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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 00:00

Il reste encore quelques titres épuisés, mais les éditions Rivages sont sur la bonne voie, qui viennent encore de rééditer deux romans d'Elmore Leonard, Paiement Cash et Gold Coast.
Pas le meilleur Leonard, mais si vous cherchez du "bon p'tit polar" à vous mettre sous la dent, vous y êtes.


Paiement cashTout roule pour Mitchell : cet ancien ouvrier possède maintenant sa propre usine de pièces détachées auto, et ça fait plus de vingt ans qu'il est amoureux de sa femme Barbara. C'est un type droit et honnête... qui ne sait pas trop ce qui l'a poussé dans les bras de Cynthia, 22 ans.
Les ennuis commencent quand la fille disparaît et que trois types veulent le faire chanter. Du pognon facilement gagné, qu'ils se disent. Mais ils sont tombés sur le mauvais cheval : Mitchell a de la ressource et surtout, il est beaucoup plus malin qu'eux. 

Paiement Cash a été porté à l'écran par John Frankenheimer en 1986, avec Roy Scheider dans le rôle principal.



Gold CoastLe rôle de la bonne poire, il pourrait bien être dévolu à Cal McGuire, un petit escroc plutôt attachant qui, après avoir miraculeusement échappé à la justice de Détroit suite à un vice de procédure, va se mettre au vert en Floride, et bosser dans un centre d'attraction aquatique.
Là-bas, il ne tarde pas à rencontrer la riche et belle Karen Di Cilia. Et veuve. Son mafioso de mari a cassé sa pipe mais son testament est très clair : si elle lui est infidèle, même par-delà la mort, finis la vie de palace, les voitures et les millions.
Son garde-chiourme s'appelle Roland, un texan complètement givré. Son sauveur s'appelle peut-être McGuire. Elle est "belle et énigmatique", il a la bouche en coeur et le coeur sur la main.
Roland et McGuire sont sur un bateau, qui tombe à l'eau ?


a t'amuse, de jouer. Comme les dauphins. On leur impose toutes ces conneries, mais si on les libère, qu'est-ce qui se passe ? Ils reviennent faire les pantins dans un monde trafiqué." 

Léger, drôle et gentiment cynique, Gold Coast nous offre en prime un final délicieusement amoral.



Comme dit l'ami Jean-Marc sur actu-du-noir, "ça paraît tellement facile d'écrire un polar quand on lit Elmore Leonard". C'est vrai, Leonard déroule et tout paraît évident. Intrigues au cordeau, dialogues itou, de la concision, du rythme et des rebondissements. Mince... c'est déjà fini.


Paiement cash (52 Pick Up, 1974, trad. de l'américain par Fabienne Duvigneau et Philippe Sabathé. Presses de la Cité, 1987, rééd. Rivages/Noir, 2010)

Gold Coast (Goald Coast, 1980, trad. de l'américain par Fabienne Duvigneau. Presses de la Cité, 1986, rééd. Rivages/Noir, 2010)

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 13:17

...cuvée 2010. On connaît la maison, et James Lee Burke fait toujours preuve d'un grand savoir-faire. Après Jésus prend la mer, c'est donc le petit Jésus en culotte de velours !   


Descente de PégaseRobicheaux, toujours adjoint du shérif de la paroisse d'Iberia, a plusieurs affaires sur les bras : un vagabond vraisemblablement percuté et tué par une voiture, une étudiante pleine d'avenir et d'entrain retrouvée morte dans un terrain vague et dont le suicide ne fait guère de doute, et la fille d'un vieil ami - mort sous ses yeux lors d'un braquage en Floride, au début des années 80 - qui passe son temps à arnaquer les casinos du coin, établissements qui renvoient tous vers Whitey Bruxal, un gangster de Miami venu s'implanter en Louisiane et d'ailleurs susceptible de pourvoir aux ambitions politiques de quelques huiles.

