle il travailla comme scénariste et qui lui apporta renom et succès. Pour revenir à l'écriture comportementaliste de l'auteur, on peut d'ailleurs se poser la question de l'interaction entre les deux : si la prose sèche d'Hammett a séduit Hollywood, dans quelle mesure les desiderata des producteurs l'ont cantonné (à bon escient ?) dans cette voie ?



Ces nouvelles sont intéressantes aussi dans la mesure où il s'agit d'un matériau brut : à l'instar d'un Chandler, il réutilisait dans ses romans certaines scènes et situations de ses nouvelles. Un exemple parmi d'autres : Cauchemar ville qui préfigure Moisson rouge.


Il faut le dire, certaines nouvelles sont assez quelconques, et d'autres n'ont malheureusement pas bénéficié d'une nouvelle traduction, mais cette intégrale n'en demeure pas moins indispensable. On ne dira jamais assez combien Hammett est un grand écrivain.



Coups de feu dans la nuit : l'intégrale des nouvelles / Dashiell Hammett ; préf. de Richard Layman, présentation de Natalie Beunat (Omnibus, 2010) - en librairie le 06 janvier.

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 00:00

Un chien sur la couverture du livre de Gonzalez Ledesma, un autre ici : je vais peut-être me spécialiser dans le "polar canin", tiens...  Toujours est-il que ce roman de l'américain Michael Lewin (réédité dans une nouvelle traduction) a de quoi égayer nos neigeuses/pluvieuses/venteuses journées d'automne.



couv lewinBien qu'il soit à la rue, Jan Moro préfére se définir comme un auto-entrepreneur. La fortune lui sourira un jour, c'est certain, suffit de rester positif et de s'adresser à la bonne personne. Tiens, justement, y a ce Billy Cigar rencontré dans un bar et qu'a l'air plein aux as, lui pourrait peut-être financer ses projets. Je ne vous ai pas dit : Moro a tout pleins d'idées qui vont lui rapporter un paquet de fric, il en est persuadé : un masque pour fumeurs ou un déodorant pour vêtements, par exemple...


En attendant, pas question de se laisser aller. Moro prend soin de son hygiène, il est organisé (il s'est aménagé des cachettes aux quatre coins d'Indianapolis), méticuleux, voit toujours les choses du bon côté, et surtout, il se tient
peinard et à l'écart des ennuis. Pour avoir goûté une fois à la prison, il n'a aucune envie d'y retourner. Ça fait d'ailleurs partie des choses auxquelles il n'aime pas trop penser, avec l'histoire de son père et puis cet "incident" quand il avait 13 ans...

Mais voilà qu'un soir, alors qu'il se trouve dans la cabane du champ de foire où il a élu domicile, il voit arriver des camions. A l'intérieur : des cages remplies de chiots et des types à moitié dingues qu'ont aucune envie de le voir traîner dans leurs pattes.
Une belle frousse plus tard, Moro s'en va voir les flics pour vendre ses infos. Le voilà devenu indic, et justement chargé de surveiller... Billy Cigar, qui s'avère être un gros caïd de la ville, qui s'est enrichi après une virée aussi fructueuse que sanglante quelque part en Amérique du Sud.



On a beau être malin, faut faire gaffe à sa couenne quand on bouffe à tous les râteliers, surtout quand on ne sait plus distinguer les amis des ennemis. Des flics déguisés en truands, des truands déguisés en flics, des truands déguisés en truands, et ce pauvre Moro au beau milieu de la meute ! 


Une histoire joliment emberlificotée, du rythme, de l'humour (quelques histoires de comptoirs en prime), et derrière la farce, un ton caustique et quelques vérités sur ce bon vieux rêve américain.

Raconté à la première personne, Les chiens sont mes amis vaut aussi et surtout pour le personnage de Moro, une calamité ambulante dont la candeur atteint des sommets inégalés (à ces hauteurs, ça tient du livre des records...), un petit bonhomme complètement ahuri, aussi poltron qu'audacieux, aussi désarmant qu'attachant, bref un spécimen rare qui mérite le détour à lui tout seul.



