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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 00:00


nullFrancesco Visentin a tout pour lui : jeune avocat plein d'avenir, issu d'une illustre famille dont le nom suscite le plus grand respect, il s'apprête à marier Giovanna, la plus belle femme de la ville.
Tout s'écroule quand il découvre le corps de Giovanna, noyée dans sa baignoire. L'enquête démontre vite qu'il s'agit d'un meurtre et que la victime avait un amant.
S'agit-il simplement d'un crime passionnel, comme veut le croire Francesco ? Ou l'a t-on réduite au silence pour dissimuler un trafic industriel, auquel semblent liés quelques éminents personnages locaux ?

Francesco, au fil de son enquête, va voir s'effondrer toutes les certitudes liées à son rang et à ses proches.

Ancré dans la réalité - et l'actualité - de la société italienne, Padana City dénonce pêle-mêle les ravages d'un capitalisme débridé sur une région dont l'essor économique a été fulgurant, les accointances entre les industriels et la mafia ainsi que l'"ecomafia" (un terme apparu il y a une quinzaine d'années en Italie pour désigner les opérations de la mafia - recyclage sauvage des déchets, trafic d'espèces protégées... - qui mettent en danger l'environnement), la corruption rampante, le sentiment d'impunité et l'arrogance des classes dominantes, enivrés par leur propre pouvoir, et enfin l'impuissance relative des instances policières, judiciaires, politiques. Le tableau est sombre, presque désespéré.


On retrouve le style caractéristique de Carlotto, même s'il est moins prononcé : sec, frontal, avec des phrases courtes et peu de digressions.

On trouve aussi quelques maladresses (la difficulté d'écrire un texte à quatre mains ?). Dommage.
Dommage que l'on devine bien avant la fin qui est le meurtrier, d'autant plus que les auteurs tâchent d'entretenir le mystère.
Dommage que les relations entre la victime et son meurtrier ne soient pas plus développées (pourquoi sont-ils amants, d'ailleurs ?), puisque de là découlent tous les événements ultérieurs, ou presque. 
Dommage, enfin, que le roman manque parfois de vraisemblance et d'intensité, certaines scènes étant littéralement expédiées.


Si Padana City demeure agréable à lire et relativement intéressant par son aspect documentaire, Carlotto nous avait habitués à des romans bien plus forts et aboutis.


Padana City / Massimo Carlotto & Marco Videtta (Nordest, trad. de l'italien par Laurent Lombard. Métailié, coll. Noir, 2008)

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 10:33

"- ... c'est aux magistrats d'émettre la sentence et à l'Etat de l'exécuter. On n'est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l'étoile de shérif sur la poitrine.
- Pourtant, c'est nous autres, les victimes, qui sommes appelées à décider du pardon. 
-Vous n'êtes plus une victime. Vous êtes un malade. Faites-vous soigner."


null1989, une ville du nord-est en Italie. Au cours du braquage d'une bijouterie, une femme et sont fils sont tués. Tandis que son complice réussit à s'échapper, Raffaello Beggiato est arrêté puis condamné à perpétuité (le quotidien routinier du milieu carcéral est d'ailleurs très bien décrit par Carlotto, qui a lui aussi "goûté" aux prisons italiennes).
Quinze ans plus tard, atteint d'un cancer, il envoie une lettre à Silvano Contin, père et mari des victimes, pour lui demander son pardon, ce qui lui permettrait d'obtenir sa grâce et de mourir libre, non sans avoir récupéré sa part du butin...
Silvano refuse. Depuis la mort de sa femme et de son fils, il traverse la vie comme une ombre. Son quotidien n'est plus qu'une succession de gestes mécaniques, de souvenirs douloureux, d'images macabres. Il ne désire qu'une chose : retrouver le complice de Raffaello et assouvir sa vengeance. 
La suspension de peine de Raffaello, imminente, va lui en donner l'occasion. 


Désespéré, dérangeant, parfois poignant, L'immense obscurité... est un bijou (sans mauvais jeu de mots) de roman noir. Très noir. D'une noirceur lumineuse même, tant Carlotto parvient à sublimer les souffrances de ces deux personnages, d'où suintent l'absence d'espoir, la haine, le dégoût de soi et d'où s'échappe encore un mince filet d'humanité.