Au croisement de ces trajectoires se trouve un certain Bello Lujan, un truand du cru qui s'est fait tout seul, comme on dit, mais qui aurait peut-être mieux fait de demander de l'aide.

Encore une fois, Robicheaux va devoir faire preuve d'une sacrée dose d'obstination, voire d'imprudence, pour découvrir le fin mot de l'histoire.



On pourrait raisonnablement s'attendre à quelques baisses de régime de la part d'un écrivain qui publie au moins un roman par an. Il n'en est rien : jamais ce rythme métronomique ne donne l'impression d'une mécanique froide, tant Burke donne à chaque fois le meilleur de lui-même et creuse le puits de ses obsessions, tant on est attaché à ses personnages et à son univers à la fois brutal, poétique, sensuel.


Que dire de plus qu'on n'ait déjà dit de Burke/Robichaux ?

Une fois encore, Burke fait preuve d'une grande maîtrise du rythme, des dialogues et de la narration.

Une fois encore, on trouve de très beaux personnages secondaires, que ce soit l'éternel complice Clete Purcell - qui prend encore un peu plus d'ampleur -, le shérif Helen Soileau ou même... Tripod, le raton laveur vieillissant de la maison ! On fait aussi un peu plus connaissance avec Molly, l'ancienne religieuse rencontrée dans L'emblême du croisé et qui partage désormais la vie de Robicheaux.

Une fois encore, l'écriture est superbe, et si son lyrisme bucolique peut en agacer certains à la longue, ce que je peux comprendre, il faut reconnaître qu'il évoque de façon magnifique la Louisiane et ses paysages.

Une fois encore, il s'agit d'une  variation autour des mêmes thèmes "burkiens" - la violence que chacun porte en soi, qui nourrit et dévore à la fois ; le cynisme des puissants ; les outrages infligés à la Louisiane... - bien que La descente de Pégase soit moins crépusculaire, moins imprégnée de mélancolie que les précédents opus, et notamment Dernier Tramway pour les Champs-Elysées.


Burke, c'est une voix qu'on aime écouter et réécouter, la chronique d'un monde en mutation, la complainte du vieux Sud et celle des hommes de bonne volonté.

Vivement la cuvée 2011.


Jean-Marc a aussi beaucoup aimé, et donne quelque explications sur le titre du livre.


La descente de Pégase / James Lee Burke (Pegasus Descending, 2006, trad. de l'américain par Patricia Christian. Rivages/Thriller, 2010)

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 00:00

Je me suis un peu endormi sur mon clavier ces derniers temps. Les jours qui s'allongent, l'été qui prend ses aises, on regarde distraitement un match de foot à la télé, on est gagné par la langueur et on ralentit ses mouvements, un peu comme les joueurs de l'équipe de France, quoi...
On ouvre quelques bouquins, on en referme certains, et on en finit d'autres comme ce très bon Jass de David Fulmer.


JassLa Nouvelle-Orléans, 1908.
Après l'affaire des meurtres de la Rose noire, relatée dans Courir après le diable (premier volume d'une trilogie, et réédité simultanément en poche), ce ne sont plus les prostituées qui tombent comme des mouches, mais des musiciens. En l'espace de quelques jours, quatre sont morts. Pas de quoi en faire toutte une histoire - pensez, quelques nègres à qui on aura réglé leur compte pour une histoire de femme ou de drogue... - sauf quelques musiciens qui poussent le détective créole Valentin Saint-Cyr à enquêter.  

Saint-Cyr travaille toujours pour Tom Anderson, qui règne sur la quartier chaud de Storyville, où s'entassent dans les cafés et les cabarets prostituées, truands, voleurs, opiomanes, ivrognes... et où résonne une musique nouvelle et sauvage :

"Le jass que jouait l'orchestre avait franchi Canal Street depuis un an à peine. Avant, on ne pouvait l'entendre que dans les bouges minables et les dancings de Rampart Street. C'était là que tout avait commencé avec Bolden et ses musiciens. Ils s'étaient emparés de cette musique venue des tripes que certains appelaient le blues, du ragtime, de la musique d'église, du cake-walk, et de tout ce qui leur tombait sous la main, pour en faire un mélange qu'ils déversaient par les pavillons de leurs instruments dévergondés. C'était une musique comme personne n'en avait jamais entendu, rugueuse et tapageuse, bruyante et rapide."

