Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 00:00

Charles Willeford n'a pas eu la reconnaissance littéraire qu'il méritait, ni la vie facile. Orphelin très jeune, il part sur les routes, vagabonde et "brûle le dur" à l'âge de douze ans, à l'époque de la Grande Dépression. Engagé dans l'armée une première fois à seize ans (en mentant sur son âge), il troquera plus d'une fois l'habit civil contre l'uniforme. En 1943, il combat en Europe et reçoit la Silver Star. On le retrouve ensuite au Japon, au Pérou, où il étudie les Beaux-Arts, avant de revenir en Californie et de commencer à écrire.

Les pulps magazines publient ses premiers textes dans les années 50, mais il ne connaitra jamais le succès, si ce n'est à la fin de sa vie, avec la série des Hoke Moseley, un flic peu ragoûtant de Miami dont les enquêtes nous font voir les recoins sombres de la Floride, loin des clichés bling-bling. Mais il n'a guère eu le temps de profiter des à-valoir conséquents de son éditeur : il meurt en 1988, à l'âge de 68 ans, emporté par une crise cardiaque et quelques excès. La dépression, la poisse, de nombreux échecs, et des petits bijoux de romans noirs.


Les éditions Rivages, qui ont traduit tous ses romans, nous donnent maintenant à lire quelques-unes de ses nouvelles, parues aux Etas-Unis il y a presque 50 ans mais inédites en France.
Et c'est loin d'être des fonds de tiroir, si vous vous posiez la question !


Six nouvelles dont trois épisodes de la vie de Jake Blake, jeune réalisateur surdoué qui se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Nous assistons à sa lente désintégration psychique et aux méthodes pour le moins brutales du corps médical (nous sommes dans les années 50, les électrochocs sont à la mode...).

Suit le témoignage de son producteur, un type fat et prétentieux qui raconte à un plumitif chargé de rédiger sa biographie les circonstances dans lesquelles il a connu Jake, et la manière dont il a immédiatement repéré son talent.
En remontant encore un peu dans le temps, nous apprenons que l'expérience militaire de Jake a laissé des stigmates. Passer de longs mois seul sur une base et sans jamais croiser âme qui vive, avec comme seule mission de changer les ampoules d'une piste d'atterrissage au milieu de nulle part, est susceptible de faire tanguer quelque peu l'équilibre psychologique.

Les trois nouvelles suivantes ne manquent pas de sel non plus.
Un type qui se rêve indic après avoir trop regardé des feuilletons de détectives privés. Autodidacte original, pour le coup.
Un autre, écrivain en vacances, embobiné par un marabout local. De quoi retrouver l'inspiration.
Un alcoolique renvoyé à son vice par... une oeuvre de bienfaisance. Charité bien ordonnée ?!


Si ces histoires sonnent si juste, c'est peut-être parce que Willeford sait de quoi il parle, qu'il a dû s'inspirer de ses diverses expériences - de boisson, de dépression, de troufion.
Chez lui, on a souvent affaire au type ordinaire, dans la moyenne de la bêtise et de la méchanceté humaines, ou tout simplement dépassé par les événements. Chroniques de l'absurde ordinaire, pour paraphraser Desproges.

On retrouve aussi cette concision, cette faculté de vous poser un décor, une ambiance, des personnages, en quelques phrases bien tournées, et de vous embringuer illico dans l'histoire. D'autant plus que chaque nouvelle adopte un point de vue ou une forme différente (journal de bord, monologue, interrogatoire, correspondance...) et qu'il se crée ainsi une belle dynamique. Ce qui n'entame en rien l'unité du recueil, au contraire : quelques modulations sur les courts-circuits de nos vies et de nos sociétés.


Il est grand temps de (re)lire Charles Willeford. Voilà une bonne entrée en matière et un condensé de son immense talent ; et de continuer, pourquoi pas, avec Une fille facile ou les enquêtes de Hoke Moseley (dans l'ordre : Miami blues, Une seconde chance pour les morts, Dérapages, Ainsi va la mort).


La machine du pavillon 11 / Charles Willeford (The Machine in ward eleven, nouvelles trad. de l'américain par Christophe Mercier. Rivages/Noir, 2009)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 00:00

Chouette, un nouveau polar (des grands espaces) aux éditions Gallmeister ! 
Après le Maine en compagnie de William Tapply et le Montana avec Jim Tenuto (on peut rajouter le Nouveau-Mexique de Edward Abbey), nous voilà dans le Wyoming. Le guide se nomme Craig Johnson, lui-même propriétaire d'un ranch sur les contreforts des Bighorn Mountains. Le stetson qu'il arbore nonchalamment sur la quatrième de couverture abrite pêle-mêle un charpentier, un pêcheur professionnel, un officier de police, un cow-boy, un professeur et un romancier, donc (passer d'une salle de classe à l'enclos à bestiaux et se retrouver devant la page blanche... Les CV des écrivains américains m'ont toujours fasciné, pas vous ?).


