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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 00:00

Considéré par les amateurs comme une figure de la SF actuelle (cf par exemple le n°61 de la revue Bifrost), Thierry Di Rollo fait une incursion dans le polar, tout en nous projetant dans un futur proche.

Préparer l'enfer2022, second tour des élections présidentilles. Les sondages donnent vainqueur Saulnier, du parti d'extrême-droite Le Franc, devant Mautremont, le candidat sortant social-démocrate.

Le dénommé Mornau n'a aucun doute sur l'issue du scutin. Il connaît l'avenir, il y a contribué. C'est ce qu'il est en train d'expliquer au "petit inspecteur" qui vient de l'arrêter sans qu'il n'oppose de résistance. Son enrôlement au Franc comme porte-flingue, le maniement des armes, son apprentissage auprès de Brunard, la tête pensante du parti. La façon dont les idéologues du parti ont manoeuvré pour s'emparer du pouvoir, provoquant successivement l'échec du "Petit" puis d'une gauche timorée.


Comme tout roman d'anticipation sociale, Préparer l'enfer décrit un futur éventuel en s'appuyant sur le présent. Une façon pour Di Rollo de nous alerter concernant la propagation de la vidéo-surveillance (qui trouve habilement son apogée à la fin du roman, quand c'est l'individu lui-même qui épie et dénonce son voisin), la lente érosion des libertés individuelles, et surtout la banalisation de l'extrême-droite.

Banalisation en bonne marche d'ailleurs, il suffit d'observer comment, depuis quelque temps, la Présidente du Front national gagne en respectabilité parmi les médias et la population, comment elle polit son image de présidentiable, en signifiant son exclusion à un jeune conseiller du parti pris en flagrant délit de salut nazi ou en déclarant personæ non gratæ les skinheads pour le cortège du défilé du 1er mai.

Di Rollo approfondit encore sa réflexion, et développe un concept tout à fait intéressant de "démocratie ajustée" : "Réduire les libertés progressivement et, en même temps, ne jamais compromettre l'esprit de contestation, le laisser vivre pleinement. Les masses laborieuses, ou plutôt ce qu'il en reste, continuent de protester, de réclamer le maintien de leurs droits, sans se rendre compte un seul instant que ces mêmes droits s'amenuisent par petites touches, à la faveur de réformes a priori indépendantes, mais finalement conjuguées. Réduire la liberté, donner l'illusion qu'elle est intacte parce qu'on peut encore se battre pour la conserver, lier ce bouillonnement social avec la coercition et la culture de la peur. Et la paranoïa sécuritaire. Vous comprenez ?"



Reste que la trame romanesque est aussi mince qu'un bulletin de vote (certains épisodes - la jeunesse morne de Mornau, son amour à sens unique pour une voisine, leurs jeux dangereux - n'apportant que peu de matière et de sens), et laisse finalement place à un roman à thèse. Roman salutaire, néanmoins.


Préparer l'enfer / Thierry Di Rollo (Gallimard, Série Noire, 2011)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Frédéric 19/05/2011 08:50


Salut Yann,
Acheté Dimanche au Divan (librairie du XVe, très bonne d'ailleurs), et déjà lu. Je lui trouve des longueurs à ce livre, malgré son épaisseur limitée. Et c'est assez marrant, parce que la phrase que
je retiens du roman, c'est celle que tu cites dans ton article ! C'est lisible, mais pas folichon, je suis très déçu par la trame et un peu également par le style. As-tu lu le syndrome de
l'éléphant ? Est-ce mieux ? Je serais prêt à donner une seconde chance à Di Rollo...


jeanjean 19/05/2011 14:20



Salut Frédéric,
non, pas lu Le syndrôme de l'éléphant (un rapport avec le PS ?! :-) ), Préparer l'enfer est le premier de Di Rollo que je lis. J'ai vu que son dernier roman,
Bankgreen, recueillait pas mal de suffrages.  



yossarian 02/05/2011 08:10


J'ai trouvé le roman convaincant. L'anticipation à court terme est un exercice difficile, propice à la caricature. Je trouve que Thierry Di Rollo s'en sort très bien. Certes, on peut juger la part
romanesque un peu mince. Mais, j'ai la faiblesse de croire que les quelques informations distillées sur le passé de Mornau, contribuent à donner de l'épaisseur au désert affectif de sa vie,
parfaite illustration de la banalité du mal.


jeanjean 02/05/2011 10:33



D'accord avec toi pour dire que Di Rollo s'en tire bien, globalement. En ce qui concerne le passé de Mornau et ses amours contrariés
censés illustrer le "désert affectif" de sa vie et par extension sa propension à la violence, je comprends effectivement le cheminement, mais le raccourci est grossier. J'aurais préféré que
l'auteur se dispense de toute psychologie, ou qu'a contrario il prenne le temps de densifier son propos. Bref, je trouve qu'il se montre trop lapidaire et maladroit, pour que ces quelques
vignettes sur la personnalité du personnage ressemblent à autre chose qu'un vernis de psychologie appliquée.



Alex 01/05/2011 11:50


Bonnes précisions ( davantage aguichantes ) !
Je verrai ça à la lecture alors ( Merkiii ! )


jeanjean 02/05/2011 09:54



Je t'envoie ça cette semaine.



Alesque 01/05/2011 10:03


Mouuuuais....
A vue de nez, je ne vois pas trop le "salutaire" dans ce que tu évoques de ce bouquin si on met en perspective son futur lectorat. Son approche me paraît peut-être ( à vue de nez encore ) un brin
caricaturale... La réalité étant bien plus perverse.

Quant à sa définition de "démocratie ajustée"(?), je trouve qu'elle convient parfaitement à la plupart des démocraties occidentales actuelles ( et passées ) et particulièrement ( et
désespérément... ) à cette "fin" de 5ième république française


jeanjean 01/05/2011 11:17



salutaire parce que c'est un bon exercice de décryptage. Et la réalité qu'il décrit est extrêmement perverse. Quant à la "démocratie ajustée", ce
n'est pas un truc que l'auteur fantasme dans son trip futuriste, c'est justement censé éclairer ce qui se passe plus ou moins aujourd'hui.
Bref, pas caricatural, mais simplement un roman à thèse (sans que ce soit forcément péjoratif, d'ailleurs) ou anti-thèse pour peu que ça ait un sens, où au bout du compte la fiction occupe peu de
place. Allez, je te l'envoie ! ^^



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