Si Charles "Buddy" Bolden a disparu du paysage - enfermé dans un hôpital psychiatrique où il passera le restant de sa vie -, on croise d'autres précurseurs comme Jerry Roll Morton, qui à cette époque pianote encore dans les bordels plutôt que dans les studios.


Niveau rythme, ce roman n'a rien d'un ragtime endiablé, et on peut reprocher à l'auteur de reprendre le même schéma que dans son précédent roman.

L'essentiel n'est pas là cependant, mais plutôt dans l'ambiance et dans la façon dont David Fulmer ressuscite une époque et une ville mythiques pour les amateurs de jazz, au son des orchestres et au gré des pérégrinations de Saint-Cyr à travers la ville, ses différents quartiers, ses bordels, son effervescence et sa population bigarrée - créoles, Noirs, quarterons, Blancs, métisses, italiens, miséreux, bourgeois, policiers... Un véritable chaudron où mijotent le crime, la corruption, le vaudou, et la musique, toujours la musique.
Quant aux femmes, c'est un monde bien dur pour elles, contraintes à la prostitution ou courant après un parti qui leur permettra d'assurer leur sécurité matérielle, à défaut de garder leur liberté...

La qualité du roman tient aussi à la personnalité de Valentin Saint-Cyr, à ses empathies, à ses faiblesses, à sa part d'ombre. Un personnage auquel on s'attache facilement et qui prend encore un peu plus d'épaisseur dans ce deuxième opus, notamment à travers sa relation avec Justine, une ex-prostituée hantée par son passé.


Un jass quelque peu académique mais qui ne manque pas de saveur, surtout si vous aimez le jazz et le "niou orlins". La suite pourrait bien se dérouler à Saint-Louis, un autre berceau du blues et une belle bal(l)ade en perspective.


Jass /
David Fulmer (Jass, 2005, trad. de l'américain par Frédéric Grellier. Rivages/Thriller, 2010)

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 00:00

"Nous ne savons pas qui nous sommes (...). En tant que Noirs, nous avons absolument besoin de découvrir qui nous sommes".

Lauréat du Grand Prix du Roman noir étranger au Festival de Cognac, Nous avions un rêve est certainement le plus dense, le plus abouti des romans de Jake Lamar, et l'un des meilleurs romans noirs publiés en France ces dix dernières années, tout simplement.



nous avions un reveMelvin Hutchinson est un Noir qui a réussi, un exemple pour sa communauté. A force de travail et d'abnégation, il a gravi un à un les échelons. Avocat, puis juge, il occupe désormais le poste de Ministre de la Justice.
Bénéficiant d'une extraordinaire cote de popularité, il incarne à lui seul la lutte contre le crime. Après avoir instauré des centres de rééducation pour toxicomanes et rétabli la pendaison pour les condamnés à mort (les exécutions sont d'ailleurs publiques et retransmises à la télévision), "Hutch-la-Potence" pourrait bien devenir le premier Président noir des Etats-unis.

Autour d'Hutchinson gravitent une constellation de personnages reliés les uns aux autres au fur et à mesure du récit, et qui, chacun à leur manière, éclaire l'une des facettes de la question raciale aux Etats-Unis, un thème omniprésent dans l'oeuvre de Jake Lamar.

Une question complexe, à laquelle chacun répond de manière très différente : Seth est un Blanc fasciné par les Noirs depuis l'enfance, tandis qu'Alma refuse de choisir un camp, quitte à être rejetée par sa communauté ; certains nourrissent leur rancoeur, d'autres, comme Rashid, tombent dans la radicalité, enfermés dans leur haine anti-Blancs.