Cette fois, le héros n'est pas un pêcheur à la mouche embringué malgré lui dans une affaire de meurtre : Walt Longmire déteste la pêche et c'est tout naturellement lui qu'on appelle quand il y a un problème, puisque... c'est lui le shérif !

Ce jour-là, la découverte du 
corps de Cody Pritchard bouscule la tranquillité du comté d'Absaroka, plus habitué aux troubles de voisinages et aux ivresses passagères sur la voie publique. Accident de chasse ou meurtre ? Walt pressent déjà le pire : trois ans plus tôt, Cody a participé à un viol collectif sur la jeune Melissa Little Bird. Les accusés, à l'époque, ont écopé d'une peine minime.

On a bientôt la réponse : c'est une balle tirée d'un fusil longue portée, à une distance d'environ 350m, qui a tué Pritchard... Or, seule une dizaine d'individus habitant le comté sont capables d'un tel tir. Parmi eux se trouve Henry Standing Bear, le meilleur ami de Walt et l'oncle de Melissa.


En bon charpentier, Craig Johnson a bâti une intrigue solide, s'appuyant des personnages aussi rudes qu'attachants (comme ce grand gaillard un peu empoté de Walt), des dialogues percutants et souvent drôles, et les paysages majestueux du Wyoming, qui, loin d'être un décor en trompe-l'œil, sous-tendent habilement le roman. L'auteur connait parfaitement cette région et l'évoque de belle façon, à tel point qu'on se surprend même, entre deux pages, à respirer la neige, la glace et les aubes fraîches.

L'auteur explore la culture et la spiritualité amérindiennes - le comté d'Absaroka jouxte une réserve d'indiens cheyennes - en flirtant parfois avec le mysticisme. De manière plus prosaïque, il évoque aussi leur vie quotidienne (pauvreté, problèmes d'alcoolisme mais aussi leur grande solidarité...) ainsi que leurs relations avec les blancs, qui se résument le plus souvent à une indifférence mutuelle.
Quant à Walt Longmire, il fait office de trait d'union entre ces deux mondes, ce qui permet d'avoir un double point de vue souvent pertinent. Espérons que l'auteur, dans les romans suivants, aille plus loin dans cette voie. On devrait être rapidement fixé, pour peu que l'éditeur poursuive les traductions : Little Bird est la première des aventures du shérif Longmire, quatre autres ayant déjà été publiées aux Etats-Unis.


Une fois de plus, Gallmeister réussit son pari et nous offre un très bon polar en même temps qu'une invitation au voyage.
Et puis, ce qui ne gâche rien, on a entre les mains un bel objet, agréable au toucher et à l'oeil, avec cette  maquette toujours sobre et élégante. Il faut bien avouer que le soin apporté au livre rajoute au plaisir de lecture.
 

Little Bird / Craig Johnson (The Cold Dish, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Gallmeister, Noire, 2009)

PS : Craig Johnson sera présent à la librairie Le Comptoir des Mots (239 rue des Pyrénées, Paris XXe) le vendredi 29 mai à 20h ; ainsi qu'à St Malo, à l'occasion du Festival Etonnants voyageurs, du 30 mai au 02 juin prochain.

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:00
Raymond Chandler est mort il y a cinquante ans. A cette occasion, les éditions Omnibus publient en un volume les 25 nouvelles de l'auteur, avec de nouvelles traductions. Il faut d'ailleurs saluer le bon travail éditorial réalisé autour de cet ouvrage, agrémenté d'une pertinente préface d'Alain Demouzon et d'un texte de Chandler sur le roman noir, Simple comme le crime, où il s'attaque notamment au roman d'énigme bien propre sur lui et alors très en vogue.
Et si Hammett "a sorti le roman policier du vase vénitien pour le jeter dans la rue", Chandler, pour sa part, a pris soin d'éparpiller les morceaux.


Après avoir exercé de nombreux métiers, Chandler décide de se consacrer pleinement à la littérature. Nous sommes en 1933, il a 45 ans, et sa première nouvelle est publiée dans Black Mask, le fameux magazine "pulp" créé en 1920, tout entier consacré aux littératures populaires - SF, western, polar, aventure... Des pointures comme James Cain ou Horace McCoy y firent leurs armes.

Jusqu'à la parution du Grand sommeil, en 1939, une vingtaine suivront : de petits laboratoires où il affine son style, marqué par une écriture dépouillée de toute considération psychologique et privilégiant l'action et les dialogues. Les personnages ne sont déterminés que par leurs actes et leurs paroles. Ce qu'on appellera le comportementaliste ou behaviorisme.
Chandler possède aussi un sens aigu de la mise en scène, nous informant sur le cadre, la lumière, les vêtements, les attitudes et les gestes les plus infimes des personnages. En cela, ses nouvelles, comme ses romans, sont très cinématographiques.

