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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 23:00
La Tengo éditions, jeune maison d'édition, a lançé l'année dernière la série "Mona Cabriole". 20 titres sont prévus - un par arrondissement -, par 20 auteurs différents, chargés de balader l'héroïne dans différents quartiers parisiens et de donner à leur texte une dimension rock 'n roll.

Après Laurence Biberfeld et Marin Ledun notamment, c'est donc au tour d'Antoine Chainas de s'y coller, en arpentant le bitume du 12ème arrondissement.

Mona Cabriole bosse à Parisnews, rubrique chiens écrasés et macchabées. Quand son contact à l'institut médico-légal la prévient que le corps - sans tête - d'une star du rock underground s'est invité chez lui, Mona s'y précipite pour découvrir qu'il a entretemps disparu. Faut dire que les morguistes sont en grève, ceci explique peut-être cela.
Ne sachant rien de l'idole, et après avoir écumé sans succès internet et les librairies, Mona fait une étrange rencontre avec un bouquiniste qui lui refile un petit livret contenant le journal - et les fantasmes troubles - du chanteur.

Toujours partante pour un scoop, Mona, le livre en main et le coeur transi dans celle du beau bouquiniste, dérive alors vers de bien étranges territoires, où règne notamment l'inquiétant révérend Aidês, un gourou qui fait, disons, dans l'événementiel trash, en organisant par exemple des soirées dans des souterrains parisiens ou des entrepôts isolés, agrémentées de jeux pervers qui feraient passer une messe noire ou un congrès du Medef pour de charmants enfantillages.


Derrière cette histoire d'illusion et de faux-semblant, on s'attend naturellement à un roman un tant soit peu calibré, cahier des charges de l'éditeur oblige. Il n'en est rien, ou presque ! Dans une ambiance fin de monde et à travers une prose syncopée, Chainas s'en donne à coeur joie, nullement réfréné par les figures imposées de la série.

On retrouve ses thèmes de prédilection, ses obsessions habituelles, qui tournent autour de la mort, de la décrépitude des corps, des déviances, du consumérisme et de la déshumanisation de nos sociétés.
Le tout est mixé, remixé, et recraché pour donner une véritable vision de cauchemar qui suscite immanquablement le malaise. Et c'est là d'ailleurs que j'émets quelques réserves concernant les romans d'Antoine Chainas, qui a tendance à mélanger un peu artificiellement et ramener sur le même plan des choses très différentes, et à céder parfois aux effets de style. Cela produit certes son effet - durable ? -, mais empiler des couches de crasse et des mots les uns au-dessus des autres ne crée pas forcément du relief.


Toujours est-il que je conseillerais plutôt cet opus aux amateurs (avertis, donc) de l'écrivain, et suggérerais aux autres de commencer d'abord par ses romans parus à la Série Noire ;  à moins bien-sûr qu'ils préfèrent écouter directement la face B.

Tiens, une question pour finir, à propos des auteurs qui vont prendre la suite : comment vont-ils se débrouiller avec Mona Cabriole maintenant, vu l'état dans lequel l'a laissée Chainas ?! Va t-elle reprendre son petit bout de chemin comme si de rien n'était ? Ou un auteur soucieux de vraisemblance va-t-il la faire passer par la case "hôpital psychiatrique" ?!


Vous pouvez lire le premier chapitre
ici.


Six pieds sous les vivants / Antoine Chainas (La Tengo éditions, 2009)






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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:00
J'ai découvert Philippe Huet l'année dernière avec son roman Bunker, qui m'avait fait forte impression. Je profite donc de la réédition de L'ivresse des falaises - un recueil de nouvelles -, pour m'offrir de nouvelles escapades normandes, de Granville au Pays de Caux, d'Etretat à la banlieue d'Evreux, de l'âge d'or des stations balnéaires à l'ère post-industrielle.

Natif du Havre, il aime à situer ses intrigues en Normandie et nous rappelle, s'il en était besoin, qu'il n'y a nul besoin de cités tentaculaires, de complots mondiaux ou de poursuites infernales pour trousser du bon polar, qui nous parle ici des méchants coups de patte du destin dans l'existence bien réglée de gens ordinaires, se retrouvant subitement en équilibre instable
et titubant au bord du précipice - ou de la falaise, c'est selon. Plus dure sera la chute, donc.

