...un blog consacré au polar en général et au roman noir en particulier. Yann Le Tumelin
Dawn, 9 ans, voit défiler les hommes dans le lit de sa mère clic elle préfère la compagnie de son père, Jeff Mican, artiste-peintre dont les dessins mettent en scène des enfants dans des postures disons... choquantes ("Mes yeux ils avaient jamais maté un truc pareil. La première fois, j'vais pas te mentir, hein, j'ail dégueulé direct comme une gonzesse.") clic Caroline Powell, relations publiques, prend en charge sa carrière clic c'est Joey Spitfire qui l'a mis sur le coup clic Spitfire, détenu n°250624, est aussi le rédacteur de la revue underground Psychobilly Freakout clic Jeff part en virée avec sa fille clic il est bientôt poursuivi pour pédophilie et enlèvement clic clic
"... alors cliquez ou quittez."
Quelques personnages parmi d'autres dont les vies vont se télescoper dans une Amérique post-11/09 traumatisée.
Voilà un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Dès les premières pages (que vous trouverez ici, lues par l'auteur himself, en anglais), vous serez, au choix :
1/ enthousiasmé par cette magnifique invocation pleine de bruit et de fureur.
2/ littéralement écoeuré par cette copieuse diarrhée verbale.
Pour ma part, j'ai d'abord cliqué sur 1/ avant, il est vrai, de m'enliser peu à peu dans ce polar marécageux (de l'âme) qui ne manque pourtant pas d'atouts, en premier lieu desquels le personnage de Dawn, terriblement attendrissant.
Roman choral et incantatoire, qui nous offre quelques portraits croisés de toute beauté, écrit d'une traite, un long jet qui ne manque pas de puissance narrative, certes, mais qui s'éparpille aux quatre vents - pour faire écho au désordre mental des personnages et de l'Amérique toute entière ? C'est le grand reproche que je fais à l'auteur : il tient entre ses mains une lance à incendie qu'il ne parvient pas à maitriser complètement.
Et puis Nathan Singer en fait parfois trop, ses personnages semblent surjouer, jusqu'à rendre certaines scènes improbables ou grotesques. Pour leur donner plus de force ? Ou pour désamorcer, justement, la grenaille d'angoisse et de malaise qu'il vient de nous balancer ? Je m'interroge.
De la même façon, il multiplie les effets de style (répétitions, phrases hachées, mots solitaires coincés entre deux points...) qui s'avèrent parfaitement superflus et cassent le tempo narratif. On écoutait du be-bop, et soudain il nous joue du free.
Pour résumer, j'ai été à la fois conquis, agacé, déçu, voire dubitatif. Difficile donc d'avoir une opinion tranchée sitôt le roman terminé mais, après quelques jours, je dois avouer que le charme qui émane de ces pages s'est lentement évaporé. Mais qui sait ? Leur parfum (musqué) vous collera peut-être à la peau.
Vous trouverez un dossier (interview, vidéos...) consacré à Nathan Singer sur le site de Moisson Rouge.
Prière pour Dawn / Nathan Singer (A prayer for Dawn, trad. de l'américain par Laure Manceau. Moisson rouge, 2008)