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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 09:50

J'ai Lu a eu la bonne idée de rééditer un fameux polar américain des années 50 dans sa nouvelle collection Hard case crime, dont le principe, comme indiqué sur les 4èmes de couverture, est de sélectionner "le meilleur du roman noir des années 50 à nos jours" et de nous présenter, "dans des éditions abordables et inédites, la crème des auteurs hard-boiled d'hier et de demain" (quid d'aujourd'hui ?!). Vaste programme... Parmi les six ouvrages déjà parus, on trouve D. Stansberry (qui publie habituellement à la Série noire), Ed McBain ou Maw Allan Collins (qui après avoir écrit quelques bons polars comme La course au sac, s'est englué depuis dans des novélisations de la série Les experts...).
Ma foi, je trouve les maquettes plutôt sympas : colorées, illustrées, avec une typo originale qui donne une identité visuelle forte à la collection. A noter aussi qu'un effort est fait sur la présentation de l'auteur, sa vie, son oeuvre... Bon, reste qu'il s'agit d'une nouvelle collection et que si les quotas de vente ne sont pas atteints rapidement... Wait & see...


13 French Street (dont la dernière édition en France date de 1985...) est présenté comme un jalon majeur du polar, maintes fois imité, jamais... bon vous connaissez la formule. S'il est vrai qu'il a servi de canevas à de nombreux auteurs dans les années 50, il ne s'agit pas non plus d'un monument littéraire à l'instar des faucons maltais et autres grands sommeils... Malgré tout, cela n'enlève rien à ce roman, court, efficace, au suspense savamment distillé (on pense souvent à Hitchkock), même si on se doute que cette sombre histoire va très mal se terminer.

9782290002353-0-2007121177-copie-2.jpgAlex, dont l'honneteté et la droiture sont proverbiales, va passer une semaine chez son vieil ami Verne, compagnon d'armes qu'il n'a pas revu depuis longtemps. Dès son arrivée, il sent que quelque chose cloche : son ami, autrefois vigoureux et plein d'entrain, n'est plus que l'ombre de lui-même et Petra, sa femme, se montre particulièrement charmante, attentionnée, séductrice... Alors que Verne est contraint de s'absenter, Alex tombe sous le charme vénéneux de Petra, belle à se damner, qui l'entraine dans une passion dévorante et fait de lui le complice d'un meurtre. Alex, rongé par le désir et la culpabilité, sombre peu à peu dans le délire. Quand il tente en vain de s'extirper des griffes de la "créature", on se doute qu'il est déjà trop tard.

Gil Brewer (1922-1983) a écrit plusieurs dizaines de romans, du polar au roman d'aventures, mais n'a connu le succès (d'estime et financier) qu'avec la parution en 1951 de 13 French Street, vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. Inspiré par des auteurs comme James Cain et Hemingway, on retrouve chez lui cette écriture elliptique, sèche et sans fioritures ; il pêche un peu quand il s'agit d'explorer la psychologie et les sentiments des personnages, mais l'ensemble tient la route et le lecteur ressent bien le rouleau compresseur qui fonce sur le pauvre Alex.


Un dernier mot : amies féministes, ce livre n'est pas pour vous, à moins que vous n'y trouviez des arguments en votre faveur : Petra est l'archétype de la femme fatale, concupiscente, lascive et vorace ; et vous n'aurez pas tort, Gil Brewer mérite peut-être la coupe de la misogynie (l'un de ses romans s'intitule Satan est une femme...!) avec un personnage si caricatural. Quant aux hommes, la légende dit que chacun d'entre nous a rencontré au moins une fois dans sa vie sa Petra (à des degrés divers, heureusement !)... ou s'apprête à le faire... Incorrigibles...



13 French Street / Gil Brewer (13 French Street, trad. de l'américain par Sabine Boulongne. J'ai lu, Hard case crime, 2007)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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