C'est Patrick le postier qui ne résiste pas à la tentation d'ouvrir le courrier de ses concitoyens. Un jour, il tombe sur une lettre qui va lui poser un véritable cas de conscience. Vivre et laisser mourir ?
C'est Henri Bellonte, un VRP qui sillonne la côte et fournit aux boutiques spécialisées maillots de bain et articles de plage, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux fou d'une femme aperçue sur le rivage, et se rende coupable d'une terrible méprise.
C'est Frank Pradier, journaliste local, qui prend un auto-stoppeur en rentrant chez lui, pour apprendre le lendemain qu'il a été battu à mort. Et ces deux flics qui s'acharnent sur lui, et ces migraines de plus en plus fréquentes...
C'est Daniel Vautier, vieux garçon effacé et sans histoires, exécuté d'une balle dans la tête.
C'est Patrick Barrois, écrivain (de polars) en mal d'inspiration, qui n'aurait jamais dû s'installer dans cette vieille demeure granvillaise.


Ces petits contes cruels égrènent la malchance, les choix malheureux, l'opportunisme d'assassins et de victimes ordinaires, avant que ne survienne ce petit grain de sable qui va  - le plus souvent -  dérégler l'engrenage bien huilé, le stratagème meurtrier, le plan machiavélique.

Avec un art consommé de la chute (vertigineuse), et cette capacité à dépeindre en quelques phrases la vie d'un personnage ou l'atmosphère d'un lieu, Huet colorie le vert bocage et la craie des falaises à grands coup de pinceaux noirs, en n'omettant jamais de faire ce petit pas de côté qui modifie soudain la perspective du récit, et nous saisit d'effroi ou de stupeur.


Un court extrait pour vous mettre en jambes :
"Il n'y a rien de plus triste qu'une falaise d'Etretat sous la flotte d'un ciel d'automne. Une grosse serpillière tendue à la verticale, avec ses vilaines tâches, ses auréoles brunâtres, et ses rayures de saleté sur la craie. Rien à voir avec la blancheur virginale des cartes postales. C'est peut-être pour ça que les affligés choisissent toujours un temps de merde, couleur de leur vie, pour se balançer dans le vide. Ou alors la nuit. Celle d'aujourd'hui, car c'était une femme, a fait coup double. Temps de merde, et noirceur de la nuit. La brume, je vous en fais grâce, on va croire que je m'acharne..."


L'ivresse des falaises / Philippe Huet (éd. des Falaises, 2002 ; rééd. Rivages/Noir, 2009)
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 13:59

... une "profession intermédiaire" et habitant à Paris intra-muros.

Non, il ne s'agit pas d'une petite annonce matrimoniale... mais du portrait-robot du lecteur (de la lectrice, pour le coup) de polars, d'après les résultats de l'enquête 2008 sur les pratiques culturelles des Français que le Ministère de la Culture et de la Communication vient de mettre en ligne.
Cette enquête de grande ampleur a lieu tous les dix ans environ (1973, 1981, 1989, 1997 et donc 2008) et permet de mesurer assez précisément - à l'aide d'une méthodologie solide à défaut d'être infaillible, évidemment - l'évolution des usages culturels (sorties et loisirs, écoute de musique, lecture etc...).

Le sociologue Olivier Donnat a donc ressorti le thermomètre, et le résultat des analyses n'est pas très réjouissant, en tout cas en ce qui concerne les pratiques de lectures.
Quelques données :
- sur 100 français de 15 ans et plus, 30 n'ont pas lu un seul livre au cours des douze derniers mois, contre 26 en 1997.
- de la même façon, le nombre de forts lecteurs (25 livres et plus lus au cours des 12 derniers mois) diminue et passe de 15 à 11%. Un chiffre à tempérer cela dit, puisque "cette tendance, dont l'origine est (...) bien antérieure à l'arrivée de l'internet, a continué à peu près au même rythme que lors de la décennie précédente". On se console comme on peut...
- sur 100 lecteurs ayant répondu à la question : "Au cours des 12 derniers mois, combien de livres avez‑vous lus environ, en tenant compte de vos lectures de vacances ? (On exclut les lectures professionnelles et les livres lus aux enfants)", on obtient un nombre moyen de livres lus de 16, contre 21 en 1997.
- plus inquiétant encore, à mon sens, "les différences entre milieux sociaux (...) ont eu tendance à se creuser au cours de la derière décennie du fait du décrochage d'une partie des milieux populaires, notamment ouvriers".
- une autre tendance qui se creuse, c'est celle entre les femmes et les hommes, qui étaient 30% à n'avoir lu aucun livre en 1997, contre 36% aujourd'hui, tandis que le chiffre passe de 24 à 25% pour les femmes. "Ces dernières sont donc plus nombreuses à lire des livres et de plus, quand elles le font, elles en lisent plus que les hommes (17 livres par an en moyenne contre 14)".