Qu'est devenu le rêve de Martin Luther King ?
Tout en retracant l'histoire récente des Afro-américains, depuis la lutte pour les droits civiques jusqu'à nos jours, l'auteur dépeint une société américaine encore profondément raciste, où les individus sont d'abord déterminés par leur race, plutôt que par leur culture, leur milieu social ou leurs talents -,
il donne aussi à voir comment une partie des Noirs ont cultivé les clivages raciaux et retourné l'arme du préjugé contre les Blancs, enfermés dans leurs contradictions, se fourvoyant dans la victimisation, l'ethnocentrisme, le repli sur soi ou le communautarisme.

Une démonstration intelligente et toute en nuances, à travers une construction narrative impeccable et des personnages magnifiquement ambigus, qui incarnent une part de l'équation sans pour autant perdre de leur personnalité ni de leur libre-arbitre.


Au-delà des enjeux raciaux, Nous avions un rêve est un sidérant (et effrayant) roman d'anticipation politique. Publié aux Etats-Unis en 1996, cette dystopie préfigure le règne des néo-conservateurs d'un gouvernement Bush particulièrement réactionnaire, paranoïaque et impérialiste.

"Ampleur et profondeur", tel est le vade-mecum inculqué aux journalistes du Times Magazine, où Jake Lamar a travaillé pendant quelques années. Pour son premier roman, il a bien retenu la leçon.


Nous avions un rêve / Jake Lamar (The Last Integrationnist, 1996, trad. de l'américain par Nicholas Masek. Rivages/Thriller, 2005)

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:00

La bête de miséricorde fait partie de ces p'tits bijoux de romans noirs des années 50. Paru une première fois en France en 1967, il bénéficie aujourd'hui d'une nouvelle traduction d'Emmanuel Pailler, plus fidèle au style "court, percutant, presque desséché" de ce touche-à-tout de génie qu'était Fredric Brown. La première édition n'était "pas mauvaise [mais] en décalage avec le lieu, l'époque, et surtout le style de l'auteur", nous explique le traducteur dans la préface.


bête de miséricordeJohn Medley mène une vie tranquille et routinière dans une banlieue résidentielle de Tucson, Arizona. Jusqu'au jour où il trouve un cadavre dans son jardin. En bon citoyen, il ne touche à rien et prévient la police.

L'homme est rapidement identifié. Il venait de perdre sa femme et ses enfants dans un accident de voiture. Il était désespéré, et parmi son entourage, on pense immédiatement à un suicide. Seulement, il a reçu une balle dans la nuque, et l'arme est introuvable. Pas d'indices et aucun lien entre Medley et la victime. Frank Ramos et Fred Cahan, les flics chargés de l'affaire, sont dans l'impasse.
Ramos, plus intuitif et obstiné que ses collègues, commence à soupçonner Medley. Mais pourquoi un paisible retraité tuerait-il un parfait inconnu ?

 

Concis, percutant, Fredric Brown va à l'essentiel sans pour autant négliger la psychologie des personnages, bien au contraire.

Au fil des chapitres, il donne la parole à chacun d'eux (un procédé aujourd'hui courant mais certainement original à l'époque) et superpose ainsi plusieurs histoires, plus intimes, plus signifiantes qu'une simple enquête policière : le douloureux secret de Medley ; le bonheur amoureux de Cahan ; les déboires conjugaux de Ramos ; l'alcoolisme de sa femme qui s'apprête à le quitter...
Autant de trajectoires tracées par un destin plus ou moins capricieux, et un tableau plutôt sombre de la condition humaine, où affleurent nos peurs profondes, nos angoisses familières.

Serait-ce exagéré d'y voir aussi une photographie contrastée de cette Amérique des années 50, incarnée d'une part par l'insouciance de Cahan, ce (proto)type qui profite de la vie sans trop se poser de questions, d'autre part par Ramos, ce flic mexicain sensible et cultivé mais sans avenir, en butte au racisme larvé de son chef ? 


