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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 00:00


nullR&B, c'est un peu Ed McBain revu et corrigé par les Marx Brothers. Et s'il s'est certainement inspiré des enquêtes du 87ème district, Bruen rajoute quelques ingrédients de son cru : un brin de folie, un zeste de dérision et un goût pour la caricature poussé jusqu'à l'extrême.

Ses personnages de flics, par exemple, sont de vrais stéréotypes : hormis Roberts & Brant, on trouve un homosexuel, une Noire, un chef aussi stupide qu'exécrable... Original, non ?
Le truc, c'est que Bruen joue si bien de ces clichés qu'il nous amuse aussi, sans toutefois tomber dans la parodie ni se prendre trop au sérieux.

Et puis on se tord de rire à chaque page ou presque, sous les coups d'éclat-de folie-de sang des deux zigotos et les répliques savoureuses dont nous régale l'auteur.

Si Roberts est encore à moitié fréquentable, Brant a vraiment tout du sale enfoiré : un franc-tireur cynique, je-m'en-foutiste et misanthrope, à moitié véreux, qui terrorise autant ses collègues que les truands londoniens. 
Mais encore une fois, Bruen retourne la situation à son avantage : oscillant entre le drôle et le féroce, il fait de Brant un être aussi méchant qu'attachant ; et qui s'avère un personnage plus complexe que ne le laisse paraitre au premier abord le bloc monolithique façonné sommairement par Bruen.


Côté intrigues, ça a tendance à s'amenuiser entre le premier et le dernier de la série, et c'est peut-être le danger qui guette l'auteur : négliger l'intrigue au profit des seuls personnages. On verra.
En attendant, les enquêtes sont autant de prétextes à foutre le bordel et à regarder ensuite ce petit monde s'agiter : rançonneurs amateurs poseurs de bombes, milice aryenne d'autodéfense, mouchards, petites frappes toutes pointures, hiérarchie excédée, et au milieu de tout ça nos deux compères Roberts & Brant, sortes de Starsky & Hutch passés du côté obscur de la Force.


Décapant, désopilant, politiquement incorrect ; voilà ce qui me vient à l'esprit à la lecture de R&B, qui peut évoquer des choses graves sans se prendre au sérieux. Ca a l'air simple mais c'est plus rare qu'on ne pense.

Alors, c'est sûr, si vous avez du mal à amortir le choc de la rentrée et la tristesse des jours raccourcisssant à vue d'oeil, plongez-vous dans R&B, ça devrait vous faire le plus grand bien. 
Respectez tout de même la posologie : pas plus d'un Bruen/semaine, où vous pourriez ressembler dangereusement à Brant, humilier vos collègues, négliger votre femme et envoyer votre chef se faire f..... !


Vixen / Ken Bruen (Vixen, trad. de l'anglais (Irlande) par Daniel Lemoine. Gallimard, Série noire, 2008)
& Le Gros Coup (Gallimard, Série noire, 2004 ; rééd. Folio policier, 2005)

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Published by jeanjean - dans irlande
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commentaires

kristian braz 03/09/2009 11:32

Bruen c'est comme le Fernet-Blanca. Un ça passe… et Taylor le Galwégien devient vite assommant. Mais je ne connais pas les autres, je vais donc lire R&B. Bravo pour le site.

jeanjean 03/09/2009 16:59



Merci.
...j'aurais dit la vodka, me concernant, et j'suis d'accord avec toi ! d'ailleurs, je préfère de loin la série R&B à celle de Jack Taylor. Tu me diras ce que t'en penses.



cynic63 09/02/2009 15:14

Je ne connais que les volumes consacrés au Jack Taylor. Même si on peut parfois penser que Bruen risque de tomber dans les poncifs comme tu dis, il se sort de tout ça grâce à l'humour qui transparaît à travers les pages. Après sur la longueur, il faudra voir...

jeanjean 09/02/2009 18:19


C'est vrai que son humour corrosif est un régal, même si ça sauve parfois un peu les meubles (et les intrigues pauvres).
Faut voir sur la longueur, comme tu dis, et j'suis déjà en train de me faire une idée avec Cauchemar américain, son p'tit dernier. A suivre...


Eireann Yvon 22/09/2008 22:32

Je suis un inconditionnel de Jack Taylor, mais moins de R&B.
Yvon

jeanjean 14/09/2008 23:13

Oui, c'est exactement ça, "un exercice de haute voltige entre l'humour et la noirceur". Et c'est assez impressionnant, d'autant plus qu'il est réalisé avec une (apparente) forme de désinvolture. Ca semble facile, quoi, vite torché. Du coup, j'me demande si Bruen est vraiment "facile", s'il a trouvé son style et que désormais ça coule de source ; ou bien si ces (courts) romans demandent un travail énorme et fastidieux pour parvenir à cette apparente simplicité...
Quant à la série des Jack Taylor, je trouve que Bruen ne parvient pas à transcender les poncifs (ne serait-ce que le privé alcoolique et débonnaire) avec le même talent que dans R&B. Du coup, je trouve cette série plus convenue. Mais je vais quand même lire le prochain, pour voir si l'impression est la même...

Jean-Marc Laherrère 14/09/2008 19:22

C'est marrant il y a les inconditionnels de Jack Taylor, et ceux de R&B.
Et puis il y a les accros complets, les junkies, qui sont Bruen addict, et qui aiment tout, comme moi.
Mais j'avoue que de plus en plus, l'exercice de haute voltige entre la noirceur et l'humour de cette série me fascine et m'emballe.

Ceci dit, je vais me précipiter sur le nouveau JT.

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