Pour revenir plus spécifiquement au polar - ou "romans policiers ou d'espionnage" comme il est mentionné -, on constate notamment que :
- c'est ce qui se lit le plus, juste après les livres pratiques (sur 100 personnes, 39 ont lu au moins 1 polar au cours des 12 derniers mois).
- il attire un lectorat majoritairement féminin (40% de femmes contre 37% d'hommes).
- le niveau de diplôme n'est pas déterminant pour cette littérature (cela confirme l'aspect populaire, plus accessible - moins intimidant ? - du polar).
- les premiers lecteurs de polars sont les "anciens ouvriers", avant ceux exerçant une "profession intermédiaire" et les "cadres et professions intellectuelles supérieures".

A la lecture des résultats, on se rend compte aussi que le polar ne crée guère de clivage significatif entre différentes catégories de personnes (que ce soit selon leur âge, leur lieu d'habitation, leur situation familiale...), au contraire par exemple de la bande-dessinée ou de la littérature classique. 


Des chiffres et des conclusions intéressantes donc, qui montrent une fois de plus que le polar a la cote, c'est certain, et je ne peux que m'en réjouir. Alors bien-sûr, je me doute que les thrillers, les romans d'espionnage ou "higginsclarkiens" (attention, je n'ai rien contre eux, c'est simplement que ce n'est pas ce que je préfère) occupent une grande part de ces "romans policiers ou d'espionnage", et que derrière une Vargas ou un Lehane, le roman noir est une portion congrue. Alors ? Alors raison de plus pour continuer à en parler !


cf notamment :
genres de livres lus le plus souvent
genres de romans (autres que policiers) lus le plus souvent
genre de livre préféré
nombre de livres lus au cours des 12 derniers mois

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 23:00
Il y a quelques mois, je vous parlais d'un recueil de nouvelles de Dan Fante, cette fois il s'agit d'un recueil de poèmes.
Dans sa postface, le traducteur Patrice Carrer nous dit : "Rédigés entre 2003 et 2008, ces poèmes sont ceux de la lumière à la sortie du tunnel". C'est vrai, l'écorché vif d'En crachant du haut des buildings ou de La tête hors de l'eau semble désormais apaisé, après de nombreuses années d'errements et de galères en tous genres si on en croit ses récits largement autobiographiques.


Au fil de ses souvenirs - ou d'instants présents -, il nous livre quelques
80 poèmes et autant d'histoires.
Des histoires d'alcool - éternel compagnon d'infortune, de famille, d'écriture - "ne renonce jamais / ne cesse jamais d'écrire", d'amour, de vaches maigres, de plénitude, de cul, de célébrité relative, de paternité, de potes disparus, retrouvés, de fuites en avant la main sur le volant ou sur le goulot - encore.

Autant d'instantanés : une balade en taxi avec Ingmar Bergman à l'arrière ; un rendez-vous avec un producteur branché de Hollywood ; Une visite à sa mère ; Une réunion des AA ; une lettre d'insultes à son éditeur ; des résultats d'analyse ; L.A. la détestée, A.L. la femme aimée ; un enterrement ; une embrouille avec un chauffard...

Autant de situations où Fante Jr. se montre tour à tour fulgurant insolent virulent banal tendre bouleversant graveleux trivial loufoque hilarant, traversé par le doute, la rage, l'impuissance, l'amour, la colère, le désarroi. Et surtout, étonné et émerveillé à la fois d'être toujours en vie, quand il aurait pu si souvent y mettre fin, d'une balle dans la tête ou à feu doux, disons autour de 45°.


