« Je suis du genre angoissé. Je peux énumérer quelques raisons : la présence fantasmagorique de mon frère jumeau Rômulo, mort deux jours après l’accouchement et qui m’a
transformé en éternel deux-en-un ; les querelles avec mon géniteur, le brillant criminaliste et piètre père Tùlio Bellini ; une carrière d’avocat ratée ; un mariage terminé ; une tendance
incontrôlable à la mélancolie… »
Voilà, vous avez fait connaissance avec le détective brésilien Rem
o Bellini, le narrateur et personnage principal de ce polar dont l’intrigue se déroule à Rio et à Sào
Paulo. Une occasion de voir à quoi ressemblent un peu les rues et les bas-fonds des métropoles brésiliennes (ce qui nous change un peu des trottoirs de Los Angeles, New York ou Washington…) et
des bipèdes qui les peuplent. Car Tony Bellotto nous offre une formidable palette de seconds rôles et a l’art de brosser en quelques touches le portrait fidèle de ses personnages, qui sont
souvent des êtres malmenés, aux trajectoires incertaines.
Et il raconte bien les histoires ce Bellotto ! : la langue est précise, les dialogues incisifs, le récit est bien construit, ponctué de répliques savoureuses, drôles, émouvantes…
Voilà pour l’action :
Bellini est confronté à deux affaires (non non, cette fois les deux histoires n‘en font pas qu‘une !) : le meurtre d’une jeune fille dans son collège, qu’on a collé un peu trop facilement sur le
dos de son petit ami et, d’autre part, la recherche d’un manuscrit perdu de Dashiell Hammett. Clin d’œil de l’auteur au polar
hardboiled (littéralement : « dur-à-cuire ») et hommage au genre à travers son héros, détective à l’ancienne, instinctif et
bravache. Mais contrairement aux « blocs » que sont Marlowe ou Spade, Bellini laisse entrevoir de nombreuses failles, des maladresses, des incertitudes et nous le suivons avec plaisir
dans ses déambulations mentales, ses questionnements sur les femmes, le sexe, ses rapports aux autres… Quand Bellini rencontre son collègue américain, cartésien jusqu’aux bouts des doigts et
adepte d‘une approche scientifique dans la résolution d‘affaires, nous le voyons légèrement complexé, maladroit, bougon, autant de petits traits qui nous rendent ce personnage profondément
attachant et qu’on a hâte de retrouver dans un prochain roman.