Un beau lifting pour un roman qui n'a pas pris une ride. Je laisse le dernier mot à ce cher Pascal, qui sans le savoir a parfaitement résumé ce bouquin ! "Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin qu'il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu'il nous en délivre." Vous avez trois heures...
... de lecture. Après je ramasse les copies.


La bête de miséricorde / Fredric Brown (The lenient Beast, 1956, trad. de l'américain et préface par Emmanuel Pailler. Moisson rouge, 2010)
  

PS : ce roman a été (librement) adapté il y a quelques années par Jean-Pierre Mocky, avec Jackie Berroyer et Bernard Menez dans le rôle des flics (!). Quelqu'un aurait-il vu ce film ?

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 12:24

Après avoir exploré avec plus ou moins de réussite les arcanes du système judiciaire américain (Le verdict de plomb, La défense Lincoln), Michael Connelly délaisse l'avocat Michael Heller et, treize ans après Le Poète, réunit de nouveau le journaliste Jack McEvoy et l'agent spécial Rachel Walling pour une nouvelle chasse au psychopathe.


L'épouvantailMcEvoy vient de se faire virer du L.A. Times, victime de la politique de dégraissage interne. On lui a donné 15 jours de préavis et, ultime offense, une nouvelle collègue à former.
Quitte à partir, autant le faire avec panache : avant de faire ses cartons il va écrire l'article de sa vie, et se servir de l'histoire d'Alonzo Winslow, un jeune dealer Noir et membre du gang des Crips qui a avoué le meurtre d'une femme blanche.
La victime a été retrouvée nue dans le coffre de sa voiture, un sac transparent fixé autour de la tête. Elle a été violée et asphyxiée à plusieurs reprises.

Alors qu'il prépare son topo sur comment "un gamin de 16 ans se transforme en tueur sans pitié", Jack découvre des meurtres étrangement similaires, et décide de creuser un peu, plus du tout convaincu de la culpabilité de Winslow.

 

Il ne se doute pas encore qu'il va alerter sans le vouloir le véritable assassin, un tueur en série particulièrement brillant et machiavélique.

Quelques jours plus tard, roulant sur une route déserte de l'Arizona, seul et aux abois, alors que ses cartes de crédit et sa boite mail ne répondent plus, il décide de faire appel à son ex-amante et G-woman Rachel Walling.
Le duo de choc n'est pas au bout de ses émotions.


Commençons par ce qui fâche : d'abord, quelques phrases à la syntaxe suspecte et pas mal de coquilles qui accrochent l'oeil, ce qui est toujours assez irritant.
Quelques poncifs, ensuite : des fédéraux retors, un tueur diabolique à l'intelligence supérieure et à l'enfance traumatisante qui ne gagne pas pour autant en épaisseur psychologique, un champ lexical labouré mille fois - "sciences du comportement", "Quantico", "signature", "protocole"...
Enfin, un Poète (peut-être le meilleur roman de Connelly, d'ailleurs, avec L'oiseau des ténèbres) qui plane sans arrêt au-dessus de l'épouvantail et lui fait beaucoup d'ombre.

C'est calibré et emballé comme un film hollywoodien : à la fois sans surprise et... très efficace. Fausses pistes, rebondissements, sens du rythme et poussées d'adrénaline : Connelly connaît les ingrédients et la recette par coeur, il a du métier, comme on dit. A défaut d'inspiration.


Finalement, le plus intéressant réside dans l'arrière-plan, notamment dans la façon dont l'auteur met en relief, à travers les talents informatiques du tueur, les possibilités infinies et les dangers d'internet et des technologies modernes.

Ces mêmes technologies qui mettent en péril la presse écrite, qui a bien du mal à négocier le virage. Après quelques tonneaux, l'équilibre financier sera peut-être sauf, mais c'est une certaine idée du journalisme d'investigation qui risque de disparaître. On sent d'ailleurs chez Connelly (ancien chroniqueur judiciaire et alter-ego de Jack) une pointe de dépit en même temps qu'une certaine satisfaction à mettre à nu ce petit monde impitoyable qu'est un grand quotidien comme le L.A. Times.