Les chiens sont mes amis / Michael Z. Lewin (Underdog, 1993, trad. de l'anglais (Etats-Unis) revue et corrigée par Frank Reichert. L'Atalante, 2001, sous le titre Lumpen ; Alphée, Outside Thriller, 2010)

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 00:00

Play Misty for merépète inlassablement Jessica Walter à Clint Eastwood dans le film éponyme (Un frisson dans la nuit, en version française), avant de l'entraîner dans sa folie meurtrière.

Habile variation (et autre conclusion) autour du même thème, Lazy Bird est le huitième roman - premier publié en France - de l'auteure québécoise Andrée Michaud.


Lazy BirdBob Richard a traversé la frontière du Québec pour s'installer à Solitary Mountain, une petite ville du Vermont, où il a été engagé comme animateur de nuit par une radio locale.
Richard est un type solitaire au passé douloureux, ayant toujours vécu un peu en marge, peut-être pour fuir le regard insistant des gens, intrigués par cet homme à la peau si blanche. Pas de famille ni de véritable ami, si ce n'est le souvenir d'un chien. Aucun dépit chez lui. Il vit comme il l'entend, et puis de toute façon il ne peut rien contre son albinisme.

"Play Misty for me, Richard". Lorsque qu'une femme lui demande de jouer le standart d'Erroll Garner, il pense d'abord à une blague, mais la voix qu'il vient d'entendre n'est "pas celle d'une fille qui plaisante".
Menacé, épié, Richard commence à paniquer.
Qui est Misty ? June, Freda, Sally, Elsie, Tina, Sarah ? Laquelle est-ce, parmi toutes ces femmes maladivement seules de Solitary Mountain, dont on ne sait jamais jusqu'à quelles extrémités vont les pousser leur chagrin, leur ressentiment et leur frustration ?



Si Lazy Bird ménage le suspense et fait monter graduellement la tension jusqu'à l'accélération finale, on se laissera plutôt porter par la voix et le débit d'André Michaud, qui aux raccourcis habituels du page-turner préfère emprunter les méandres et les longues boucles, multipliant descriptions et digressions, s'attardant sur le ressenti et les pensées des personnages, flânant au bord d'une rivière, évoquant telle chanson ou tel film. 

On prend le temps d'humer l'atmosphère confinée de la petite ville, de faire connaissance avec ses habitants, avec sa faune (dont un mystérieux chevreuil, albinos lui aussi), de rencontrer quelques beaux personnages, comme Charlie the Wild, un ermite ("...l'être le plus civilisé qu'il m'ait été donné de rencontrer") tout droit sorti d'un roman de Jim Harrison, ou Lazy Bird, la jeune protégée de Richard, qui a "appris à vivre en donnant des coups de griffes ou des coups de pied pour se réfugier aussitôt dans une espèce de Disneyland où Donald Duck écoutait du Led Zeppelin en déjeunant."

Alors, selon ses goûts ou son humeur du moment, on soupirera d'impatience ou on se laissera bercer par son flot de paroles, au rythme de la musique, omniprésente, celle des Doors, et du jazz surtout - Charlie Parker, John Coltrane et beaucoup d'autres.


Dans tous les cas, le roman d'Andrée Michaud nous rappelle aussi qu'en matière de polar, le Québec a de beaux (et trop méconnus) arguments à faire valoir. Et quand ils sont de cette qualité-là, on en redemande.


Lazy Bird / Andrée A. Michaud (Québec Amérique, 2009. Seuil, 2010)

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 00:00

Trois ans et quelques jours que j'ai "ouvert" ce blog (santé ! allez, je r'mets une tournée), et nulle trace encore de James Sallis. La réédition du Faucheux (publié initialement dans cette magnifique collection qu'était La Noire de Gallimard) me permet de corriger cette anomalie, d'autant plus qu'il fait partie des quelques lectures qui m'ont véritablement marqué.


A force de lire des romans, on finit par repérer certains mécanismes, procédés, artifices. La plupart du temps. Et parfois on tombe sur un livre qui ne ressemble à aucun autre, comme ce faucheux que je pourrais lire cent fois sans que le charme ne s'évapore, sans comprendre comment ça "marche" ni même pourquoi j'aime autant ce bouquin.