Ici, pas de rhétorique compassée, de mécanique versifiée ni de poses étudiées. Dan Fante se livre corps et âme, avec une sincérité presque effrayante et un talent rare pour trouver le mot, l'image qui vont faire passer l'émotion.


En voilà un que j'aime bien, si ça peut vous donner une idée :


LE 24 MAI 2004

Eh bien m'y voilà

nom de Dieu !

Finalement
à mon âge

UN AN !
d'improbable
d'impossible
et d'heureux mariage

Chaque matin
je me lève
et prends mon café et m'assieds devant l'ordinateur
pour partir dans mes délires
en revivant vingt ans de folie presque fatale embouteillée en
entrepôt
tandis que toi
de ton boulot
tu me balances de temps en temps un e-mail
d'amour
ou de cul
ou de bonheur à l'idée que mon gosse te gicle bientôt du ventre

Et je me dis
mon Dieu
j'ai soixante balais
accorde-moi de mourir maintenant
avant que ça aussi je ne le foute en l'air

Jamais rien d'aussi bon ne m'était arrivé

En même temps je sais bien que j'en voudrai toujours
plus
plus
plus



Bons baisers de la grosse barmaid /
Dan Fante (Kissed by a fat Waitress, 2008, postface et traduction de l'américain par Patrice Carrer.13e Note éditions, 2009)

PS : les éditions 13e Note persistent et signent ! Ils publieront l'année prochaine un roman inédit en France de Dan Fante, suivi d'un recueil de poèmes en 2011. Bonnes nouvelles.
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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 18:52

"J’ai vu un jour un reportage sur ces fameux « appartement-ravioli ». Considérant la médiocrité de l’enjeu, le déploiement de force policier et le sérieux absolu des fonctionnaires impliqués, ça m’a fait hurler de rire." (Colin Thibert, interview à lire sur Bibliosurf)


Tout commence donc, et en grandes pompes ("je suis surpris que vous n'ayez pas demandé un hélico en renfort ! Et pourquoi pas le GIGN, tant que vous y êtes !") par une descente de police dans un "appartement ravioli" - il s'agit donc d'une cuisine clandestine, où plutôt d'un immonde cloaque où l'on concocte des petits plats "à domicile", dans des marmites crasseuses et parmi les cafards. Appétissant, non ?

La scène est digne d'un film gore, et le cordon bleu de la maison, une vieille chinoise manifestement atteinte de coprolalie, n'est pas des plus accueillantes. Personne ne comprend son charabia, à part Jean-Luc, CNRS-ien au chomage et interprète-pigiste pour la police (faut bien remplir le frigo), et en premier lieu pour le stupide et falot commissaire Argouge, atteint lui de racisme ordinaire.
Un ange passe dans ce chaos : Alice Delain, fonctionnaire rattachée au service de la consommation et de la répression des fraudes, est d'une beauté à couper le souffle court des mâles en rut.

Quand l'envoûtante Alice met la main sur le magot - et un mystérieux carnet de commandes - cachés dans l'appartement, elle ne se doute pas encore qu'elle vient de déclencher une réaction en chaîne. Avec Jean-Luc, dont elle a fait son jouet-complice-amant, ils vont mettre à jour un trafic pour le moins singulier pour finalement se coltiner la mafia chinoise qui va tout sabrer sur son passage (notamment par l'intermédiaire des dénommés Kee & Kong...).


Au festin d'Alice, tout le monde déguste ! On trouve des affreux vraiment méchants, tueurs sanguinaires, à sang froid, cannibales, dépeceurs spécialisés ! Quant aux gentils de l'histoire, y a vraiment pas de quoi pavoiser : gentils crétins, racistes ordinaires, ados glandeurs, maîtres-chanteurs du dimanche, sympathiques perdants et dindons de la farce noire que nous a concocté Colin Thibert avec une bonne dose d'humour (pince-sans-rire) et un sens aiguisé de la satire sociale. Dans ce fait-tout de bêtise et de méchanceté, on croise aussi de vrais victimes, comme ces esclaves invisibles qui remboursent à leur passeur le long voyage qu'ils ont  effectué depuis leur pays pour trouver une vie meilleure...

