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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 00:00

Play Misty for merépète inlassablement Jessica Walter à Clint Eastwood dans le film éponyme (Un frisson dans la nuit, en version française), avant de l'entraîner dans sa folie meurtrière.

Habile variation (et autre conclusion) autour du même thème, Lazy Bird est le huitième roman - premier publié en France - de l'auteure québécoise Andrée Michaud.


Lazy BirdBob Richard a traversé la frontière du Québec pour s'installer à Solitary Mountain, une petite ville du Vermont, où il a été engagé comme animateur de nuit par une radio locale.
Richard est un type solitaire au passé douloureux, ayant toujours vécu un peu en marge, peut-être pour fuir le regard insistant des gens, intrigués par cet homme à la peau si blanche. Pas de famille ni de véritable ami, si ce n'est le souvenir d'un chien. Aucun dépit chez lui. Il vit comme il l'entend, et puis de toute façon il ne peut rien contre son albinisme.

"Play Misty for me, Richard". Lorsque qu'une femme lui demande de jouer le standart d'Erroll Garner, il pense d'abord à une blague, mais la voix qu'il vient d'entendre n'est "pas celle d'une fille qui plaisante".
Menacé, épié, Richard commence à paniquer.
Qui est Misty ? June, Freda, Sally, Elsie, Tina, Sarah ? Laquelle est-ce, parmi toutes ces femmes maladivement seules de Solitary Mountain, dont on ne sait jamais jusqu'à quelles extrémités vont les pousser leur chagrin, leur ressentiment et leur frustration ?



Si Lazy Bird ménage le suspense et fait monter graduellement la tension jusqu'à l'accélération finale, on se laissera plutôt porter par la voix et le débit d'André Michaud, qui aux raccourcis habituels du page-turner préfère emprunter les méandres et les longues boucles, multipliant descriptions et digressions, s'attardant sur le ressenti et les pensées des personnages, flânant au bord d'une rivière, évoquant telle chanson ou tel film. 

On prend le temps d'humer l'atmosphère confinée de la petite ville, de faire connaissance avec ses habitants, avec sa faune (dont un mystérieux chevreuil, albinos lui aussi), de rencontrer quelques beaux personnages, comme Charlie the Wild, un ermite ("...l'être le plus civilisé qu'il m'ait été donné de rencontrer") tout droit sorti d'un roman de Jim Harrison, ou Lazy Bird, la jeune protégée de Richard, qui a "appris à vivre en donnant des coups de griffes ou des coups de pied pour se réfugier aussitôt dans une espèce de Disneyland où Donald Duck écoutait du Led Zeppelin en déjeunant."

Alors, selon ses goûts ou son humeur du moment, on soupirera d'impatience ou on se laissera bercer par son flot de paroles, au rythme de la musique, omniprésente, celle des Doors, et du jazz surtout - Charlie Parker, John Coltrane et beaucoup d'autres.


Dans tous les cas, le roman d'Andrée Michaud nous rappelle aussi qu'en matière de polar, le Québec a de beaux (et trop méconnus) arguments à faire valoir. Et quand ils sont de cette qualité-là, on en redemande.


Lazy Bird / Andrée A. Michaud (Québec Amérique, 2009. Seuil, 2010)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Mimo 26/11/2010 17:53


J'ai rencontré la miss au festival de Paris. Depuis c'est ma petite star ! Belle, rieuse et simple. Je craque !
On en parlé de son écriture, comment elle fait pour écrire comme un homme. Elle m'a dit qu'elle était un homme dans sa tête et que pour elle sa avait rien d'extraordinaire. je l'ai lu aussi dans
des interviews qu'elle a donné.
Je crois que si son livre est si bon, c'est juste parce qu'il est intelligent. ça fait une grande différence des fois.
C'est la première fois que je lis un roman sur l'homosexualité aussi vrai. Et si c'est un polar c'est encore mieux !! J'en avais marre, pas grand chose à se mettre sous la dent, Hervé Claude c'est
pas super, enfin, allez je le dis, c'est nul...


jeanjean 27/11/2010 00:35



Ok, je pige mieux. Et j'ai pris aussi plaisir rencontrer l'intéressée à Paris, quelqu'un d'intéressant, de simple, oui.
Pas évident des fois d'enchaîner après un bouquin qu'on adoré, tout paraît fade. J'sais pas, si je peux te donner un conseil, essaye quelque chose de complètement
différent, un James Grady sur la CIA, ou un Qiu Xiaolong en Chine ! Ou des nouvelles, oui c'est parfait les nouvelles... @+



Mimo 25/11/2010 21:53


De toute façon dans les auteurs féminins du moment la meilleure c'est Di Ricci. Bon d'accord c'est plus un mec qu'une nana dans la tête. ça empêche pas que ça soit la meilleure.


jeanjean 26/11/2010 11:30



Salut,
Un grand fan, on dirait ! Je ne sais pas ce qu'elle est dans sa tête - et je préfère ne pas m'aventurer sur le terrain psychanalytique... - mais j'ai aussi
beaucoup aimé son roman, un ton, une sorte de sincérité, une façon de raconter "au raz du bitume" mais sans trivialité, je ne sais comment dire...



Paul Maugendre 25/11/2010 17:53


Je voulais écrire Citée bien évidemment. Je ne comprends pas, parfois mon clavier n'écrit pas ce que je lui demande de faire


jeanjean 25/11/2010 19:05



ça m'arrive sans arrêt, ces p'tites désobéissances, avec mon clavier, mon teléphone, ma fille... ! @+



Paul Maugendre 25/11/2010 17:52


Il y a aussi, mais Richard la cotée Chrystine Brouillet qui a eu quelques romans édités en France, notamment chez Denoël
Amitiés


jeanjean 25/11/2010 18:59



Merci pour l'info, je note (en attendant d'aller faire un tour à la librairie du Québec un de ces quatre). Amitiés.



yossarian 24/11/2010 17:47


Je l'avais repéré en librairie celui-ci. J'attendais quelques retours avant de me décider. C'est fait et je ne te félicite pas (enfin, mon porte-feuille, je veux dire).
C'est moi, où les auteurs féminins de roman noir publiés au Seuil sont plus convaincants (je pense à Anne Secret également) que ceux émargeant chez Gallimard (si l'on fait exception de Dominique
Manotti) ?


jeanjean 24/11/2010 20:22



aïe, désolé pour tes finances^^, sinon une médiathèque bien fournie près de chez toi peut-être... J'ai vu d'autres avis positifs sur ce roman, du côté de K-libre et
du site Le vent sombre, il me semble.

Pour ce qui est des auteurs féminins "du moment", je n'ai pas non plus été très convaincu par Ingrid Astier ou Elsa Marpeau à la SN (bon, ça n'a rien à voir avec le
fait que ce soit des filles, je précise !)
Je n'ai pas encore lu Anne Secret, et tu n'es pas le premier à m'en parler, alors il va falloir que je me dégote celui-là - Les villas rouges, je
crois. @+



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