Chandler reprenait souvent certains passages de ses nouvelles pour les approfondir et les incorporer ensuite dans ses romans. "Ceci moins par paresse, nous dit Alain Demouzon, que par conviction qu'un matériau narratif intéressant n'avait pas été développé au mieux dans la toute relative brièveté de ses stories."

Attention, ça ne signifie pas qu'elles sont d'un intérêt négligeable ou dévolues aux seuls exégètes de l'écrivain. Il ne s'agit pas de pâles copies des chefs d'oeuvre à venir, mais plutôt des esquisses finement ciselées et au trait sûr. De la même manière, s'il est intéressant de les lire à l'orée du Grand sommeil ou d'Adieu ma jolie, ces nouvelles se suffisent d'abord à elles-mêmes.

On y retrouve la faune habituelle : gangsters, femmes fatales et vénéneuses, flics marrons... Acteurs et témoins d'une société en pleine déliquescence, gangrénée par l'avidité et la corruption. Et des détectives privés, surtout. Les Carmady, Reseck, Mallory annoncent le légendaire Philippe Marlowe, figure emblématique du détective privé hard-boiled, immortalisé au cinéma sous les traits d'Humphrey Bogart.


Que dire de plus, sinon d'affreuses banalités ? Que Chandler partage avec Hammett la paternité du roman noir tel qu'on le conçoit encore aujourd'hui ? Qu'il a influençé de près ou de loin la plupart des auteurs qui l'ont suivi ? Que ses textes sont des modèles de rythme et de narration ? Oui, trois fois oui.


Les ennuis, c'est mon problème : l'intégrale des nouvelles / Raymond Chandler (Omnibus, 2009)
Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 00:00
"New York City abritait trois cents bandes organisées. Beaucoup d'entre elles n'étaient au départ que des milices visant à protéger leur quartier de la petite délinquance des héroïnomanes, et de la vague de violence qui avait déferlé avec la consommation de poussière d'ange. Les loteries clandestines, les usuriers, les macs et les petits truands recherchaient la protection des bandes et les payaient grassement pour défendre leurs intérêts. (...) Les bandes avaient fini par avoir soif de pouvoir et s'étaient mises à envahir le territoire des autres. Des affrontements sanglants s'en étaient suivis, provoquant la formation de nouvelles bandes pour protéger les quartiers et rester maître chez soi."


Années 70. Le jeune Danny Palmer, récemment débarqué de Jamaïque, vit à Brooklyn avec sa mère. Confronté à la violence extrême des gangs et au racisme des "Yankees", ces jeunes afro-américains qui prennent les antillais pour cibles, il trouve protection auprès de Dave Green, une star du foot respectée de tous. Quand ce dernier est envoyé au Vietnam (qui va complètement le bousiller), Danny se tourne vers les Rastafariens, au sein desquels il va connaître une ascension fulgurante, au gré des guerres de territoires et des luttes pour le trafic de drogues.


Rasta Gang est un roman d'une extrême violence, où l'aspect répétitif des fusillades et des multiples règlements de compte a même un effet désamorçant, un peu comme ces images de guerre à la télévision qu'on voit sans plus les regarder vraiment...

Alourdi par quelques longueurs, ce polar (qui frise les 600 pages) aurait sans doute gagné à être un peu effeuillé, d'autant plus que de nombreux passages, (et notamment les 150 dernières pages du texte) sont un modèle d'écriture resserrée, nerveuse et efficace à souhait.
Comme les protagonistes, Phillip Baker ne s'embarrasse pas, et on assiste, en quasi-continu, à un feu nourri désordonné mais d'une ampleur et d'une puissance considérables : si on a pu se lasser à certains moments des coups de feu, des tueries, du sang qui coule et gicle sans discontinuer, il n'en reste pas moins que ce roman est plein d'une énergie brute qui emporte tout sur son passage et laisse des traces qui s'effaceront peut-être, mais dans un certain temps.

Et puis, comme le dit Thierry Marignac dans sa préface, "le roman de Phillip Baker éclaire la parenté entre les événements de l'histoire post-coloniale en Jamaïque et la dérive sanglante des gangs de trafiquants de Brooklyn, nés de l'immigration massive des années 60-80."
Un éclairage intéressant, c'est vrai, sur des événements méconnus (en tout cas de nous autres européens). Seulement, Baker se concentre sur le monde des gangs et de la rue (ainsi que sur sa propre expérience, certainement) sans situer ces événements dans un contexte plus général, ce qui est un peu frustrant, car n'ayant pas toutes les clés, on aimerait en apprendre davantage. Vous me direz, libres à nous ensuite de chercher d'autres sources et de nous y intéresser.