Au final, L'épouvantail vous fera sûrement veiller tard - trop impatient de connaître la fin du film - mais ne vous empêchera pas de dormir.


L'épouvantail / Michael Connelly (The Scarecrow, 2009, trad. de l'américain par Robert Pépin. Seuil Policiers, 2010)

 

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 00:00

Tiens, un p'tit nouveau chez Rivages/Noir. Avec cette collection, je ne réfléchis pas trop, je prends. Et, encore une fois : bonne pioche.

Premier roman traduit en France de Sean Doolittle - qui en a quatre autres à son actif -, Savemore reprend, dans la pure veine hardboiled, le thème du loser qui prend sa revanche sur le monde. Déjà vu ? Indémodable, plutôt. Surtout quand c'est bien fait, comme ici.



Doolittle SavemoreDans la famille Worth, on est flic de père en fils. Matthew a suivi l'adage mais ne s'est pas vraiment illustré, sauf pour frapper le super-flic qui lui a piqué sa femme. Et encore, il s'est fait salement amoché. Tout ce qu'il a gagné, c'est un suivi psychologique obligatoire et un poste de surveillance de nuit dans un supermarché. Tout le contraire de son frangin, mort en service et couvert de gloire.

Au Savemore, il en pince pour Gwen, la jolie caissière, qu'il drague timidement, jouant les héros tout en se moquant de lui-même. Un raté, peut-être, mais un chouette gars, ce Matt, toujours prêt à rendre service et à ranger les courses des clients quand le préposé aux sacs prend sa pause.

La vie va son train, entre frustration et médiocrité.
Jusqu'au jour où un macchabée lui tombe dessus en même temps qu'un quart de million de dollars et une femme en détresse. Evidemment, y a des gens qui veulent récupérer leur pognon, mais Matthews-le-minable va se découvrir des ressources insoupçonnées...

Au fait, "Cleanup" - le titre original - signifie à la fois "nettoyage" et "profit". Tout un programme...


Hormis quelques épisodes subalternes qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue, je me suis régalé : du rythme, un style sec et nerveux, une intrigue bien construite et joliment emberlificotée, quelques scènes mémorables et très "cinématographiques" - je n'ai pas cessé de penser à l'acteur américain John Cusack, il serait parfait dans le rôle de Matthews-le-loser-plus-fûté-qu'on-pensait... 


Comme le dit Worth : "c'était comme regarder une scène glauque dans un film. Un film sur des méchants. Des méchants idiots, en plus." Un mélange détonnant de causticité et de noirceur. 

Du pur plaisir.


Savemore / Sean Doolittle (The Cleanup (Dod and Head), 2008, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Rivages/Noir, 2010)

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 00:00

"Ils ne méritent pas de vivre, tu ne comprends pas ? Ils bafouent la mémoire de Bird, de Dizzy et de Miles, ces prétendus jazzmen ! Nous infliger cette soupe électronique, cette sous-merde insipide qu'ils osent appeler du jazz... !"
   

 

Bird est vivantEvan Horne, le pianiste de jazz/détective déjà rencontré dans Sur les traces de Chet Baker *, voit le bout du tunnel, après un an de galère et une main en miettes à la suite d'un accident de voiture.

Il a retrouvé la scène, son piano, son trio, et un producteur vient même de l'engager pour enregistrer un album. Bref, tout va pour le mieux, jusqu'à ce que son ami - et policier - Cooper lui demande son aide sur une affaire d'homicide.

Un saxophoniste a été retrouvé mort dans sa loge. Le miroir portait l'inscription : "Bird lives !", en référence au légendaire Charlie "Bird" Parker, et un lecteur CD passait Now's the time.

Deux meurtres semblables ont déjà eu lieu, avec le même type de mise en scène. A chaque fois, la victime était un musicien à succès, adepte de jazz/rock ou de smooth jazz (on pourrait dire "soupe jazz"), un jazz consensuel dont même un ascenseur ne voudrait pas...

