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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 00:00
Si le film d'Elia Kazan (sorti en 1954) avec le "magnétique" Marlon Brando, a (injustement) éclipsé l'oeuvre originale, il faut souligner que Budd Schulberg est un grand écrivain, dont le talent dépasse largement la faible notoriété (je vous recommande particulièrement le recueil de nouvelles intitulé Un homme dans la foule).

Terry Malloy, jeune docker et boxeur raté, est impliqué malgré lui dans l'assassinat d'un collègue, trop bavard au goût de Johnny Friendly (!), un mafieux qui règne en maître sur les docks et les syndicats. Pris de remords, Terry hésite entre se taire et témoigner, comme l'enjoignent le Père Terry ainsi que la soeur de la victime.


Après l'excellent Nuit de fureur, adaptation ô combien réussie du roman éponyme de Jim Thompson, je dois avouer que je suis un peu déçu par celle de Sur les quais.
Peut-être parce que la BD est plus proche du film de Kazan que du roman de Schulberg, justement...

Rien à reprocher au dessin : les docks new-yorkais version années 50 - leur activité fébrile, incessante, le dur labeur des dockers - sont parfaitement rendus par le trait fin en N&B de Van Linthout, qui leur donne un aspect vaguement menaçant et poisseux.

Mais le scénario est un peu léger et ne restitue pas la force et l'humanité que dégagent les personnages dans le roman. L'exemple le plus flagrant est celui du pasteur, héros magnifique, dont le rôle est ici largement amoindri.
Il est vrai aussi qu'adapter sur 80 pages dessinées un roman qui en fait 400 n'est pas chose facile, et qu'on perd forcément en densité.

Malgré tout, Sur les quais vaut un p'tit détour, ne serait-ce que pour cette belle et terrible esquisse de la rue new-yorkaise et les très belles illustrations qui lui redonnent vie.




Lisez cette interview de François Guérif, le directeur de la collection Rivages-Noir, qui parle de cette nouvelle collection et de bien d'autres choses encore...


Sur les quais
/ scénario Rodolphe, dessins Georges Van Linthout, d'après le roman de Budd Schulberg (Rivages/Casterman/Noir, 2008)
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Published by jeanjean - dans polarabulles
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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 00:00

"Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots."
(Alfred de Musset)

Les éditions Rivages et Casterman inaugurent une nouvelle collection : Rivages/Casterman/Noir, qui "se propose de donner un prolongement graphique à la collection [Rivages/Noir, née il y a une vingtaine d'années]" et qui "a pour ambition de réunir les meilleurs dessinateurs et adaptateurs (...), un choix souvent facilité par de véritables coups de coeur, ou "rencontres" entre dessinateurs et auteurs."
Vu la richesse du catalogue de Rivages/Noir (Thompson, Goodis, Hillerman, Oppel pour ne citer qu'eux...), il y a de quoi faire.

D'autre part, cette collection laisse toute liberté aux auteurs concernant le choix de la couleur ou du N&B, le nombre de pages, la façon d'adapter et de traiter l'oeuvre originale... Chose plutôt rare dans l'édition de bandes dessinées si l'on excepte la (bien nommée) collection Aire libre.

Sont ici réunis, autour du roman du grand Jim Thompson, Nuit de fureur, le scénariste Matz et le dessinateur Miles Hyman. Le premier baigne déjà dans l'ambiance polar puisqu'il est l'auteur des séries BD Le tueur et Du plomb dans la tête. Tandis que le second - qui publie surtout pour la jeunesse - a adapté notamment Joseph Conrad (chez Futuropolis).


Années 1940. Carl Bigelow, alias Little Bigger, célèbre tueur à gages, débarque à Peardale, ville tranquille de l'Amérique profonde, pour éliminer Jake Winroy, un "repenti" qui s'apprête à témoigner à un important procès mettant en cause un ponte de la mafia new-yorkaise.
Bien-sûr, rien ne va se passer comme prévu. Entre la méfiance de Winroy, sa (jolie) diablesse de femme et les manigances de la pègre, notre tueur n'est pas au bout de ses peines.
Heureusement il y a Ruth, unijambiste mélancolique en qui Little voit son alter ego et peut-être même son Salut.

Magnifique et charismatique personnage que Little Bigger, petit bonhomme d'aspect juvénile, atteint de tuberculose, dont l'immense lassitude, le désespoir latent et l'idée de rédemption sont éminemment "thompsoniens". 
Comme souvent chez Thompson, digne héritier des tragédiens grecs (et de Faulkner), les êtres sont en sursis, poussés par une force irréversible vers un destin funeste, où dominent la désolation, le sexe triste, la folie...

C'est beau, sombre, poignant. Et magnifié par l'excellent travail de Matz et Hyman : bien découpé, le scénario n'omet aucun des moments forts du roman, auquel il reste fidèle. Les illustrations sont superbes : le dessin épuré, très graphique, aux teintes mates tirant vers l'ocre, le beige, le jaune-brun, renforce l'impact visuel et se prête bien à l'univers de l'écrivain.
Vraiment, une belle réussite. Même si le dénouement - hallucinant par ailleurs - est un peu rapide à mon goût.





Nuit de fureur / scénario Matz, dessins Miles Hyman, d'après le roman de Jim Thompson (Rivages/Casterman/Noir, 2008)

PS : sont parus simultanément à Nuit de fureur trois autres adaptations : Sur les quais de Budd Schulberg (on en reparle sous peu), Pauvres zhéros de Pierre Pelot et Pierre qui roule de Westlake.

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Published by jeanjean - dans polarabulles
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