Conseil(s) d'accompagnement
: un autre roman, justement, évoque la guerre¨des gangs jamaïcains, cette fois à Londres. Il s'agit de Yardie, de Victor Headley, un texte rare et d'une grande force. Edité il y a quelques années dans la collection Soul fiction (ce qui ne trompe pas...), il sera suivi de Yush. Vous pouvez y aller les yeux fermés.


Rasta Gang / Phillip Baker (Blood Posse, 1994, trad. de l'américain par Thierry Marignac. Fleuve Noir, 1997, rééd. Moisson Rouge, 2009)
Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 00:00
"Pour ceux qui ne connaissent pas Chicago, sachez que la ville est séparée en deux sociétés tribales disctinctes par la rivière (...) : les habitants de la rive sud, le South Side, travaillent dur pour vivre, tandis que ceux de la rive nord, le North Side, paient un café cinq dollars et s'adressent à la bonne pour ouvrir la fenêtre."

L'agent Patti Black, 38 ans, fait partie des premiers. Elle appartient à la brigade d'intervention du 6ème district, un des plus pauvres et violents de la ville. Au cours d'un assaut, deux Noirs appartenant à un gang sont tués. De quoi raviver les tensions raciales, surtout après l'attentat manqué contre le Maire, imputé à la communauté noire pour mettre à sa place son leader, l'activiste Alderman Gibbons.
Lors de l'intervention, on retrouve aussi un cadavre emmuré. C'est celui d'Annabelle Ganz, la femme qui a élevé Patti, à Calumet City, dans la banlieue de Chicago. Les époux Ganz recueillaient de jeunes orphelins et leur faisaient subir des sévices sexuels. Un traumatisme que n'a pas vraiment surmonté Patti, ni la fugue et les années d'errance qui ont suivi.
Pour couronner le tout, le substitut du procureur est enlevé et assassiné ; jeune garçon, il a fait partie des enfants recueillis chez les Ganz.

Menacée par les gangs, soupçonnée de malversations par sa hiérarchie, rattrapée par un passé douloureux, Patti Black subit une pression énorme. La question est : va-t-elle exploser en vol ?

Commençons par les points faibles :
Calumet City souffre de quelques longueurs, notamment quand Charlie Newton s'apesantit sur les états d'âme et les obsessions de son personnage, dans une enquête qui comporte déjà beaucoup de "tiroirs" et de rebondissements.
D'autre part, s'il nous plonge dans son histoire la tête la première, il a tendance à nous maintenir fermement le nez dans le bassinet, si bien qu'on finit parfois par s'essouffler. Je m'explique : ce polar est mené tambour battant mais manque de changements de rythme, et la tension continue qu'il installe finit par perdre un peu de son effet. Un peu comme s'il accélérait sans cesse en omettant de passer les vitesses, ce roman est en sur-régime.

Sans ces quelques défauts, ce coup d'essai aurait pu être un coup de maître. Dommage. Mais il n'en reste pas moins un bon polar, oppressant à souhait et doté d'un bel impact. Porté à la fois par un style lapidaire et sec qui sied parfaitement au contexte, et par la figure centrale de Patti Black, femme flic dure au mal, que l'auteur n'essaie pas à tout prix de nous rendre sympathique, et qui du coup, gagne plutôt en vraisemblance et en épaisseur.

La 4ème de couv. indique que Charlie Newton a beaucoup travaillé avec des policiers avant d'écrire ce livre. Rendues avec beaucoup de réalisme, ses descriptions et observations sur le monde des flics - pression des médias, luttes intestines, "cuisine" politico-judiciaire - et celui des ghettos font froid dans le dos ! J'ose même espérer, sans trop y croire, qu'il ait un peu forcé le trait...

S'il aurait, selon moi, gagné en puissance avec une ou deux ramifications et 50 pages de moins, ce premier roman très noir n'en est pas moins prometteur, et j'attends donc le second de pied ferme.


Calumet City / Charlie Newton (Calumet City, 2008, trad. de l'américain par Philippe Loubat-Delranc. Presses de la Cité, Sang d'encre, 2008)
Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 00:00
Désolé pour le jeu de mots mais, comme dit JM Laherrère sur actu-du-noir, "ça devait arriver un jour" : le dernier roman d'Elmore Leonard est décevant.

Détroit, 1944. Carl Webster, le Marshall du Kid de l'Arizona, est sur les traces de Walter Shrenk et Otto Penzler, deux officiers nazis échappés d'un camp de prisonniers. Hormis une comtesse ukrainienne soupçonnée d'espionnage et un dignitaire du KKK, un de leurs complices présumés se nomme Walter Schoen, boucher de profession et parfait sosie de Himmler ! Il est d'ailleurs persuadé d'être son frère jumeau et d'avoir une mission à accomplir. Schoen n'est en réalité qu'un petit nazillon sans envergure, aussi ridicule que médiocre...
Pour le retrouver, Carl compte sur son ex-femme, Honey, qui n'est pas insensible au charme du Marshall et ne pense qu'à lui mettre le grappin dessus.