Désormais, la thèse retenue est donc celle du tueur unique, et Evan est embarqué malgré lui dans cette enquête, contraint et forcé par le FBI qui a bien besoin de ses connaissances jazzistiques. Un doigt dans l'engrenage, et c'est le bras qui y passe : de simple collaborateur, il va bientôt jouer les appâts pour le FBI. Qui est l'assassin ? Un musicien aigri et jaloux ? Un puriste psychopathe ? Un bienfaiteur (pardon, ça c'est moi qui le dis) ?



Plus que l'intrigue - plutôt quelconque -, c'est l'atmosphère qu'on retient. Bill Moody, lui-même batteur professionnel, restitue parfaitement l'ambiance d'un club et les sensations, les émotions qui traversent les musiciens en plein set, quand les instruments dialoguent, quand le son est bon.

Et surtout, il a une connaissance pointue de la musique et en parle avec passion, si bien qu'on a qu'une envie, c'est de se jeter sur sa platine et d'écouter encore et encore Charles Mingus, Bill Evans, Miles Davis, Keith Jarrett, Cannonball Adderley et j'en passe... Cerise sur le gâteau, on a même droit à une petite visite de l'église de John Coltrane à San Francisco (oui, oui, elle existe vraiment).

Bref, Bird est vivant ! montre une fois de plus que jazz et polar font décidément bon ménage, et ravira (surtout) les amateurs.



* Bon à savoir : Sur les traces de Chet Baker (paru il y a quelques années chez Rivages mais qui suit chronogiquement celui-ci) donne, dans les premières pages, le... dénouement de Bird est vivant ! Autant vous dire qu'il vaut mieux les lire dans l'ordre, à moins bien-sûr que vous ne vous en souveniez plus.
C'est souvent le problème des séries traduites et publiées dans le désordre (à ce jour, Bill Moody a écrit 6 épisodes ;
Bird est vivant ! est le 4ème, Sur les traces de Chet Baker le 5ème).


Bird est vivant ! / Bill Moody (Bird Lives !, 1999, trad. de l'américain par Stéphane Carn. Rivages/Noir, 2010)

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 09:49

Nous voici de retour sur les contreforts des Big Horn Mountains, dans le Wyoming.

Il s'est écoulé un mois à peine dans la vie du bon et bourru shérif Walt Longmire, depuis ses mésaventures narrées dans Little Bird. La tempête de neige forcit, le sol durci refuse toujours d'accueillir les morts, qui ont une fâcheuse tendance à se multiplier dans cette région pourtant peu peuplée. Si Noël approche, il n'y aura pas de trêve des confiseurs pour Walt et son équipe !

 

camp des mortsUne vieille femme vient de mourir à la maison de retraite, quoi de plus tristement banal ? Mais Lucian, l'ancien shérif, ne l'entend pas de cette oreille et exige une autopsie. Pourquoi ?
Walt accepte, sans se douter encore qu'il vient de déterrer une histoire vieille d'un demi-siècle. Un passé lourd de drames familiaux, de secrets enfouis et de plaies jamais refermées.


On retrouve tous les ingrédients qui faisaient déjà la saveur de Little Bird : une intrigue prenante et bien construite, des personnages attachants - au premier rang desquels ce shérif... désarmant de bonté, de courage, de maladresse, et d'empathie pour les vivants comme pour les morts -, et puis ces paysages grandioses du Wyoming, la neige, la glace, le vent, et la primauté de la nature sur l'homme.

Petite réserve... indienne.
Ou plutôt un regret : celui de passer un peu moins de temps en compagnie d'Henri Standing Bear et de ne pas en apprendre autant sur la culture cheyenne que dans Little Bird.