Bien-sûr, des spécialistes en stylistique, en sémiotique ou en linguistique nous en apprendraient certainement, après avoir disséqué le texte au scalpel, au risque de le vider de sa substance. Personnellement, je préfère encore le voir respirer, loin des tables d'autopsie des exégètes.



Le faucheuxBref. Parlons un peu du bouquin - essayons tout au moins.
Le faucheux (le titre original est "The long-legged fly", on pense au "long good-bye" de Chandler) ouvre un cycle de six romans* et se décline en quatre chapitres. 1962, 1970, 1984, 1990. Quatre intermèdes précédés d'une genèse brutale - l'assassinat d'un homme par un inconnu, qui n'est autre que le "héros" lui-même, comme on l'apprend un peu plus tard.
Quatre périodes plus ou moins heureuses de l'existence de Lew Griffin, un Noir de la Nouvelle-Orléans d'abord détective privé puis, sur la fin de sa vie, écrivain racontant sa propre histoire.

Ses enquêtes concernent essentiellement des personnes disparues. Des jeunes femmes, le plus souvent, comme Corene Davis, cette activiste noire qui s'est volatilisée entre New-York et La Nouvelle-Orléans ; comme Cordelia Clayson, étudiante prometteuse et rangée ; comme Cherie, rattrapée de justesse dans une gare routière Greyhound.

Retrouver des gens, d'accord, mais dans quel état ? Arrive un moment où Griffin se montre impuissant, et parfois même trop absorbé par sa propre vie, marquée par l'échec et la perte, l'alcoolisme, la solitude malgré les amitiés amoureuses (LaVerne) ou les amours amicales (Vicky).


Retrouver des gens ? En suivant leurs traces, c'est d'abord sur les siennes qu'il se lance, dans une quête de lui-même, sans qu'il sache bien ce qu'il cherche ni même ce qu'il a perdu en chemin. Ses allées et venues ressemblent à des cheminements intérieurs. Effet miroir avec une ville étrange et mouvante. "C'était comme si l'image que la ville avait d'elle-même et ses efforts pour vivre en accord avec cette image n'avaient cessé de se modifier. Elle était espagnole, française, italienne, antillaise, africaine, coloniale ; elle était en même temps la ville des fêtes et des mirages et le bastion de la culture sur une terre nouvelle ; elle était une ville bâtie sur le dos des esclaves et, parallèlement, une ville où de nombreux notables avaient été des gens de couleur libres ; la ville s'adaptait, à l'infini."
Mouvante comme l'humeur de Griffin, qui flotte sans cesse au gré de la marée, entre dépression et rédemption, la tristesse chevillée au corps comme le boulet au pied de l'esclave, puisqu'il est aussi question de l'Homme Noir ici, comme dans les opus suivants.




Si on peut lire les différents romans du cycle dans le désordre , il convient d'abord d'avoir lu Le faucheux, qu'on peut considérer de plusieurs façons : une brève introduction à la vie de Lew Griffin, dotée de quelques repères biographiques ; une succinte table des matières ou une sorte de calendrier auxquels se référer une fois plongé dans les épisodes suivants qui devancent, suivent ou télescopent les événements racontés ici.

L'ensemble formant une biographie parcellaire, incomplète, morcelée, composée à partir de fragments de vie épars, une mosaïque d'événements que l'écrivain - Sallis et, par extension, Griffin - tente de ranimer avec des souvenirs imparfaits et les projections d'une mémoire par nature sélective, non-linéaire, et qui se moque parfois de l'exactitude chronologique.


Un mot sur le style ?
"Moins, c'est plus", dit le proverbe. On pourrait dire aussi : l'ellipse, c'est Sallis. Y en a qui soulignent trois fois au cas où le lecteur serait trop abruti pour piger ce qui se passe. Lui, il vous laisse le soin de combler les trous, d'éclairer les zones d'ombre, de tourner la bague de mise au point. A vous de saisir l'allusion, de laisser transparaître le filigrane, patiemment.
Cela dit, faut-il d'abord souligner l'ascétisme de Sallis ou bien la couche de mauvaise graisse qui recouvre tant et tant de romans ?