Voilà pour la trame. Un mélange de cocasse et de doux-dingue comme souvent chez Leonard qui s'amuse à jouer sur plusieurs registres.


Malheureusement, ici, la pâte ne prend pas, et le soufflé retombe assez vite. Est-ce parce que j'avais encore à l'esprit le roman de Bialot que cette histoire de SS en goguette m'a parue bien trop saugrenue ? Toujours est-il que je n'ai pas goûté la farce et ne me suis jamais plu dans l'ambiance "Papa Schultz" qui se dégage du roman.

Mais ce n'est pas tout...
Hormis une succession de digressions inutiles, le problème vient surtout de l'incohérence du récit, qui repose à la fois sur des personnages improbables (et dont on comprend mal les agissements, au vu de ce que l'auteur nous apprend d'eux et de leur personnalité), et des situations qui le sont tout autant, notamment dans le déroulement de l'enquête (ok, ce n'est pas sensé être du police procedural strict et pointilleux, mais autant d'invraisemblances finissent par gêner la lecture).


Si la truculence et le sens de la répartie - quasi-indemnes - de Leonard m'ont permis d'aller au bout du récit, ce fut tout de même laborieux et je dois avouer que j'ai sauté allègrement quelques passages...

Au bout du compte, à aucun moment ou presque je n'ai vraiment cru à son histoire. Un Leonard à oublier, avant de se replonger, pourquoi pas, dans un... Leonard : deux autres titres sont réédités ce mois-ci, toujours chez Rivages : Les femmes sortent pour danser et l'excellent Dieu reconnaîtra les siens, dont l'action se situe au Rwanda au début du génocide.


Hitler's Day / Elmore Leonard (Up in Honey's Room, 2007, trad. de l'américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil. Rivages/Thriller, 2009)
Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 00:00

J'étais plutôt... circonspect en ouvrant ce roman.
Si les polars de William Lashner soulèvent un certain enthousiasme sur quelques sites et forums, je n'étais pas vraiment emballé ni par le titre - "ce soir sur M6..." - ni par la couverture, affiche de pub genre "Le nouveau gloss Trucmuche : la sensualité à fleurs de lèvres". On allait bien voir...


Auteur d'une série consacrée à l'avocat Victor Carl, et ancien avocat lui-même, Lashner connait son droit sur le bout des doigts et maitrise parfaitement les arcanes de l'institution judiciaire. Mais il a le bon goût de ne pas nous abreuver de détails et de procédures juridiques ; d'ailleurs, à aucun moment du récit vous ne passerez à la barre, l'avocat se muant plutôt en enquêteur afin de demêler les fils de l'intrigue en même temps que les noeuds de sa propre existence erratique.

null"Bon, très bien, voilà où on en était. Il y avait le toubib en viande froide. Il y avait le flic qui pensait que je l'avais flingué. Il y avait l'avocat servile aux expressions de lycéen "tueur de masse" qui me menaçait de conséquences désagréables. Il y avait le gangster russe flanqué de son acolyte espagnol (...). Il y avait un vieux copain d'école du mort nommé Miles Cave, qui était aux abonnés absents, mais qui pourtant paraissait être au centre de toute cette histoire. Et il y avait cette fille qui était soit la clé de mon avenir, soit une meurtrière impitoyable qui essayait de toutes ses forces de me faire porter le chapeau."

Cette fille, Julia, c'est l'ancien amour de Victor, la blessure qui ne s'est jamais refermée, la traîtresse qui l'a quitté pour un... urologue.
Alors quand elle le recontacte, il voit déjà "rejaillir le feu d'un ancien volcan qu'on croyait trop vieux". Quand la raison lui souffle que ce n'est peut-être pas une bonne idée de coucher avec son ex-maîtresse, et que les volcans, c'est dangereux.
Et quand, juste après avoir "fêté vos retrouvailles", deux flics débarquent chez vous pour vous annoncer que le mari de votre dulcinée vient d'être assassiné, vous commencez à vous demander dans quel pétrin vous vous êtes fourré...


Je dois dire qu'au bout de quelques pages, mes appréhensions se sont vite évanouies, pour laisser place à un réel plaisir de lecture, grâce à la jolie plume de l'auteur : son ton caustique, son style alerte, drôle et imagé font mouche, à chaque coup ou presque.
On suit avec amusement les péripéties et les déboires amoureux du pauvre Victor, un personnage auquel on s'attache rapidement, conquis par son humour, son doux cynisme et son sens de la répartie, indulgent pour ses petites lâchetés, touché par sa sensibilité.
Ajoutez à cela une intrigue solide, des personnages bien campés - et notamment une belle brochette d'affreux -, et vous obtenez un baiser fort agréable, à défaut d'être inoubliable.