Construit sur la confrontation entre les deux hommes - tour à tour narrateurs -, ce roman brosse d'eux un fin portrait psychologique, sans concessions ni pathos ; une étude remarquable vu la brièveté du récit qui, par ailleurs, frappe par sa densité et sa profondeur.
Dans un style brut, froid et dur comme la table d'autopsie qui hante Silvano, l'auteur maîtrise admirablement son sujet, une variation sur les thèmes de la vengeance et de la rédemption, où les figures du bien et du mal s'entrelacent subtilement.
Car, dans cette radiographie de la douleur, la victime et le bourreau apparaissent parfois en images inversées, ce qui n'est pas sans heurter notre quiétude et nos certitudes morales.

C'est comme si Massimo Carlotto venait de nous taper sur l'épaule avant de nous balancer un oppercut bien senti ! Précis et puissant. Un double crochet va peut-être suivre : Padana city, écrit à quatre mains, paraît prochainement.


L'immense obscurité de la mort / Massimo Carlotto (trad. de l'italien par Laurent Lombard. Métailié, 2006 ; rééd. 2008, Points Roman noir) ; Prix du roman noir étranger, festival de Cognac 2007

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 00:00

Loriano Macchiavelli, dans la tribu des écrivains italiens de polars, fait partie (avec Scerbanenco, Fruttero & Luccentini entre autres) des éclaireurs, qui dans les années 70 se sont frayés un chemin dans les marais stagnants du roman d'énigme victorien made in England, pour apporter un renouveau au roman noir italien, alors en coma prolongé, à cause notamment des coups portés par la censure d'Etat. 
Ils ont ainsi ouvert la voie à une nouvelle génération d'auteurs, parmi laquelle on trouve un certain Carlo Lucarelli. Né en 1960, ce dernier a déjà publié en France une douzaine de romans - dont des polars pour la jeunesse - et compte parmi les grandes plumes du polar transalpin. Un peu à la manière de Daeninckx chez nous, Lucarelli aime à revisiter des périodes troubles de l'histoire italienne.

Cofondateurs du "groupe 13", avec Marcello Fois, un groupe de réflexion qui réunit quelques-uns des meilleurs écrivains italiens de romans noirs, Lucarelli et Macchiavelli ont aussi en commun d'être nés ou d'avoir vécu à Bologne, où ils situent la plupart de leurs romans. C'est le cas d'Almost Blue, et, comme son nom l'indique, de 
Bologne ville à vendre.

Almost Blue, c'est une chanson reprise notamment par Chet Baker, dont la voix chevrotante et les notes rondes fascinent Simon, un jeune homme aveugle de naissance. Dans un grenier aménagé, entouré d'appareils informatiques, Simon "sent" la ville, en écoutant par scanners interposés les conversations téléphoniques, les appels radio de la police, des taxis, des routiers etc... Aux voix, aux bruits il aime attribuer une couleur, par assonance ou associations d'idées.
De son côté Grazia Nero enquête sur une série de meurtres particulièrement atroces. Toutes les victimes sont des étudiants et semblent avoir été assassinées par le même tueur, en tout cas c'est ce que tente de démontrer l'inspectrice à des collègues sceptiques, voire hilares ("Ha ha ha (...) Nous ne sommes pas en Amérique ici (...) imaginez-vous ce qui arriverait si on répand la nouvelle qu'un maniaque massacre les universitaires ? A Bologne ? Insensé !").
Le tueur, dit "l'Iguane", se dit envahi par une bête affreuse qui le pousse à se réincarner successivement dans chacune de ses victimes, et à emprunter leur apparence physique.

Sombre, dérangeant, ce thriller a l'effet lancinant d'une incantation.
L'écriture poétique de Lucarelli - et notamment ces images autour des couleurs et des sons, qui rappellent ce poème de Rimbaud intitulé Voyelles - tranche avec les événements particulièrement sordides auxquels nous sommes confrontés. Tandis que les différents points de vue du récit - parlant toujours à la première personne, le narrateur est tantôt le tueur, tantôt Grazia ou Simon - nous plongent à chaque chapitre dans une vision, une perception du monde éminemment différentes, entre le cerveau malade de "l'Iguane" et les sensations de Simon...