Le faucheux / James Sallis (The long-legged fly, 1992, trad. de l'américain par Jeanne Guyon et Patrick Raynal. Gallimard, La Noire, 1998 ; rééd. Folio Policier, 2010)

*Après Le faucheux suivent, dans l'ordre (si tant est qu'il y en ait un) : Papillon de nuit, Le frelon noir, L'oeil du criquet, Bluebottle, Bête à bon Dieu.

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 00:00

Boston Teran, c'est un peu le "Keyser Söze" du roman noir : un pseudonyme, pas de visage, aucun élément biographique ou presque - il serait né dans le Bronx de parents italiens. Point.

Son sixième roman, Le credo de la violence, sort ces jours-ci en France.


Le credo de la violence1910, El Paso, Texas. Sur la rive opposée du Rio Grande, la Révolution mexicaine est sur le point d'éclater.

Dans ce climat d'insurrection, deux hommes sont chargés d'acheminer un camion rempli d'armes à travers le Mexique : Rawbone, un criminel sans foi ni loi qui achète son impunité grâce à cette mission, et John Lourdes, un agent du BOI (l'ancêtre du FBI) chargé de le surveiller.
Ce que Rawbone ignore, c'est que John est le fils qu'il a abandonné enfant et qui lui voue depuis une haine tenace.
Embringués dans une aventure commune, de guet-apens en trahisons, père et fils vont peu à peu s'apprivoiser.



Après Satan dans le désert ou Méfiez-vous des morts, j'attendais beaucoup de celui-ci. Peut-être trop.
On retrouve bien quelques-uns des thèmes fétiches de l'écrivain - la vengeance, l'idée de rachat, la nature du Mal et de la violence, le tout arrosé de quelques litres d'hémoglobine - mais Le credo de la violence n'a pas la force des précédents romans, et la langue singulière de Teran semble avoir des ratés.


Ai-je loupé quelque chose ? Teran a t-il forcé sur l'ellipse ? Toujours est-il que j'ai eu l'impression de rester en marge des événements, pire, de ne pas y comprendre grand-chose. Le récit commençe bien pourtant, avec cette présentation en miroir des deux personnages principaux et cette ambiance western qui donne l'eau à la bouche (avec toute cette poussière, aussi...).
Mais au bout de quelques chapitres, l'intrigue se délite, tout devient confus, nébuleux, décousu. Et ça ne s'arrange pas au fil des pages. A quoi jouent les deux hommes ? Où vont-ils ? Pourquoi ? Autant de questions qui restent sans réponse.

Ce qui fait qu'on assiste sans bien comprendre de quoi il retourne à une succession de scènes sans queue ni tête, avec des personnages qui sortent de nulle part et dont on saisit mal le rôle, les motivations, les liens qui les unissent.

Finalement, le périple des deux hommes nous mènera jusqu'aux puits de pétrole mexicains, et à cette réflexion sur la façon dont les Etats-Unis sont prêts à tout pour protéger - en sous-main - leurs intérêts. On pense évidemment à la situation irakienne, et de ce point de vue la parabole de Teran (du moins l'intention) est intéressante.

       
Tout au long du roman, je me disais que quelque chose - un événement, un dialogue... - allait forcément arriver, et remettre le récit à l'endroit. Mais non.


B. Teran = B. Traven ?
Il reste cette agréable sensation d'être plongé dans une histoire du défunt B. Traven - auteur entre autres du Trésor de la Sierra Madre et de Rosa Blanca, où il est justement question du Mexique et d'une compagnie pétrolière...
B. Traven, encore un écrivain auréolé de mystère, encore un pseudonyme. Et puis un truc qui saute aux yeux : B.Traven/Boston Teran ont les mêmes initiales. Je ne sais pas si un lecteur ou un critique a déjà fait le rapprochement, mais j'aime à penser que ce n'est pas une coïncidence et que "Boston Teran" fait référence à cet autre B.T..