C'est la première fois que je goûtais au suisse Colin Thibert. Parfaitement digeste (malgré les apparences), léger, savoureux. Un mélange de cocasserie et de noirceur. Idéal quand on aime le sucré-salé.


Le festin d'Alice / Colin Thibert (Fayard Noir, 2009)

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 10:50
Né en 1934, Stuart Kaminsky a longtemps enseigné et travaillé pour le cinéma (notamment comme dialoguiste pour, excusez du peu, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone).

Côté polars, il a signé quantité d'ouvrages et plusieurs séries : l'une est consacrée au détective Toby Peters qui fraye dans les studios durant l'âge d'or hollywoodien, et sauve ainsi la mise à Gary Cooper, Judy Garland, Errol Flynn ou Bela Lugosi (romans pour la plupart épuisés chez 10/18, mais on trouve encore Il est minuit, Charlie Chaplin chez Rivages).
Une autre - que je ne connais pas - met en scène Porfiry Rosnikov, un détective russe amateur de... polars américains. Voilà qui est peut-être intéressant si on replace ces romans dans le contexte de la Guerre froide, je ne sais pas... Mais à priori les quelques romans traduits sont maintenant épuisés.

Enfin, ses polars les plus récents se situent en Floride, où Lew Fonesca, ancien assistant du procureur de Chicago et désormais détective intermittent, s'est réfugié après la mort de sa femme.
En France, trois romans avec ce personnage - plus creusé et intéressant que ses prédécesseurs - ont été publiés aux éditions Alvik. Epuisés, il sont réédités - au moins deux d'entre eux, pour l'instant (Biscotti à Sarasota en 2007, Soleil post mortem cette année) - dans la collection Rivages/Noir.

Plus d'infos (en anglais) ici.


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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 13:32
Il y a un an, la collection Folio Policier rééditait quelques classiques du genre, accompagnés de l'adaptation cinématographique (La nuit du chasseur, Quand la ville dort...).
La (nouvelle) collection Folio cinéma reprend le principe, et on trouvera sur les tables des libraires - à partir du 15 octobre - de nombreux titres, parmi lesquels L'adversaire (Emmanuel Carrère/ adapt. Nicole Garcia), Le facteur sonne toujours deux fois (James Cain/ adapt. Luchino Visconti sous le titre Les amants diaboliques) ou encore Sueurs froides (Pierre Boileau/ adapt. Alfred Hitchcock sous le titre Vertigo/Sueurs froides).
A noter que la collection est déclinée en Folio junior cinéma (Les disparus de Saint-Agil, Charlie et la chocolaterie, Babe, Billy Elliot...).


Toujours aussi actif/réactif, Bernard Strainchamps, le "libraire derrière l'écran" de Bibliosurf, lance une petite enquête auprès des lecteurs concernant James Ellroy, en attendant le troisième opus de la trilogie Underworld USA, qui doit sortir en début d'année prochaine.


James Sallis est un très, très grand auteur, et ses romans consacrés au privé noir Lew Griffin sont tout simplement somptueux. Comme ça me fait toujours plaisir d'entendre parler de cet écrivain quelque peu mésestimé, je vous signale ce pertinent papier (ainsi que les chroniques des romans) sur Le Vent sombre, un site de grande qualité par ailleurs.


Enfin, si vous êtes près de Toulouse ce week-end, ce serait vraiment dommage de louper ça...

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 00:00
"Mais comment était-elle faite, cette femme ? Comment se faisait-il qu'à peine il s'était forgé une conviction sur sa femme, il lui suffisait d'un geste pour l'envoyer en l'air ?"


Mmmh, j'ai pensé un moment mettre un simple lien vers Actu-du-noir, où JM Laherrère dit tout ce qu'il faut et comme il faut du nouveau roman d'Andrea Camilleri. Mais ce serait un peu court de ma part, alors je vais quand même y consacrer quelques lignes en m'efforçant de ne pas trop paraphraser mon collègue !

On dit parfois d'un écrivain qu'il "a un style". Les plus honnêtes - ou les moins vaniteux - vous répondront que c'est d'abord l'histoire qu'on veut raconter qui conditionne le "style" et donc le choix des mots, du ton, de la syntaxe.