Un styliste ce Lucarelli. Chez lui, pas de descriptions chirugicales, de détails scabreux. C'est d'abord une ambiance, légèrement oppressante, énigmatique, où affleure une sensualité équivoque, mêlant étroitement les deux figures de la beauté et de la mort.
Et puis il y a Bologne, vénéneuse et secrète, un personnage à part entière du roman : "Elle n'est pas seulement grande, elle est aussi compliquée. (...) Une mairie rouge et des coopératives milliardaires. Quatre types de mafias différentes qui au lieu de ses tirer dessus recyclent l'argent de la drogue dans toute l'Italie. Cette ville est différente de ce qu'elle parait, cette ville a toujours une moitié cachée."


Une ville "où venaient se cacher tous les terroristes dans les années 60"... C'est justement pendant les "années de plomb" que Macchiavelli a choisi de situer Bologne ville à vendre.

 

Comme chez Lucarelli, la Bologne de Loriano Macchiavelli n'a pas grand-chose à voir celle des touristes... 
Fin des années 70. L'hiver arrive, les façades ocres des maisons suintent l'humidité, les pavés luisent sous une pluie fine et continue. Deux jours plus tôt, pendant une manifestation d'extrême-gauche, un notable local a été abattu. Balle perdue ou fusil à lunettes ? Les militants sont bientôt suspectés, d'autant plus que Vincenzo Clodetti appartenait à cette classe bourgeoise et réactionnaire qu'ils haïssent tant.   
L'enquête tombe sur le pauvre Sarti Antonio, qui trimballe sa mauvaise humeur dans les rues mouillées et froides. Un homme singulier ce lieutenant : volontiers bougon, un brin débonnaire, il cultive son addiction au café et des amitiés douteuses, et supporte tant bien que mal la colite qui le fait souffrir depuis son entrée... dans les forces de police ! Il me fait penser à un mélange de Montalbano et de Méndez (le personnage de Gonzalez Ledesma). En tout cas, c'est un personnage célèbre en Italie, qui a même donné lieu à une série télévisée, me semble-t-il.

Le style décalé de Macchiavelli peut dérouter : interpellant sans cesse le lecteur, l'auteur intervient sans cesse dans le récit, prend le lecteur à témoin, parle de son personnage, le questionne...
Il n'empêche qu'on a plaisir à suivre Sarti Antonio dans ses allées et venues qui ressemblent d'ailleurs davantage à une errance qu'à une enquête policière.

Enfin, même si ce n'est pas le principal propos de l'auteur, le lecteur peut se faire une idée du contexte socio-historique des années 70 en Italie, qui furent particulièrement mouvementées et parfois sanglantes.




Almost Blue / Carlo Lucarelli (Gallimard ; coll. La Noire, 2001)
Bologne ville à vendre /
Loriano Macchiavelli (Métailié ; coll. Noir, 2006)

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 18:17


undefinedLuca Barberis est en fuite. Il vient de tuer un homme. Un coup de sang, une pulsion, le geste irréfléchi d’un homme aux abois. Durant sa cavale, qui l’emmène de Milan à Amsterdam, Luca entame une correspondance avec la juge chargée de l’enquête. Sa confession n’a d’autre but que d’expliquer son geste et de découvrir la vérité, puis de se venger de ceux qui l’ont détruit. Rapidement une curieuse relation nait entre l’assassin et « sa » juge ; au fil de leurs e-mails, nous suivons le parcours de Luca et découvrons peu à peu les dessous de la manipulation.


Deux ans auparavant, Luca est encore un brillant informaticien, patron de Titan Informatique, société spécialisée dans l’installation de systèmes de sécurité hyper-sophistiqués. Dans un marché en pleine expansion, le fils d’ouvrier savoure sa réussite, en cédant toutefois aux réflexes du nouveau riche : loft, objets d’art, meubles design…
 
Quand Lajanca père & fils lui proposent un contrat juteux, Luca, malgré quelques clauses suspectes, finit par accepter. Huit mois plus tard, le piège se referme : un virus sabote son programme, le contrat est rompu, Luca ruiné.

