...un blog consacré au polar en général et au roman noir en particulier. Yann Le Tumelin
On connaît les sud-africains Deon Meyer et L.F. Despreez, le sénégalais Abasse Ndione, le malien Moussa Konate (dont un nouveau roman doit sortir le mois prochain) ainsi que l'algérien Yasmina Khadra et son commissaire Llob. J'en oublie certainement, mais toujours est-il que les auteurs africains de polars ne sont guère nombreux.
On peut désormais ajouter Kwei Quartey, jeune médecin ghanéen désormais installé aux Etats-unis et auteur d'un bon premier roman.
Darko Dawson, inspecteur de la police d'Accra, est chargé de se rendre à Ketanu, un village éloigné au bord de la Volta - en pleine brousse, pour le coup - afin d'élucider le meurtre d'une jeune étudiante qui participait à un programme de lutte contre le sida.
Une enquête particulière pour lui, puisque Ketanu est aussi le village natal de sa mère, disparue 25 ans auparavant dans des circonstances jamais éclaircies.
On repère assez vite les fausses pistes de l'auteur, qui reprend les schémas classiques du roman policier, mais comme souvent avec le polar, l'intérêt est ailleurs. Loin de tout pittoresque, Quartey dresse un tableau en clair-obscur de la société ghanéenne et nous donne un bon aperçu de la vie quotidienne d'un pays tiraillé entre des pratiques ancestrales et l'avènement d'une certaine modernité. En abordant les questions de la polygamie, des liens familiaux, du sida, de la condition des femmes, ainsi que du poids des traditions et des superstitions.
D'ailleurs, Dawson est lui-même le fruit de cette société en pleine mutation. Quand il règle seul et à sa manière un problème domestique sans en discuter avec sa femme, celle-ci lui rétorque : "Tu es censé être un homme moderne et progressiste, en faveur de l'égalité des femmes, tout ça, mais, en fin de compte, est-ce que ce n'est pas cette bonne vieille phallocratie qui pointe le bout de son nez ?".
Un style direct, léger et sans fioritures stylistiques pour une intrigue policière simple et efficace, des personnages bien campés : il n'y a pas grand-chose à reprocher à ce polar, sans grande prétention sur le plan littéraire certes, mais dépaysant, intéressant et agréable à lire. On poursuivra avec un certain plaisir cette exploration de la société ghanéenne, microcosme de l'Afrique noire.
Épouses et assassins / Kwei Quartey (Wife of the Gods, trad. de l'anglais (Ghana) par Michèle Valencia. Payot suspense, 2009)