Le Baiser du tueur, septième roman de la série, est peut-être aussi un baiser d'adieu, ou un long au-revoir en tout cas, puisque William Lashner nous dit dans sa postface : "Victor et moi avons décidé de nous séparer quelques temps (...). Avant que nous nous enlisions dans la routine, nous avons pensé tous les deux qu'il valait mieux commencer à fréquenter d'autres personnes."
Il a peut-être raison, car si cet épisode m'a bien plu, je me demande s'il est aussi bon que les précédents. Je n'en ai lu aucun, mais à lire la critique dithyrambique des Prévaricateurs par exemple, celui-ci semble être en ton en-dessous. Peut-être les fans de Lashner iront-ils dans ce sens ?
En attendant, ce polar m'a donné envie de revenir en arrière dans la biographie de ce sympathique Victor Carl.


Le Baiser du tueur / William Lashner (A Killer's Kiss, trad. de l'américain par Nordine Haddad. Ed. du Rocher, 2009)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 19:27

Ces trois derniers jours, j'ai vécu à Boston. Trois jours et une paire d'années, 1918 & 1919. Un voyage dans le temps et au long cours, dont je suis revenu enthousiaste.

Quatre ans que Lehane n'avait pas publié en France, si ce n'est quelques nouvelles, en coupe-faim. Qu'allait-il nous sortir de son chapeau ? Un nouvel épisode de la série Kenzie-Gennaro ? Un tour de magie littéraire, façon Shutter Island ? Un roman polyphonique dans la veine de Mystic River ? Rien de tout cela, ou bien tout cela à la fois, dans sa (
louable et vaine) tentative d'écrire le Grand Roman Américain, chimère toujours vivace des écrivains d'Outre-Atlantique. 


nullUn pays à l'aube est à la fois une fresque historique, sociale et politique, une saga familiale, un roman de moeurs et la chronique retentissante d'un monde à l'agonie. Un pays à l'aube d'une nouvelle ère : la Grande Guerre vient de s'achever, voyant des milliers de soldats rentrer au pays et voulant retrouver leur emploi souvent occupé par des Noirs. Le pays, exsangue, connait une crise économique majeure, le chômage et l'inflation s'envolent.
Boston la puritaine, berceau de la Révolution américaine, décimée par la grippe espagnole, voit se multiplier les luttes syndicales, les mouvements communistes et anarchistes prospérer. On craint la contamination bolchévique, les manifestations et les grèves sont sévèrement réprimées. De leur côté, les Noirs commencent à s'organiser et à réclamer leurs droits, sous la férule d'intellectuels comme John Garvey ou William E.B. Du Bois.
La tension monte inexorablement, jusqu'à l'embrasement final, quand les forces de police, acculées, décident la grève.


Dans ce véritable chaudron, trois hommes aux trajectoires différentes vont pourtant se croiser. Le joueur de base-ball légendaire Babe Ruth, alors au sommet de son art ; Luther, un jeune Noir qui a fui le Sud après avoir tué un homme ; Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise, fils d'un capitaine de police et lui-même policier, un esprit libre et progressiste en butte au clan familial. 


Lehane nous livre un récit de presque 800 pages qui impressionne par son ampleur et sa fluidité, son sens du détail et sa puissance d'évocation. 
Tantôt épique ou intimiste, il excelle à raconter les destins individuels comme les fracas de l'Histoire. En fin observateur de la nature humaine, il éclaire avec acuité et une grande empathie la personnalité de ses personnages, leurs ambitions, leurs faiblesses et leurs émotions ; poussés par le sens du devoir, un idéal moral ou la convoitise, capables de bonté comme de la plus extrême brutalité, d'aliéner leurs semblables par le pouvoir et l'argent... Eternelle histoire, singularités de l'animal humain.

Un pays à l'aube, c'est enfin (et peut-être ce qu'on retiendra, au final) la naissance d'une Nation, le tableau vivant d'un pays chevillé à ses mythologies et où demeure cette idée si belle et typiquement américaine - qui traverse le récit tout entier - qu'il est possible de renaître, de tout recommencer, de se réinventer.


Conseil(s) d'accompagnement
: j'ai plusieurs fois pensé au 
Ragtime de E.L. Doctorow, grand bouquin des lettres américaines. Et pour ceux d'entre vous qui s'intéressent à "l'Histoire vue de la rue", je ne peux que vous conseiller Une histoire populaire des Etats-Unis de Howard Zinn.



Un pays à l'aube / Dennis Lehane (The Given Day, 2008, trad. de l'américain par Isabelle Maillet. Rivages/Thriller, 2009)

PS : si vous voulez vous faire une idée, les éditions Rivages ont mis en ligne les 30 premières pages du roman.



