...un blog consacré au polar en général et au roman noir en particulier. Yann Le Tumelin
Kansas, début des années 1870. La petite ville de Cottonwood connaît une expansion sans précédent grâce à l’arrivée du chemin de fer et aux investissements de l’entreprenant Marc Leval, installé en ville depuis peu avec son épouse Maggie.
Ils se lient bientôt d’amitié avec Bill Ogden, le tenancier du saloon amateur de photographie et de langues anciennes. Ce dernier n’est pas insensible au charme de Maggie ; un sentiment réciproque qui va précipiter les événements : au cours d’une chasse à l’homme - on a découvert que les Bender ont assassiné et détroussé plus d’une douzaine de voyageurs -, Bill tire sur Leval et le laisse pour mort avant de s’enfuir avec sa femme.
Quinze ans plus tard, il revient en ville à l’occasion du procès des deux femmes du clan Bender.
A travers l’histoire véridique des Bender - L’Auberge rouge version yankee -, Scott Phillips, après La Moisson de glace et L’Evadé, continue de revisiter son Kansas natal, cette fois en explorant des mythes de l’Ouest et de la Frontière, parmi lesquels, bien-sûr, le chemin de fer, le saloon, le bordel, sans oublier les pendaisons expéditives et les poursuites à cheval dans l’immense Prairie.
Si ce roman n’est pas dépourvu d’une certaine ampleur, il ne possède pas cependant cette force d’évocation qu’on retrouve par exemple dans les westerns d’Elmore Léonard.
A moins, ce qui est fort probable, qu’il ne fasse tout simplement pas écho à notre propre vision du Far West, élaborée depuis notre enfance à partir des films de Sergio Leone, de Lucky Luke, Blueberry ou encore des Mystères de l’Ouest. Autrement dit, un agrégat d’idées préconçues et réductrices, des lambeaux de mythologie qui recouvrent sûrement très mal la réalité et la complexité de cette époque.
Enfin, si Cottonwood souffre de quelques longueurs - en particulier dans la première moitié du roman-, Scott Phillips retrouve ensuite une plume alerte et nerveuse pour nous offrir un bon divertissement qui prend parfois l’allure d’un récit picaresque.
Cottonwood / Scott Phillips (trad. de l'américain par Patrice Carrer. Fayard Noir, 2008)