Blanchiment d’argent, corruption, cynisme, avidité… À mon juge n’est pas seulement un thriller savamment mené : en pointant l’impunité de sociétés financières occultes profitant du vide juridique et de l’impuissance, de l’inaction du pouvoir politique, le roman fait aussi une critique acerbe des désordres et des leurres du capitalisme mondial, de l’exploitation perpétuelle des plus faibles (un texte qui résonne tout particulièrement d’ailleurs, en ces temps de crise boursière, provoquée notamment par une spéculation effrénée qui repose sur l'endettement et les crédits immobiliers exorbitants des ménages américains les plus modestes).
Une réflexion du narrateur, parmi d’autres :
« Je travaillais plus qu’avant, mais pour mon compte, j’étais mon propre patron. A l’époque, j’aurais dit que c’était un moyen d’échapper à l’aliénation du travailleur au sein du système capitaliste, un moyen de se réapproprier le fruit de son travail ; je sais aujourd’hui qu’il s’agissait seulement d’une concession à l’orgueil de notre génération, au mépris dans lequel nous tenions l’emploi stable de nos pères. (…) Les combats que mène la droite aujourd’hui au nom de la flexibilité du travail ont été remportés depuis des années déjà, depuis qu’ils ont rendu leur profit désirable : non plus des employés, mais de jeunes entrepreneurs, avec l’illusion de pouvoir palper du fric. L’employé se met en arrêt-maladie, part en vacances, réclame ses droits ; le jeune entrepreneur travaille même avec de la fièvre, même en août si le commanditaire le lui demande. Oui, à présent il s’appelle le commanditaire, mais c’est toujours le patron d’autrefois. »


Si Perissinotto n’est pas un grand styliste, son roman est bien maitrisé et prend de l’ampleur au fil des pages, où surgissent des personnages secondaires bien fouillés, où l’on croise les fantômes de Brel et de Simenon (Lettre à mon juge), auxquels l’auteur, fervent francophile, rend un hommage appuyé, ce qui ne gâche rien.
Un polar qui confirme une fois de plus la bonne santé du polar transalpin ; Perissinotto  : un nom à retenir aux côtés des Piergiorgio Di Cara, Sandrone Dazieri, Loriano Macchiavelli, Andrea Pinketts, Massimo Carlotto
 
À mon juge /
Alessandro Perissinotto (Gallimard ; coll. Série Noire, 2007)
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 16:26

Après Ile Noire et L’Ame à l’épaule (chez le même éditeur, Métailié, qui a la bonne idée de mettre en ligne les premiers chapitres), voici le troisième volet des « aventures » de  Salvo Riccobono, inspecteur anti-mafia à Palerme, amateur de rugby et de littérature, trois traits que partage justement son géniteur, Piergiorgio Di Cara.


Salvo, menacé par la mafia, est muté en Calabre, au sein d’un commissariat routinier où il découvre avec surprise qu’aucune enquête en cours ne concerne la ‘Ndrangheta, la mafia locale, et que ses collègues se cantonnent aux affaires mineures – petits trafics, braquages… Une enquête anodine va pourtant les confronter à la puissante organisation.
Di Cara connait bien son sujet ; il décortique les arcanes de l’enquête policière, la vie quotidienne et l’atmosphère d’un commissariat, les différences structurelles entre Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta… Ses observations, ses descriptions donnent à son récit une sorte d’hyper-réalisme.

Mais le plus intéressant dans ce roman est sûrement la figure de l’inspecteur. Non, ce n’est pas le super-héros sans peurs et sans reproches, prêt à affronter le danger menton haut et poitrine offerte. Notre homme est à la dérive, hanté par l’attentat dont il fut victime, trouvant un réconfort passager dans l’alcool ou le sexe éphémère. Il tente de se soustraire à lui-même. Et sa détermination, son courage, son indignation devant la corruption et la violence n’ont d’égal que sa peur, latente, et sa fragilité.
Vous en connaissez beaucoup des polars, où le « héros » chie de trouille avant une intervention ?
Pour finir, on aurait aimé un polar un peu plus dense, avec peut-être moins d’envolées lyriques (le début du roman est un peu verbeux à mon goût), mais Verre froid n’en est pas moins un très bon polar, bien construit et qui dévoile crûment la réalité mafieuse, impitoyable, hyper-violente, cruelle, débarrassée de ses habituels atours romantiques.


Verre froid
/
Piergiorgio Di Cara (trad. de l'italien par Serge Quadruppani. Métailié Noir, 2007)
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