...un blog consacré au polar en général et au roman noir en particulier. Yann Le Tumelin
Troisième opus de la série Michael Forsythe, ancien voyou/affranchi/contractuel du FBI imaginé par l'irlandais Adrian McKinty, Retour de flammes fait suite à A l'automne je serai peut-être mort et Le fils de la mort (prochainement réédité en Folio policier) - que je n'ai pas lus, je précise.
Depuis qu'il a témoigné contre la mafia une dizaine d'années plus tôt, Forsythe a beaucoup voyagé grâce au FBI et un programme de protection des témoins.
Il se trouve à Lima, chargé de la sécurité d'un grand hôtel, quand deux balèzes lui tombent dessus. Mais ô surprise, au lieu de lui coller une balle dans la tête, ils lui collent un téléphone dans la main. Au bout du fil, Bridget Callaghan, une vieille connaissance et la grande prêtresse de la pègre bostonienne qui a placé un contrat sur sa tête depuis que Michael a tué son petit ami. Désespérée, elle le supplie de rentrer en Irlande pour l'aider à retrouver sa fille disparue, en échange d'une ardoise toute propre.
Forsythe craint un piège mais se laisse séduire par Bridget et la possibilité d'une vie normale après toutes ces années de cavale. Il débarque donc à Belfast, où il a grandi, en pleines festivités du Bloomsday - du nom de Léopold Bloom, le personnage de James Joyce dans Ulysse qui se déroule à Dublin le 16 juin 1904 - et s'apprête lui-même à vivre une folle journée - nous sommes le 16 juin 2004 -, disons un peu plus... musclée : parodie sans prétention et sympathique hommage au chef d'oeuvre de la littérature irlandaise.
L'ennui, c'est que la terre entière semble lui en vouloir, à commencer par la mafia, l'IRA et un tas de p'tits truands. Mais il a la peau dure le bonhomme, et s'il est doué pour s'attirer les ennuis, il parvient toujours à s'en tirer à peu près entier. A la fin du récit, Forsythe aura survécu à plusieurs tentatives d'assassinat, un accident de voiture, des agressions au démonte-pneu, au fusil-mitrailleur, et même au... lance-grenade !, tout en zigouillant au passage un certain nombre de méchants garçons.
A croire que les irlandais ont le chic de nous pondre des personnages complètement déjantés - là je pense à Ken Bruen ou Hugo Hamilton. Dur-à-cuire bravache et frondeur, toujours une bonne vanne en réserve (de préférence pour les situations désespérées), Forsythe n'en est pas moins un homme impitoyable qui n'hésite pas à tuer de sang-froid. Un personnage plus complexe qu'il n'y paraît et auquel on s'attache avant même de s'en rendre compte.
Côté intrigue, rien que de très banal, mais efficace, d'autant plus que McKinty démarre sur les chapeaux de roue et multiplie les péripéties et retournements de situation, ménageant plutôt mollement le suspense - mais c'est secondaire - et digressant à notre grand plaisir pour mieux nous parler, sur un ton ironique mais dénué de nostalgie, de son île, du caractère et des moeurs de ses compatriotes, du nouveau Dublin remodelé à coup de fonds européens et de parcours touristiques, de Belfast et des stigmates de la guerre civile, de la haine et du ressentiment qui couvent.
Retour de flammes est un curieux mélange, assez détonnant je dois dire, et très réussi, entre une bonne dose d'humour, une mise en scène digne d'une série B avec pétards, courses poursuites et gros dégâts, et, surtout, le talent de conteur et de dialoguiste de McKinty. Tout à fait recommandable, donc.
Retour de flammes / Adrian McKinty (The Bloomsday dead, trad. de l'anglais par Patrice Carrer. Gallimard, Série noire, 2009)