Comme le démontre ici Camilleri qui délaisse sa verve coutumière et son dialecte "montalbanesque" pour nous introduire, avec une langue dépouillée, toute en effleurements, dans le cocon douillet d'une maison bourgeoise, où règne la même sobriété et la même retenue.

Les habitudes ont la vie dure, et ce jour-là notre homme - dont on n'apprendra jamais le nom - se lève à 6h, enfile son costume et noue sa cravate. Son chauffeur l'attend, afin de l'emmener comme tous les jours à la banque, dont il est le directeur. 
Seulement, le voilà depuis ce matin à la retraite, ce qui le laisse démuni et vaguement désorienté, après une vie réglée comme une horloge.

Dix ans auparavant, il a épousé en secondes noces une femme superbe et beaucoup plus jeune que lui, dont la soif de reconnaissance sociale n'égale que son appétit sexuel. Un appétit comblé par des amants de passage avant que ne s'installe directement sous le toit conjugal un lointain cousin. Une situation que la mari accepte avec philosophie, se contentant de l'affection que ne manque pas par ailleurs de lui témoigner Adèle. S'il l'aime profondément, cette femme demeure malgré tout une énigme à ses yeux, tantôt sainte tantôt putain.


Et en effet, on ne parvient jamais à déceler véritablement la nature de cette trouble héroïne. Une fois même le roman terminé, nous voilà partagé, tout comme l'époux, entre le regret de l'avoir mal considérée et une suspicion tenace - quel rôle a t-elle véritablement joué dans la déchéance de son époux ?

Mais les murs (siciliens, de surcroît) de cette maison bourgeoise, où glissent comme des fantômes les domestiques affairés, sont sûrement trop épais pour laisser percer la vérité. Tout y est tu, étouffé, soigneusement dissimulé sous des apparats de respectabilité. Peut importe même qu'on s'associe à quelque entreprise mafieuse, pourvu que les apparences soient sauves...


Une fois de plus, chapeau bas, signore Camilleri. Le tailleur gris, plutôt cintré (130 pages), coupe classique coupé droit, ne manque ni d'élégance, ni de finesse, ni... de style.


Conseil(s) d'accompagnement : l'émission Métropolis, sur Arte, a diffusé le week-end dernier un reportage sur l'écrivain.


Le tailleur gris / Andrea Camilleri (Il tailleur grigio, 2008, trad. de l'italien par Serge Quadruppani. Métailié Noir, 2009)
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 15:02

Après Shibumi et La sanction, Oliver Gallmeister poursuit la réédition des romans de Trevanian avec L'expert, où nous retrouvons avec plaisir ce cher et distingué Dr Jonathan Hemlock, critique d'art, voleur, alpiniste chevronné et assassin à ses heures pour le compte de l'agence gouvernementale CII.

A la fin de La sanction, nous l'avions laissé à moitié mort au sommet de l'Eiger, dans les Alpes suisses. Le revoilà dans un salon londonien, quatre ans plus tard, et s'ennuyant à mourir parmi une brochette de "critiques, professeurs, directeurs de galerie, mécènes - toutes les loches paracréatrices qui étouffent l'art de leur sollicitude."
S'il ne travaille plus pour le CII, cela ne l'empêche pas de retrouver rapidement ses réflexes et son sang froid quand il découvre par exemple un cadavre dans sa salle de bain... Une petit mise en scène du "Siège", l'équivalent anglais du CII, pour le contraindre à effectuer une mission : "sanctionner" un dénommé Maximilian Strange (vraiment strange, en effet), un personnage fantasque et cruel, puis récupérer les films tournés au "Cloître", à l'insu d'éminents hommes politiques venus là pour se détendre, profitant du décor exotique, d'une ambiance chic et sophistiquée avec hôtesses cédant à tous caprices.

La mission s'avère particulièrement dangereuse. Il faut dire que le précédent agent s'est retrouvé empalé dans le beffroi de St. Martin-in-the-Fields... Hemlock n'a d'autre choix que de se jeter dans la gueule du loup, pour lequel il a élaboré une petite histoire à dormir debout afin de gagner sa confiance. Rien n'est moins sûr, et il va devoir se livrer à un petit numéro d'équilibriste sur sa corde raide.