Le credo de la violence / Boston Teran (The Creed of Violence, trad. de l'américain par Frank Reichert. Ed. du Masque, 2010)

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 00:00

Après Souvenez-vous de moi, paru l'année dernière à la même époque, Les Presses de la Cité publient Frères de sang, second roman de Richard Price paru en 1976, et inédit en France jusqu'à ce jour. Je commence à aimer la Rentrée...


Frères de sangStony De Coco, 17 ans, vit à New York, entre un père volage, une mère névrosée, un jeune frère anorexique qu'il protège du mieux qu'il peut, et l'exubérant oncle Chubby. Une famille modeste du Bronx dans son quotidien, avec ses problèmes, ses tensions, ses moments de joie.

Le chemin semble tout tracé pour ce fils, petits-fils et neveu d'électriciens. Son père rêve de l'emmener avec lui, de le présenter aux collègues, comme on passe un relais, et se livre à un véritable siège pour convaincre son fils. Stony tergiverse. Bosser sur les chantiers, pourquoi pas, mais il y a ce travail à l'hôpital avec les enfants malades, dans lequel il se sent vraiment bien.

Entre suivre le sillon familial et tracer sa propre voie, Stony va devoir choisir, tiraillé entre le sentiment de trahir les siens et ses origines, et le désir de faire ce qui lui plait vraiment.



A partir de cette trame toute simple, Richard Price a écrit un magnifique roman d'apprentissage, en même temps qu'une chronique sociale et familiale dans le Bronx des années 70, dans la veine naturaliste qui est la sienne. 


Price nous parle de la difficulté de s'affranchir de son milieu, et de la nécessité, parfois, de "s'échapper" pour s'accomplir. Avec des mots simples, parfois crus, et les qualités qu'on lui connaît : force des dialogues, finesse psychologique dans l'étude des personnages et des relations humaines, et cette subtilité à déceler et mettre en relief les non-dits, les rancoeurs silencieuses, les (dés)accords tacites. 

Ecrit à seulement 27 ans (après Les Seigneurs, écrit à 23 !), Frères de sang n'a pas la même ampleur que les romans ultérieurs, mais témoigne déjà d'une grande maturité dans la maîtrise du récit, la tension narrative. Le propos est moins sombre et le timbre moins grave, mais la voix de Richard Price est là, qu'on ne se lasse pas d'entendre.

Celle d'un grand écrivain.



Frères de sang / Richard Price (Blood Brothers, 1976, trad. de l'américain par Jacques Martinache. Presses de la Cité, 2010)

PS : Richard Price sera présent au festival América, du 23 au 26 septembre prochain.

PPS : d'autre part, il entame (sous le pseudo de Jay Morris) une série de polars ayant pour personnage principal un flic new-yorkais rétrogradé après une bavure. Le premier sortira aux Etats-Unis à l'automne 2011.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 00:00

The killer inside me, adapté du roman du grand Jim Thompson (1906-1977) sort en salles aujourd'hui. Thompson et le cinéma, c'est une longue histoire, rappelez-vous Les Arnaqueurs, Série Noire, ou Coup de torchon. Thompson a scénarisé aussi, Les sentiers de la gloire et L'Ultime Razzia de Kubrick, ou... The Killer inside me, adapté en 1976 déjà avec Stacy Keach (mister Mike Hammer, dans la série télé des années 80), mais qui n'est pas resté dans les mémoires.

Ironie du sort, Le démon dans ma peau est issu... d'un synopsis. "On écrivait des synopsis et on les donnait aux auteurs en disant : est-ce que vous pourriez nous donner un livre comme ça ? Par exemple, deux des premiers romans que Jim Thompson a écrits pour nous étaient fondés sur des synopsis. Je sais que ça fait sursauter [sa veuve] Alberta qui le niera, mais c'est la vérité. On lui a donné un synopsis de The Killer Inside Me, qu'il a très astucieusement transformé pour satisfaire ses besoins stylistiques." *

 

Le démon dans ma peauMais revenons au roman. Les années 50, un bled du Texas. Le shérif-adjoint s'appelle Lou Ford. Lou fait correctement son boulot et Lou aime les femmes. Lucille la fiançée, Joyce la prostituée. Mais il a une curieuse façon de leur montrer. C'est un brave type, affable, serviable, apprécié. En apparence. Bizarre tout de même cette avalanche de cadavres autour de lui...