Babe Ruth, l'un des personnages du roman, est un joueur de base-ball de légende, ayant un nombre incroyable de records à son actif. C'était aussi un bon vivant, gros buveur et gros fumeur.
Il y a quelques années, un ami à moi a illustré un livre sur sa vie, destiné aux enfants, pour une maison d'édition située en Corée, où ce sport est très populaire. Voilà un de ses dessins, qui fut d'ailleurs refusé par l'éditeur à cause... du cigare.

                                                                                 ©Ramor

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 00:00

Auteur de polars truculents et fantaisistes consacrés au détective Neal Carey, Don Winslow livre ici un roman plus académique mais tout aussi réussi.

nullEntre l'approvisionnement de poisson et de linge de table aux restaurants du coin, ses locations immobilières et sa boutique d'hameçons et d'appâts située sur la jetée, les déjeuners avec sa fille, les menus travaux chez son ex-femme et les séances de surf matinales, Frankie Macchiano, la soixantaine passée, est un homme occupé. 
Et apprécié. Tout le monde l'adore à Ocean Beach, San Diego. Il donne aux associations caritatives, finance les juniors de l'équipe de basket, organise des concours de pêche... Un type qui aime l'opéra et faire la cuisine, méticuleux, organisé et pondéré.


Mais avant d'être "Frankie le gars aux appâts", il était Frankie Machine, un homme de main de la mafia. Conduire des gens, surtout, et les supprimer, parfois. Un type redoutable dans sa partie, méticuleux, organisé et pondéré.
Mais c'était dans une vie antérieure et désormais Frankie la légende mène une petite vie tranquille. Jusqu'au jour où ses anciens amis essaient de le supprimer. Une question le taraude : pourquoi ? La partie de chasse commence. 



Pour savoir si vous pouvez passer l'hiver en compagnie de Frankie Machine, c'est simple : si Les Affranchis de Martin Scorcese figure parmi vos films favoris, banco ! (la 4ème de couverture nous apprend d'ailleurs que les droits de ce roman ont été rachetés par Robert de Niro himself, puis aurait parait-il juré de ne plus jouer de rôle de gangster... avant de lire L'Hiver de Frankie Machine. "You're talking to me ?!")

A travers la cavale de Frankie - un de ces mauvais-garçons-sympathiques-malgré-tout dont il a le secret - et de ses souvenirs, Don Winslow évoque l'itinéraire d'un affranchi au sein de la mafia de la côte ouest, des années 60 à nos jours, entre business - la trinité prostitution-porno-clubs de strip surtout -, graissage de pattes, financement de campagnes politiques, cache-cache avec les fédéraux...
Quant à la "famille", au code de l'honneur et à "toutes ces conneries de folklore sicilien", ça s'arrête à la lisière du billet vert. Luttes d'influence, exécutions sommaires, complots sont monnaie courante. Un peu de sang versé, les requins s'entretuent et vous pouvez descendre votre allié. Le boulot, rien de personnel là-dedans. 


Si on se mélange parfois un peu les pinceaux avec tous ces mafiosi de San Diego, Vegas, Détroit ou L.A., peu importe, on est emporté par ce brillant exercice de style, parfaitement abouti, qui pourrait bien devenir un classique du genre, tant l'auteur maitrise son sujet.
Et si L'hiver de Frankie Machine ne possède pas cette inventivité et cet humour décalé propres à la série des Neal Carey, Winslow a toujours l'art et la manière de nous conter une histoire et de nous happer dès les premières phrases. Toujours en mouvement, en rythme, en verve. 
   
   
L'hiver de Frankie Machine / Don Winslow (The Winter of Frankie Machine, trad. de l'américain par Frank Reichert. Ed. du Masque, 2009)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 00:00

Andrew Vachss est né en 1942, à New York. D'abord travailleur social, il s'est notamment occupé d'un centre de réinsertion pour délinquants, avant d'entamer des études de droit et de devenir avocat, spécialisé dans la défense des enfants victimes de violences sexuelles. Un fléau contre lequel il mène une véritable croisade, aussi bien dans son métier que dans ses livres et pour qui "l'écriture est un prolongement organique de [son] métier".

Vachss est surtout connu pour sa série consacrée à Burke, un privé coriace sans prénom et sans licence, ancien détenu, arnaqueur, en comparaison duquel la plupart des durs-à-cuire de l'histoire du polar passeraient pour d'aimables plaisantins.
Burke vit de petites combines (revendre à des nazis un enregistrement en yiddish de Simon Wiesenthal en leur faisant croire qu'il s'agit du dernier discours du fürher !, faire paraitre des annonces bidon pour recruter des mercenaires en Afrique, revendre des faux papiers...), et dans son bureau-bunker en compagnie de Pansy, un molosse de 70kg dont le pêché mignon est de regarder le catch à la télévision ! 
Quand il s'attèle à des affaires de viols d'enfants et de pornographie infantile, il peut compter sur sa bande d'amis, pour le moins pittoresques : Max le Silencieux, un tibétain muet expert en arts martiaux, Michelle le transexuel intello qui se prostitue et met de côté pour se faire opérer en Europe, Prophète le prédicateur des bas-fonds, la Taupe, petit être chétif spécialiste des explosifs et d'électronique vivant reclus dans une casse automobile...