Mais qu'est-ce qui plaît donc tant dans les histoires de Craig Johnson ? Sûrement sa manière tendre, drôle et pudique de faire à la fois l'éloge de l'amitié, des hommes et des lieux qui les habitent, ici ces grandes étendues sauvages qui les confrontent et les construisent, sans artifices ni faux-fuyants. Et la sincérité, c'est aussi ce qui caractérise les romans de cet écrivain.


On dit souvent que le plus dur pour un écrivain, c'est de "confirmer" avec le second roman, et Johnson s'en tire bien, même si personnellement je trouve ce Camp des morts un (petit) cran en-dessous de Little Bird.

Ce qui ne m'empêche pas d'attendre la suite avec impatience...


Le camp des morts /
Craig Johnson (Death Without Company, 2006, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Gallmeister, Noire, 2010)


PS : Craig Johnson fait actuellement sa promo en France. Pour avoir rencontré et écouté le bonhomme, je ne peux que vous conseiller d'aller le voir, si vous avez l'occasion. Le programme est sur le site des éditions Gallmeister.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:00

Né en 1943 dans le Tennessee, vétéran de la guerre du Vietnam, William Gay est l'auteur de trois romans et deux recueils de nouvelles. La mort au crépuscule est le premier traduit en France.

     

Mort au crépuscule

Nous sommes dans un coin reculé du Wisconsin, "ce pays de salopettes et de chapeaux de feutre", au début des années 50, mais on pourrait aussi bien se situer 50 ans plus tôt, tant ce pays semble figé dans ses traditions et ses superstitions.  

 

Kenneth Tyler et sa soeur Corrie, deux adolescents, ont découvert que leur père n'avait pas été enterré "comme il faudrait". Ils ne tardent pas à se rendre compte des monstruosités commis par Fenton Breece, le croque-mort, sur les corps dont il a la charge, et décident de le faire chanter.

Ce dernier envoie alors à leurs trousses un dénommé Granville Suter, un type du comté particulièrement dangereux et que tout le monde évite comme la peste.

 

S'ensuit une poursuite infernale entre Kenneth et le croque-mitaine dans les bois du Harrikin, sorte de forêt dantesque, désolée et maléfique, peuplée d'ermites, de vieilles sorcières et d'alcooliques pénitents.

La brume, les arbres morts, le froid, les bois touffus et sombres, les ombres et les bruits. La végétation dense qui a recouvert des habitations décrépies et des mines désaffectées, vestiges d'un autre temps.  

 

On pense bien-sûr à La nuit du chasseur, et à Cormac McCarthy pour l'ambiance crépusculaire, auquels William Gay fait directement référence d'ailleurs. Aux Marécages de Joe Lansdale aussi.

Mais les comparaisons s'arrêtent là.

 

 

L'ennui, c'est que l'auteur force le trait et abuse des métaphores et aussi de certains termes - "ténèbres", "funèbre", sinistre"... - qui, au lieu d'entretenir une atmosphère menaçante et vaguement surnaturelle qui joue sur nos peurs ancestrales (notamment celle de la Forêt), ont du coup tendance à la désamorcer. Si bien que le charme qu'il avait fait naître finit par s'estomper et qu'il ne subsiste qu'un décor artificiel.

  

Alors la course-poursuite s'essoufle, la tension s'effiloche et même, je n'ai ressenti qu'une empathie toute relative pour le jeune Kenneth.    

 

C'est d'autant plus dommage qu'on sent, derrière ces répétitifs effets de style, un vrai talent de conteur, et qu'il y avait là tous les ingrédients pour faire un fort et beau roman. D'initiation, gothique, à suspense. Finalement, aucun des trois ne m'a vraiment convaincu et j'ai eu hâte de sortir de ce bois dont je me suis demandé si j'y avais même jamais pénétré.

     

Et vous ? Êtes-vous, comme moi, resté en lisière d'Harrikin, ou vous y êtes-vous volontiers aventuré ?  

 

La mort au crépuscule / William Gay (Twilight, 2006, trad. de l'américain par Jean-Paul Gratias. Le Masque, Grands formats, 2010)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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