...un blog consacré au polar en général et au roman noir en particulier. Yann Le Tumelin
"Pourquoi ne peuvent-ils pas raconter les choses sans toutes ces fioritures, sans tout ce verbiage..." (p.162)
Je me souviens avoir beaucoup apprécié Je suis un écrivain frustré, le premier roman de Manas paru il y a quelques années, alors qu'il n'avait que vingt ans !
A travers l'histoire d'un professeur d'université qui vole le manuscrit d'une de ses élèves et connait un succès phénoménal, Manas brossait un tableau féroce du microcosme littéraire et éditorial, avec verve et drôlerie.
Satire qu'il poursuit dans L'affaire Karen, où il décortique un petit monde intellectuel replié sur lui-même, calculateur, frivole, narcissique.
Mais Je suis un écrivain frustré, petit bijou d'humour noir, est aussi léger et pétillant que L'affaire Karen est indigeste.
Karen del Corral, coqueluche des Lettres, organise une grande fête chez elle. Le lendemain matin, on découvre son cadavre, gisant sur le trottoir.
Deux inspecteurs chargés de l'enquête interrogent les invités, ainsi que ses proches.
Chacun prend tour à tour la parole et reconstitue peu à peu la vie et la personnalité de Karen, pour nous donner un récit en forme de kaléidoscope, un procédé original et sensé donner du rythme au récit, mais dans lequel s'embourbe complètement l'auteur.
Manas se perd, et nous avec, dans le dédale de son propre labyrinthe narratif, multiplie les digressions oiseuses, nous présente des personnages sans relief, qu'on ne parvient jamais vraiment à "fixer" ni à relier les uns aux autres. Y compris l'auteur lui-même qui se met en scène et interprète son propre rôle, dans une sorte de mise en abîme qui n'apporte strictement rien, si ce n'est de la confusion.
Enfin, le style, particulièrement verbeux, laborieux, maladroit, alourdit encore une intrigue dont on a toutes les peines du monde à entrevoir le dénouement, décevant et convenu comme le reste.
L'affaire Karen / José Angel Manas (Caso Karen, trad. de l'espagnol par Jean-François Carcelen et Juan Vila. Métailié, Noir, 2008)