Dans son Guide des 100 polars incontournables, Hélène Amalric évoque le New York de Vachss comme l'un des cercles de l'Enfer de La Divine comédie. On ne saurait mieux dire.
Flood est le premier roman de la série. Où l'on découvre Burke et son environnement, un New York apocalyptique et hyper-violent où semblent s'être donnés rendez-vous tous les tordus et fous dangereux du pays (il faut dire que la criminalité est très élevée à N.Y. durant les années 80), et qui n'est pas sans rappeler l'univers de certains romans d'anticipation cyberpunk comme Blade Runner. D'ailleurs, Flood est truffé de trouvailles et gadgets électroniques à la James Bond, dont se sert Burke pour se protéger ou tout simplement rester en vie. 
Flood, c'est un p'tit bout de femme aussi dangereuse que déterminée à retrouver un violeur d'enfants. Avec Burke, et dans une atmosphère particulièrement oppressante, ils vont enquêter dans le milieu glauque et malsain du porno. 

Dans le second opus de la saga Burke - Grand Prix de littérature policière en 1988 -, ce dernier est chargé de retrouver une photo porno sur laquelle apparait un garçon, afin qu'il puisse exorcicer le traumatisme subi. Il est engagé par la fille d'un parrain de la pègre, Strega la rousse, alias la Sorcière de Brooklyn, personnage équivoque et mystérieux, à mi-chemin entre la petite fille vulnérable et la tarentule, et qui subjugue littéralement Burke.
Nous voilà repartis dans les quartiers mal-famés de la Grosse Pomme. Prostituées, maquereaux violents, pornographes, sadiques et brutes en tous genres constituent la faune de cette jungle urbaine où le danger pointe à chaque page.
Débarrassé de l'aspect futuriste et des gadgets du premier opus, La sorcière de Brooklyn est encore meilleur que Flood, plus épuré, plus abouti et plus sombre.

Andrew Vachss a aussi écrit de nombreuses nouvelles, publiées en France par les éditions Rivages sous le titre Le mal dans le sang. 
Découpées en grands chapitres. Dans celui intitulé Cross, on a affaire à un double de Burke, encore plus dur et impitoyable (si, si, c'est possible), qu'on engage pour régler "proprement" et "définitivement" certains problèmes, surtout quand il s'agit de pervers sexuels.
Le reste du recueil est à l'avenant, fangeux, et donne une vision assez juste de l'oeuvre et de l'univers de l'écrivain. Et si ces nouvelles sont de qualité plutôt inégale, certaines, comme la nouvelle éponyme ou Pose le pied sur une fissure, sont de petits bijoux.


La position de Burke, comme celle de Vachss d'ailleurs, aussi dure et discutable soit-elle, est celle-ci : les pédophiles sont des dégénérés qu'il faut éradiquer et aucune réhabilitation n'est possible avec ce genre d'individus. Un avis tranché qui vous gênera peut-être à la lecture de Vachss, d'autant plus que Burke, son double (celui qui s'est affranchi des règles et des lois ?), n'hésite pas à rendre la justice par lui-même, une justice sommaire et brutale.
D'un autre côté, la pornographie infantile est un thème rarement abordé dans la littérature policière, et Vachss le fait avec une force et une justesse qui forcent l'admiration, quand il traite de psychologie infantile ou quand il insiste, par exemple, sur le fait que la pédophilie n'a rien à voir avec l'homosexualité (un préjugé qui avait la vie dure dans les années 80, et encore aujourd'hui...). D'autre part, Vachss évite autant tout voyeurisme, et quand bien même les choses qu'il décrit feraient naître quelque fascination, voilà ce qu"il répond : "Je crois que, dès qu'on choisit d'écrire sur l'horreur et qu'on la reproduit dans le cadre d'une fiction, on prend le risque de l'ambiguïté et celui de fasciner le lecteur avec les choses dont on ne fait que rendre compte. Mais je ne vois pas comment faire autrement si l'on veut approcher une réalité pareille." (in Badlands)

Alors que ses romans, et notamment le cycle Burke remportent un grand succès aux Etats-Unis, où vient de paraitre le 18ème opus, Another life, Vachss reste méconnu en France, où les quelques traductions (dont les 4 premiers titres du cycle Burke) sont toutes épuisées, hormis un recueil de nouvelles. Si un éditeur passe par là...


Flood
(Flood. Presses de la Cité, 1986)
La sorcière de Brooklyn (Strega. Albin Michel, 1988)
Le mal dans le sang (Born bad. Rivages, 1998)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article

Rechercher