Raconté à la première personne, ce récit décapant et glaçant à souhait est d'une violence d'autant plus abrupte qu'elle est racontée avec une désinvolture déconcertante et, d'autre part, sans motif véritable - même si elle trouve sa source dans des troubles sexuels remontant à l'enfance - si ce n'est le délire mélagomaniaque et le sentiment de toute-puissance (quasi-biblique) du tueur.

Mais la folie meurtrière de Ford, lui-même entouré de salauds, ne saurait masquer complètement la pourriture qui gangrène la petite bourgade, la corruption de cet échantillon d'humanité.
"Comment peux-tu savoir si je suis comme ça Johnnie ? Comment peut-on être sûr de quelque chose ? Nous vivons dans un monde tordu, fiston, dans une drôle de civilisation. Les policiers y jouent aux truands, et les voyous font le boulot de la police. Les hommes politiques se mettent à jouer aux clergymen et les pasteurs à tâter de la politique. Quant aux percepteurs, ils perçoivent pour leur propre compte... Les " Méchants " voudraient qu'on ait tous plus de fric, et les " Bons " se bagarrent pour nous empêcher d'en avoir. Il paraît que ça ne vaudrait rien pour notre santé. Si chacun mangeait à sa guise, on chierait trop. Ça provoquerait une inflation dans l'industrie du papier-cul ! Moi, c'est comme ça que je vois les choses. La plupart des arguments que j'entends répéter autour de moi sont à peu près du même acabit."

Pire : Lou Ford est aussi le produit monstrueux d'une communauté qui dissimule ses vices derrière ses facades immaculées et sa bienséance hypocrite.

Là, on retrouve l'un des thèmes fréquents du roman noir américain : la petite ville pourrie jusqu'à la moelle. Ce qui est nouveau en revanche, c'est que Thompson a substitué au détective venant de l'extérieur - personnage habituellement chargé de mettre un coup de pied dans la fourmillère (comme celui d'Hammett, par exemple, dans Moisson Rouge) - l'un de ses habitants, un homme mauvais qui plus est. Comme la protubérance d'un corps malade. Un personnage qui n'a rien à voir en tout cas avec un quelconque justicier même si, ironie suprême, il porte un badge.


Un air de déjà-vu

Un shérif psychopathe qui joue au bénêt et zigouille les importuns ? Lou Ford rappelle immanquablement le personnage de Nick Corey dans 1275 âmes, ce roman-remake écrit quelques années plus tard. Pour ma part, je continue à préférer ce dernier, même si, paraît-il, Le démon dans ma peau était le roman favori de l'auteur.

Toujours est-il que Le démon dans ma peau est dans la lignée de tous les romans de Jim Thompson : un mélange de tendresse, de désenchantement et de cruauté. Un concentré de noirceur à vous serrer l'estomac.



Un coup de gueule, pour finir :
Faire des coupes claires dans les traductions était chose courante à la Série Noire pendant les années 50-60-70, pour diverses raisons commerciales. Le démon dans ma peau n'y a pas coupé. Là, c'était l'occasion d'avoir une nouvelle traduction et surtout la version INTEGRALE du roman. Raté. La maison Gallimard a juste refait l'emballage, avec l'affiche du film en couverture, mais le texte est identique à celui de la première traduction (1966), c'est-à-dire amputé de plusieurs paragraphes et même d'un chapitre entier !, si on en croit ce qui se dit sur le forum Pol'art noir.


Le démon dans ma peau / Jim Thompson (The killer inside me, 1966, trad. de l'américain par France-Marie Watkins. Gallimard, 1980, 1989, rééd. Folio policier, 2010)


* George Tuttle, "an interview with Arnold Hano", in Ed Gorman, The Big Book of Noir, 1998. Extrait traduit et retranscrit par Benoît Tadié dans son livre Le polar américain, la modernité et le mal (PUF, 2006).

 

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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