Si on peut préférer les pentes enneigées de La sanction aux frimas londoniens de L'expert, ce second volume des aventures de Jonathan Hemlock ne devrait pas décevoir les fans de Trevanian, même si pour ma part j'ai moins frémi, percevant une tension un peu moins vive dans cet épisode.
Par contre, Jon se montre égal à lui-même, toujours aussi cynique, drôle, égocentrique, misanthrope et... amoureux. Un sentiment qu'on ne lui connaissait pas ! A l'intrigue vient donc s'ajouter une idylle naissante que l'auteur aura finalement le bon goût - encore que ce soit une affaire de goût, justement - de saboter...

On retrouve aussi avec plaisir ce mélange d'action "jamesbondienne" (sans les gadgets), de fantaisie et d'érudition, où Trevanian/Hemlock nous livre avec mordant ses réflexions sur l'art, la vie ou les moeurs de ses contemporains - notamment les anglais, sur lesquels il déverse son humour fielleux ("les gens les plus séduisants du monde sont toujours les premiers qu'on rencontre après avoir quitté l'Angleterre").

Enfin, on pourrait reprocher à ce roman (paru en 1973) un aspect un peu désuet. Je trouve plutôt qu'il possède cette patine élégante propre aux vieux meubles, et échappant à toutes les modes.


L'expert / Trevanian (The Loo Sanction, 1973, nouvelle traduction révisée (de l'américain) par Jean Rosenthal. Gallmeister, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 00:00
Après Rouge est ma couleur, sorti il y a quelques années, c'est au tour de La guitare de Bo Diddley de passer sous les pinceaux de Chauzy, toujours avec Marc Villard au scénario (qui est quand même le mieux placé...).

Un soir, Arsène le basketteur déniche une guitare. Pas n'importe laquelle : il s'agit de la blue Hawaï n°1, exemplaire unique, forme carrée, couleur bleu caraïbe, ayant appartenu au fameux Bo Diddley.
Il la refile bientôt à Désiré le clandé qui la refile à Rachid contre des faux-papiers qui se la fait piquer par un chauffeur de taxi qui se la fait payer en nature par Alex, une guitariste de jazz (qu'on a croisée dans Coeur sombre), qui ne tarde pas à se la faire voler etc...

Trimballée de main en main, la guitare est aussi une sacrée porte-poisse pour ses éphémères propriétaires qui ont pourtant assez d'ennuis comme ça, à commencer par l'ex-flic des stups néo-camé ou la pute russe sans papiers.
On croisera aussi Tramson l'éducateur (que les lecteurs de Villard connaissent déjà), une tueuse à gages, un collectionneur avide (qui a les traits de... Marc Villard), un patron de bar malchanceux, des flics ripoux, et quelques autres... Quelques enflures, des marginaux et des cabossés de la vie dont sait si bien nous parler cet auteur. Trimballé comme la guitare, on goûte au passage ces tranches de vies, un peu rassies, cramées sur les bords, voire carrément moisies.

On file de Barbès à Pigalle, de St-Ouen à la Chapelle, de l'absurdité à la brutalité du monde en passant par un mince filet d'espoir, pour finalement atterrir au... Zénith (tu parles d'un zénith, elle est bien bonne celle-là !) en compagnie de... Bo Diddley, évidemment. Faut bien rendre à César ce qui lui appartient. Il paraît aussi que le dit César avait un foutu caractère...


Une fois de plus, l'association Villard/Chauzy fonctionne à merveille, et la judicieuse mise en images - changements de plans, de rythmes, trait nerveux, découpage dynamique - reflète (et prolonge) parfaitement l'univers de l'écrivain.

Si vous voulez en savoir plus sur la genêse de la BD, le choix des couleurs ou le travail en duo, autant écouter directement les intéressés, en interview-vidéo sur Bibliosurf.


La guitare de Bo Diddley / dessin Jean-Christophe Chauzy, scénario Marc Villard, d'après son roman (Rivages/Casterman/Noir, 2009)



PS : je vous en avais déjà parlé il y a un petit moment déjà, mais promis je mettrai bientôt en ligne les échanges que j'ai eus avec Marc Villard lors de sa visite à la médiathèque.

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